Trois frères, écologistes tibétains, dans les geôles chinoises

Cependant, le contexte politique de la fin des années 1990 va permettre aux Samdrup de développer leurs propres programmes. Karma Samdrup, homme d’affaires qui a prospéré dans le commerce d’antiquités, finance personnellement leurs activités écologiques dans les différents villages de la communauté. Selon Rinchen, « la protection de l’environnement fait partie de la culture du peuple tibétain », il est donc aisé de parler d’écologie avec les Tibétains. Cependant, pour les trois frères, un engagement plus actif est nécessaire. Alors qu’ils s’affranchissent du cadre spirituel traditionnel, leur charisme et leur motivation vont pousser les différentes communautés à s’impliquer.

Ainsi, mobilisés autour des frères, les villageois du plateau de Qinghai commencent à s’organiser pour ramasser les déchets. Dans chaque village, chacun collecte ses propres déchets, puis des expéditions collectives s’organisent pour ramasser les détritus à l’abandon. Tout est trié, brûlé ou revendu. L’argent du recyclage collectif est ensuite réinvesti dans les associations locales. Autre initiative : le reboisement des forêts alentours est effectué par des volontaires. Les villageois replantent des essences endémiques et suivent la croissance des arbres d’année en année afin de s’assurer d’une croissance saine. Les différentes campagnes des trois frères sont de véritables succès.

En 2006, les efforts fournis sont récompensés par une reconnaissance internationale : Rinchen reçoit le Prix pour la Conservation et la Protection Environnementale de la Compagnie Ford Motor. Plus surprenant encore, le gouvernement chinois consacre Karma « philanthrope de l’année » pour avoir « créé l’harmonie entre l’homme et la nature ». Cette attribution est un symbole fort. Elle distingue les résultats obtenus sans tenir compte de l’origine ethnique des primés. Surtout, elle encourage l’application des lois chinoises sur le terrain. Car si le pouvoir central a adopté des lois pour protéger l’environnement, elles ne sont que trop rarement respectées dans les provinces.

La plantation d’arbres et le ramassage de détritus sont des activités consensuelles. En effet, l’autofinancement des projets ne dérange pas les autorités locales dans ces zones où règne la corruption. L’activité de ces sociétés civiles tibétaines est bien acceptée ; c’est une première.

Mais quand les frères entreprennent de s’attaquer à l’exploitation illégale de mines et au braconnage d’animaux rares, tout bascule. Fin 2006, ils accusent des représentants locaux chinois de chasser illégalement des espèces en danger. De fait, ils ne font à encore qu’appliquer la loi. Mais ceci n’est pas du goût des politiques de la région, contestés dans leur autorité. Alors que les tensions croissent, les manifestations tibétaines de 2008 vont servir de prétexte pour enfermer les frères. Ils ne sont plus considérés comme des écologistes, mais comme des partisans du Dalaï Lama. Ainsi, alors même que leur travail va dans le sens des lois sur l’environnement, les trois frères tombent sous le couperet de la justice provinciale : en août 2009, Rinchen et Chime sont emprisonnés. Karma, qui cherche à les libérer, entre à son tour en prison en janvier 2010. Selon Kate Saunders, directrice de communication à International Campaign for Tibet, « ces emprisonnements sont de l’unique ressort des représentants locaux qui se sont sentis menacés par les accusations –par ailleurs légitimes- des frères ».

Pour les organisations qui défendent les frères, les preuves venant soutenir les accusations de « séparatisme » n’existent pas. En effet, les frères ont toujours veillé à avoir un comportement apolitique et se sont toujours tenus à l’écart des mouvements actifs de support au Dalaï-Lama. Dès lors, il s’agit avant tout d’un règlement de compte selon une source de TibetInfoNet. « L’affaire a pris une tournure politique », d’autant que le gouvernement fédéral chinois, au lieu de défendre le travail environnemental des frères, a décidé de ne pas intervenir. Par là, il montre son soutien à ses représentants, en dépit des violations environnementales qu’ils ont commis.

Les peines des frères Samdrup avaient pour but de marquer les esprits. Dans la Région autonome du Tibet, les villageois des différentes communautés ont subi des menaces. Par peur de représailles, ils ont arrêté toute activité écologique. A Gonjo, dans la province du Chambo, les détritus sont revenus. Bientôt, les arbustes plantés, que plus personne ne protège, dépériront.

International Campaign for Tibet

Chime Namgyal

Rinchen Samdrup

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