Les fongicides SDHI étouffent les cellules humaines, révèle une nouvelle étude menée par Pierre Rustin du CNRS

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pesticides

Un agriculteur étend des pesticides à base de plantes sur un champ de patates le 30 mai 2012 à Godewaersvelde, dans le nord de la France.
© AFP PHOTO PHILIPPE HUGUEN

Une nouvelle étude publiée jeudi 7 novembre dans la revue PLOS ONE démontre la toxicité des fongicides SDHI pour les cellules humaines. « La consultation des banques génétiques a montré que la cible des SDHI est en réalité présente dans tous les organismes, sans modifications au cours de l’évolution » indique Pierre Rustin, directeur de recherche émérite au CNRS, qui a dirigé cette étude. Cela signifie que les SDHI s’attaquent à la fonction respiratoire chez les champignons, mais aussi chez les vers de terre, les abeilles et les êtres humains.

Pierre Rustin, directeur de recherche émérite du CNRS avait déjà lancé une alerte sur les SDHI en cosignant une tribune dans Libération en avril 2018. Leur toxicité est au centre d’une controverse sanitaire. Les SDHI pour « inhibiteurs de la succinate déshydrogénase » regroupent principalement des molécules chimiques qui opèrent en bloquant un enzyme essentiel dans la respiration cellulaire. Cette propriété est employée dans la lutte contre les champignons. De fait, ces molécules SDHI se retrouvent dans des fongicides employés dans l’agriculture depuis la fin des années 2000.

Pierre Rustin explique que « les cellules humaines cultivées dans des conditions bien définies meurent en contact des SDHI, même à de faibles concentrations ». L’étude montre aussi plus précisément que les cellules provenant de personnes porteuses d’une maladie de type Alzheimer ou l’ataxie de Friedrich (une maladie neurodégénérative), sont hyper sensibles aux SDHI.

Enfin, cette étude confirme que les conditions des tests réglementaires actuels de toxicité masquent un effet très important des SDHI sur des cellules humaines : les fongicides induisent un stress oxydatif dans ces cellules, menant à leur mort. Les tests actuels de toxicité font l’objet d’une polémique sur la métrologie qu’ils emploient afin d’évaluer la nocivité éventuelle d’une molécule en se fondant principalement sur la dose journalière admissible. Cette notion a été remise en cause avec la découverte des effets de seuils, des effets cocktails et de l’accumulation sur le long-terme.

Autorisés en Europe dès la fin des années 2000, ces fongicides SDHI sont massivement utilisés sur les cultures (blé, avoine, orge, seigle, tournesol, colza, pommiers, amandiers, cerisiers, asperges, carottes, fraisiers, laitue…). En avril 2018, un collectif de chercheurs et de médecins dont Pierre Rustin, publie dans Libération une tribune très alarmante qui appelle à une révolution urgente dans l’usage des antifongiques.

Les SDHI devient alors une question de santé publique. Elle fait l’objet d’un livre du journaliste Fabrice Nicolino. Dans Le crime est presque parfait – l’enquête choc sur les pesticides et les SDHI il remet en cause le rôle des autorités sanitaires françaises dans l’homologation de ces produits. Il y dénonce la proximité des agences sanitaires avec les industriels.

 

 

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