Le prosulfocarbe, deuxième pesticide agricole de France, contamine les jardins potagers des particuliers

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Jardins potagers dans les marais de Bourges, Cher © Yann Arthus-Bertrand

Des analyses réalisées en novembre 2025 montrent la contamination des jardins potagers individuels par le pesticide prosulfocarbe employé en agriculture. L’étude menée par l’association Générations Futures et le Groupement des Agriculteurs Bio du Loir-et-Cher (GABLEC) a été dévoilée le 22 janvier 2026, elle a porté sur 25 jardins privés dans le département.

Le prosulfocarbe est le deuxième pesticide le plus utilisé en France. C’est aussi une substance particulièrement volatile. Cette propriété conduit à ce qu’elle parcourt des dizaines voire des centaines de kilomètres porté par l’air, le vent ou la pluie. Il contamine donc d’autres endroits que le champ où il a initialement été employé. Par exemple, des cultures biologiques, comme le sarrasin ou le chia, ce qui peut entraîner des pertes importantes pour les agriculteurs ou les jardins des particuliers. En 2025, l’organisation de producteurs Forebio (Fédération des Organisations Economiques de Producteurs 100 % Bio) a recensé 80 tonnes de pertes de sarrasin en culture biologique à cause du prosulfocarbe, surtout dans les régions au nord de la Loire.

La contamination des particuliers et des cultures bio

Le prosulfocarbe est le pesticide le plus utilisé dans le Loir-et-Cher. L’étude a porté sur 25 jardins privés dans le département du Loir-et-Cher. Deux tiers (66,7 %) des jardins examinés contenait du prosulfocarbe. La majorité des jardins passés au crible se situait en milieu rural. Les concentrations mesurées de prosulfocarbe étaient 35 fois plus élevées les Limites Maximales de Résidus (LMR).

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Le rapport souligne que « les jardiniers amateurs concernés par ces dépassements de LMR, et qui représentent 40 % des échantillons testés, ont donc consommé des fruits ou des légumes auto produits contenant des concentrations de prosulfocarbe qui auraient interdit leur commercialisation par des professionnels. »

Une molécule pas assez étudiée

Le prosulfocarbe est classé comme toxique pour les milieux aquatiques, mais n’est pas considéré comme substance Cancérigène, Mutagène ou Reprotoxique (CMR). Toutefois, les auteurs de l’étude signalent que le dernier avis sur prosulfocarbe de l’European Food Safety Authority (EFSA) date de 2007 et qu’il reposait sur des études de 1987. Depuis, les données scientifiques sur le prosulfocarbe ont évolué. Ainsi, une étude de 2025 démontre que le prosulfocarbe est un perturbateur endocrinien tandis que ses possibles effets cancérigènes n’ont pas encore été évalués.

En effet, les souris exposées au prosulfocarbe dans ces études avaient contracté des cancers, mais cela avait été classifié comme sans lien avec le pesticide ; la mort de plus de la moitié des souris avait entraîné la fin de l’étude.

Générations Futures et la FNAB ont demandé à l’Etat le retrait du marché des pesticides contenant ce composant chimique. Cette étude est sortie quelques jours avant que le sénateur Duplomb dépose une proposition de loi pour autoriser ou réautoriser davantage de pesticides en France.

Sofia Dal Bianco

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