« Femmes et coquillages », le projet d’ICD Afrique pour soutenir les femmes et défendre l’environnement dans le delta du Saloum, au Sénégal

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Un groupe de femmes dans un bolong de Falia. © Sébastien Durasse

Au Sénégal, le projet « Femmes et Coquillage » allie l’élevage de coquillages et d’huitres avec la préservation des écosystèmes côtiers tout en permettant aux femmes de gagner en autonomie financière. Découvrez ce projet de l’Institut de Coopération et Développement pour l’Afrique (ICD Afrique) soutenu par la Fondation GoodPlanet.

« Parce qu’elles sont formées, les femmes peuvent s’imposer dans la société. Elles ont une place qu’elles avaient déjà avant, mais qui s’est fortifiée. Ça les aide aussi à maintenir leurs enfants à l’école, surtout les filles. Dès qu’il y a un gap financier, chez nous, les premières à payer sont les filles », explique Kadidia Diop, directrice d’ICD Afrique. Avec le projet « Femmes et coquillages » dans le delta du Saloum au Sénégal, ICD permet à près de 2000 femmes de vivre des ressources locales tout en préservant la mangrove.

Concilier économie locale et préservation des ressources

Entre les mangroves du delta du Saloum, au Sénégal, les femmes apprennent depuis longtemps à cueillir des coquillages et des huîtres. Avec la pisciculture, ces activités sont fondamentales pour l’économie de la région. Mais elles sont aujourd’hui menacées par la surexploitation des ressources maritimes et le changement climatique. Le projet « Femmes et coquillages » de l’ONG ICD Afrique veut assurer la continuité de ces activités économiques, tout en préservant la biodiversité du delta et en consolidant la place des femmes dans la société. L’ONG dispense des formations techniques sur l’ostréiculture et la conchyliculture ; mais aussi des cours de marketing, vente ou commercialisation, selon les centres d’intérêt des femmes.

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La transformation des coquillages. © Sébastien Durasse

Le projet a été lancé en 2018 par ICD avec le soutien de la Fondation GoodPlanet. À travers des formations sur le terrain dans leurs langues locales – Mandingue pour les Sossés, Sérère ou Wolof pour les Sérères – les femmes du delta apprennent à cultiver en sécurité dans les marais, mais aussi à gérer leurs propres ventes afin de s’assurer des revenus stables pour le futur. L’égalité de genre, qui repose sur l’autonomie, est un objectif fondamental du projet, affirme Kadidia Diop d’ICD : « les cours d’alphabétisation en leurs langues locales et les autres formations les aideront à continuer leurs activités sans nous ».

Aujourd’hui, près de 2000 femmes ont été formées dans différentes spécialités. Le projet a donné naissance à 8 périmètres d’élevage d’huîtres et de moules dans plusieurs villages du delta du Saloum.

Pendant et après leurs formations, ces femmes s’insèrent dans des GIE (Groupes d’intérêt économique) auxquels elles verseront une partie de leurs revenus pour en assurer la continuité. Les Groupes d’intérêt économique sont des structures juridiques particulières, qui permettent à plusieurs personnes de se regrouper avec un objectif économique commun. À travers les GIE, les femmes deviennent donc collectivement propriétaires des parcelles qu’elles cultivent.

Le tourisme dans le delta du Saloum : davantage une opportunité qu’une menace

L’arrivée du tourisme a dans la région ouvert la voie à de nouvelles formes de commercialisation. Si les huitres sont traditionnellement séchées pour être conservées, une partie de la production est maintenant vendue fraîche aux touristes européens de passage. Le tourisme « est plus une opportunité qu’une menace », explique Kadidia Diop, « car le produit frais est vendu plus cher que le produit transformé. Le prix est le même pour 1kg d’huitres séchées et une dizaine d’huitres fraiches. Ça procure beaucoup plus de revenus. »

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La mise en place d’un périmètre ostréicole. © Sébastien Darasse

Une région vulnérable au changement climatique

Reconnu patrimoine mondial par l’UNESCO, le parc national du delta du Saloum s’étend sur 76 000 hectares, dans une région entre la capitale Dakar et la Gambie. Il n’est pas pour autant épargné par les menaces environnementales. Kadidia Diop témoigne que la montée de la mer est très visible : « si en 2018 certaines maisons étaient vraiment très loin de la côte, aujourd’hui elles se retrouvent face à la mer. » Les bolongs, les bras d’eau salée qui forment le delta, ont servi de protection pendant des années, mais l’eau avance trop rapidement. Le delta du Saloum est aujourd’hui aussi menacé par l’exploitation d’un nouveau puits de pétrole non loin de ses côtes. C’est pourquoi le projet « Femmes et coquillages » vise à préserver la mangrove. Lila Vancrayenest, responsable des projets internationaux à la Fondation GoodPlanet, rappelle que « la France est beaucoup plus responsable du changement climatique que le Sénégal. Je pense qu’il y a une responsabilité pour nous, en lien avec cet impératif de justice climatique, d’agir et de soutenir des initiatives locales comme « Femmes et coquillages. » »

Le projet ouvre aussi plus de possibilités économiques dans la région, ou l’émigration est devenue très fréquente. « Les bateaux d’immigration quittent le delta tous les mois », raconte Kadidia Diop. Lila Vancrayenest ajoute que « si on peut faire en sorte que les jeunes femmes de cette région puissent s’intéresser à l’économie locale et rester dans leur zone de vie ou elles s’épanouissent plus, c’est un plus très important pour nous. »

Le projet a beaucoup évolué depuis son commencement. Les premiers GIE formés par ICD Afrique en 2018 offrent aujourd’hui des formations à de nouvelles femmes qui souhaitent rejoindre le projet. Un d’entre eux a commencé à obtenir des financements indépendamment de l’ONG. Dans le village de Falia, un centre de veille communautaire avec une garderie et une maternelle permet aux femmes d’aller travailler sans devoir amener leurs enfants dans les marais. Mais Kadidia Diop nous parle aussi des difficultés à trouver des financements, et du sentiment d’insécurité par rapport au futur climatique du delta du Saloum. En tout cas, son premier objectif reste de « dupliquer le projet au maximum, pour aider le plus de gens possibles. »

Sofia Dal Bianco

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Pour aller plus loin :

La fiche projet de la Fondation Good Planet

La troisième phase du projet par ICD Afrique

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