Casquettes, crème solaire… vendange « torride » dans le Bordelais

vendanges bordelais chaleur

Un porteur au milieu des rangs de vigne au château de Sours à Saint-Quentin-de-Baron, en Gironde, le 22 août 2023 © AFP Christophe ARCHAMBAULT

Saint-Quentin-de-Baron (France) (AFP) – Au lever du soleil, les sécateurs s’activent avant qu’il ne fasse trop chaud: à Saint-Quentin-de-Baron (Gironde), dans le vignoble bordelais, la récolte 2023 a débuté malgré la canicule, sous une température « torride » qui force les vendangeurs à s’adapter.

Dès 07h00, alors que le mercure n’est redescendu qu’à 21 degrés pendant la nuit, une cinquantaine de saisonniers se déploient dans les vignes du Château de Sours. Chapeaux, casquettes, foulards, capuches, crème solaire, tout est bon pour se protéger du soleil.

« Tout le monde a ses ciseaux ? Les porteurs, faites attention avec vos hottes, ne blessez personne », lance José Héraudeau, le chef d’équipe.

« Il va faire très chaud. Donc si vous sentez le moindre malaise, tout de suite venez voir un responsable », ajoute ce salarié du prestataire Performances Vignobles, qui met sa main d’oeuvre à disposition des domaines viticoles.

Sébastien Jacquey, directeur du Château de Sours, explique à l’AFP avoir renforcé les équipes et adapté les horaires de vendange aux fortes chaleurs: six heures par jour au lieu de huit, et aux heures les moins chaudes.

En parallèle, le temps presse: il faut récolter le raisin avant que le degré d’alcool n’augmente trop pour confectionner le crémant, vin effervescent qui représente 30% de la production de ce domaine de 65 hectares, propriété depuis 2015 du milliardaire chinois Jack Ma, ancien dirigeant du géant du e-commerce Alibaba.

Pour autant, Sébastien Jacquey veille à faire respecter « les bons gestes »: « Savoir se reposer au bout du rang, bien s’hydrater, se protéger avec des casquettes, de la crème solaire, mais aussi se parler les uns les autres si on ne se sent pas bien », détaille-t-il.

Bientôt, une savante chorégraphie débute, entre les coupeurs qui prélèvent les grappes à la main et les porteurs, sanglés à leur hotte, qui les transportent jusqu’à la remorque.

Le soleil monte à l’horizon. En moins de deux heures, la température a grimpé de six degrés à l’ombre, avant d’atteindre 34 degrés dans l’après-midi, selon les prévisions.

Certains porteurs, serviettes autour du cou, s’épongent après avoir déchargé leur fardeau. Les coupeurs, eux, tentent de rester lucides pour bien choisir les grappes, tout en s’abritant du soleil grâce aux feuillages.

« Il faut trouver de l’ombre au maximum », explique Anthony Chappel, saisonnier de 42 ans, casquette sur la tête.

Mais plus les ramures sont touffues et les rangs de vignes serrés, « plus c’est suffocant, plus on a chaud et plus c’est dangereux », note-t-il. « Aujourd’hui je pense qu’on n’aura pas de vent, ça va être torride. »

Après deux heures d’effort, la distribution d’eau fraîche est bienvenue.

« Il faut se mouiller beaucoup la tête, la nuque, et boire à petites gorgées », confirme Véronique Villain, saisonnière âgée de 58 ans.

Sa fille Aurore Bernard, 35 ans, a été victime d’une insolation lundi, pour sa première journée de vendanges.

« Mon coeur s’est emballé assez rapidement, avec des vertiges, des bourdonnements d’oreille. J’avais énormément froid, je grelottais. La cheffe d’équipe m’a ramenée, m’a mise à l’ombre et m’a mouillé la tête », raconte cette travailleuse originaire des Landes, de retour au travail mardi, sécateur en main.

« Il faut que tout le monde sache comment réagir si un collègue n’est pas bien », rappelle Sébastien Jacquey. « Dans les vignes, on n’a pas de parasol, il faut s’adapter et avoir les bons gestes. »

D’autant que le pire est à venir: Météo-France annonce plus de 40 degrés jeudi à Saint-Quentin-de-Baron.

« Si on arrive à travailler jusqu’à midi jeudi, ce sera bien, mais j’ai des doutes », glisse Michel Pérez, patron de Performances Vignobles. « Au-delà de midi, les gens souffrent parce que c’est inconfortable. Il faut être humain. »

Dans un vignoble bordelais très éprouvé en 2023 par les dégâts du mildiou, parasite mi-algue mi-champignon qui a affecté 90% des vignes en Nouvelle-Aquitaine à plus ou moins grande échelle, cet épisode de fortes chaleurs pourrait en revanche être positif pour la récolte.

« La chaleur aide au mûrissement, elle empêche ce qui est pourriture et sèche les problèmes de piqûre, donc c’est plutôt intéressant », juge Stéphane Gabard, président du syndicat des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

© AFP

Ecrire un commentaire