Le Britannique Jim Skea élu président du Giec pour une décennie climatique charnière

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Le professeur britannique Jim Skea le 2 août 2019 à Genève © AFP/Archives FABRICE COFFRINI

Paris (AFP) – Le professeur britannique Jim Skea a été élu mercredi par ses pairs nouveau président du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) de l’ONU, avec le défi d’affronter une décennie « critique » pour l’humanité qui n’est toujours pas sur la trajectoire de l’accord de Paris.

« Le changement climatique est une menace existentielle pour notre planète », a-t-il déclaré devant les représentants des 195 Etats membres du Giec lors de leur session plénière à Nairobi, selon un communiqué du groupe.

Enseignant en énergies durables à l’Imperial College London, M. Skea, 69 ans, succède au Sud-Coréen Hoesung Lee, économiste spécialisé sur les questions d’énergie élu en octobre 2015, et dont la présidence a été jugée très discrète.

Jim Skea était coprésident sortant du 3e groupe de travail du Giec, consacré à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il aura la délicate mission de diriger les travaux de centaines d’experts pendant une décennie où l’humanité doit inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre pour espérer pouvoir limiter le réchauffement de la planète.

Le Giec, créé en 1988, s’est historiquement focalisé sur la mesure du réchauffement de la planète et ses causes, mais ses derniers rapports se sont penchés sur les solutions et l’adaptation au dérèglement climatique, un domaine que le groupe devrait approfondir dans le cycle qui s’ouvre.

[À lire aussi L’essentiel sur le nouveau rapport du Giec consacré aux solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et atténuer le changement climatique]

Jim Skea l’a emporté dans le vote final, par 90 votes contre 69, sur la Brésilienne Thelma Krug, ancienne chercheuse à l’Institut national de recherche spatiale au Brésil et coprésidente du Giec dans le cycle qui s’achève.

Deux autres candidats briguaient aussi la présidence: la Sud-Africaine Debra Roberts, biogéographe spécialisée dans les questions d’urbanisation, et le Belge Jean-Pascal van Ypersele, climatologue déjà candidat malheureux de la dernière élection en 2015.

 « Maintenant ou jamais »

« En tant que président », a déclaré Jim Skea, « j’ai trois priorités: améliorer l’inclusivité et la diversité, protéger l’intégrité scientifique et la pertinence politique des rapports d’évaluation du Giec » et « maximiser la portée et l’impact » de son travail « au travers d’engagements avec les décideurs politiques et les autres parties prenantes ».

C’est « maintenant ou jamais », avait-il déclaré plus tôt cette année, si l’humanité veut se conformer aux objectifs de l’accord de Paris de limiter le réchauffement bien en-dessous de 2°C et si possible sous 1,5°C.

Dans une interview au site Climatica avant l’élection, M. Skea s’est déclaré « génétiquement optimiste » et a souligné que l’humanité avait encore le pouvoir d’influer sur la trajectoire future du réchauffement.

« Les défis sont énormes, mais l’essentiel est de ne pas être paralysé dans l’inaction par un sentiment de désespoir », a-t-il souligné.

 « Refermer la parenthèse du 1,5 °C »

Selon Olivier Boucher, climatologue de l’Institut français Pierre-Simon-Laplace, « le prochain président et les coprésidents des groupes de travail vont devoir refermer la parenthèse du +1,5°C. Cet objectif n’est désormais plus possible, en fait je pense qu’il ne l’a jamais été ».

Pour lui, « le Giec va vraiment devoir changer son discours et s’attaquer beaucoup plus aux scénarios de dépassement » des objectifs de l’accord de Paris, qui vont nécessiter d’accélérer les réductions d’émissions et de plus gros efforts d’adaptation.

Le réchauffement planétaire est déjà quasiment à 1,2°C par rapport à la seconde moitié du XIXe siècle, et le dépassement du 1,5°C est désormais très probable dans les années 2030-2035, même temporairement, selon le dernier rapport de synthèse du Giec, publié en mars au terme de son 6e cycle d’évaluation entamé en 2015.

La durée du 7e cycle n’a pas encore été formellement décidée, mais chaque cycle du Giec dure entre 5 et 7 ans, durant lesquels il publie plusieurs rapports principaux qui, dans un processus strict de validation scientifique par les pairs, synthétisent les travaux du monde entier dans plusieurs disciplines sur le réchauffement climatique, ses impacts et les options pour le limiter.

Ils sont accompagnés de plusieurs rapports thématiques et d’un « résumé à l’intention des décideurs », synthèse des connaissances scientifiques censée être accessible à un public non spécialisé.

© AFP

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    • Jean-Pierre Bardinet

    Le GIEC est une structure politique, dont le but est de donner un vernis scientifique à une hypothèse préconfigurée dans ses statuts, à savoir qu’il y a réchauffement climatique et qu’il est d’origine anthropique. Cette hypothèse n’a jamais été prouvée. Si vous lisez le volumineux rapport scientifique, AR5, vous verrez qu’il est assez prudent et mesuré, et qu’il indique les incertitudes et les lacunes de notre compréhension du système climatique. Il n’est lu que par des scientifiques. On y voit par exemple que les émissions anthropiques ne représentent que 4% des émissions totales (AR5, page 471, figure 6.1). Par contre, le SPM, résumé pour les décideurs, mis au point avec les représentants des gouvernements, fonctionnaires et diplomates, n’a aucune valeur scientifique, est difficilement compréhensible, mais c’est lui qui sert de référence à l’alarmisme climatique. Le GIEC ne publie rien. Il ne fait que la synthèse de publications scientifiques dans des revues à comité de lecture, mais il n’est PAS un organisme scientifique. Son mode de fonctionnement a été très critiqué par l’audit de l’IAC, mais il n’a guère évolué depuis vers plus d’objectivité et de transparence, ce qui est très curieux… Il y a pire : le GIEC triche. Prenons un exemple de tricherie : la moyenne pondérée de la durée de vie du CO2 atmosphérique est, selon 36 publications scientifiques dans des revues à comité de lecture, de 8,8 ans. Or le GIEC a choisi, sans aucune raison valable, un temps de résidence de 100 ans pour le CO2 anthropique, violant par là même les lois de la physique (le CO2 anthropique n’a aucun marqueur spécifique) et ses propres procédures de synthèse des publications sur un thème donné.