A Brest, les coraux d’eau froide à l’épreuve du réchauffement climatique


Une scientifique de l'Ifremer récupère des coraux d'eau froide à bord du navire Thalassa, le 31 août 2022 à Brest © AFP Sebastien SALOM-GOMIS

Brest (AFP) – Accosté en rade de Brest, le navire Thalassa décharge une cargaison hors norme: des seaux pressurisés contenant des coraux d’eau froide, dont la réaction au réchauffement climatique va être scrutée par les scientifiques de l’Ifremer.

Mercredi à l’aube, scientifiques, marins et techniciens de la campagne ChEReef 2022 (Characterization and Ecology of cold-water coral Reefs) ramenaient après quinze jours de mer ces animaux, prélevés dans un canyon classé Natura 2000 situé à 800 mètres de profondeur et 12 heures de navigation du continent dans le Golfe de Gascogne.

« L’impact du changement climatique sur la croissance de ces coraux » sera étudié à l’Océanopolis dans le cadre du projet Ardeco, développe Dominique Barthélémy, conservateur en charge du milieu vivant dans ce centre national de culture scientifique dédié à l’océan implanté à Brest.

Ces coraux « madrepora oculata » seront maintenus sous pression dans des équipements appelés Abyss box, souligne-t-il.

« Les coraux d’eau froide ont un rôle fonctionnel important pour tout le système profond car de nombreuses espèces viennent s’y nourrir, et ce sont des pièges à carbone », explique Lenaick Menot, chercheur en écologie benthique (l’étude du fond des océans) à l’Ifremer et co-chef de la campagne.

« Ils sont menacés par la pêche (le chalutage de fond NDLR) et probablement par le changement climatique » s’inquiète-t-il.

Leur valeur scientifique n’a d’égale que la précaution extraordinaire avec laquelle le personnel débarque à quai la quinzaine de seaux renfermant les coraux.

– Le CO2 acidifie les mers –

Soumis au réchauffement et à l’acidification de l’océan, « les coraux seront probablement les premiers à souffrir » selon le scientifique. « L’océan est un piège pour le CO2 atmosphérique qui acidifie l’eau de mer, et empêche les coraux de secréter leur squelette calcaire » qui a également tendance à se dissoudre.

Pour lire l’avenir des coraux, la première étape était d’imaginer une opération de prélèvements à 1.000 mètres de profondeur, et les remonter à la surface tout en conservant la pression et la température de leur environnement d’origine. L’Ifremer a utilisé pour cela le sous-marin Victor, un bijou de technologie de près de 5 tonnes pouvant descendre jusqu’à 6.000 mètres.

« Le plus compliqué, c’était de lutter contre le courant et surveiller que le lest et les câbles ne frottent pas sur la falaise » se remémore Luc Tailliez, l’un des pilotes et responsable technique de Victor.

Pouvant supporter 600 bars de pression (soit 600 kg par centimètre carré), il est piloté depuis la surface par deux techniciens reliés au sous-marin par un câble.

Les bras mécaniques du robot, actionné à distance à l’aide de caméras, venaient saisir les coraux pour les disposer dans de petits aquariums pressurisés placés dans un panier, afin de conserver les coraux à 100 bars et 10 degrés quelles que soient les conditions extérieures.
Une première mondiale.

– Survie menacée –

Mis à l’abri à l’Océanopolis, les coraux seront bouturés pour être placés dans des caissons pressurisés de la taille d’un petit extincteur reproduisant également le courant et la nourriture auxquels ils sont habitués.

L’un de ces caissons sera exposé au public » assure Dominique Barthélémy, qui précise que « cela fait partie des missions de sensibilisation du public de l’Océanopolis qui souhaite inciter ses visiteurs à mieux protéger l’environnement ».

M. Menot conclut : « On va les soumettre à deux scénarios de changement climatique, une augmentation de température de deux degrés, une acidification de l’eau de 0.2 unité, ce que prédisent les modèles du GIEC à horizon 2100. Si elles doivent plonger pour trouver l’eau froide dont elles ont besoin, leur survie est probablement menacée par le réchauffement ».

© AFP

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