Chez les éléphants, la vie en société aide les orphelins à s’en sortir

elephants Kenya Amboseli parc naturel

Un troupeau d'éléphants dans le parc national d'Amboseli au Kenya, en juin 2022 © AFP/Archives Yasuyoshi CHIBA

Paris (AFP) – Une preuve de plus de l’extrême sociabilité des éléphants: les petits pachydermes orphelins arrivent à se consoler de la perte de leur mère grâce à la vie en troupeau, selon une étude réalisée sur des groupes vivant en liberté au Kenya.

Ce sont des hormones du stress présentes dans les excréments qui ont permis aux scientifiques d’enquêter sur les conséquences de la mort d’une éléphante chez son éléphanteau, avec lequel le lien est réputé puissant, même après le sevrage.

L’idée est venue d’une jeune doctorante de la Colorado State University (États-Unis), Jenna Parker, passionnée par les éléphants de savane d’Afrique, espèce classée en danger sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en raison du braconnage et de la destruction de leur habitat.

« L’impact global du braconnage est mal connu sur ces animaux extrêmement sociaux », explique à l’AFP cette chercheuse en écologie, auteure principale de l’étude parue cette semaine dans Communications Biology.

« Quand on observe un troupeau, on se rend compte à quel point la famille compte. Les membres sont toujours côte-à-côte – les petits rarement à moins de dix mètres de leur mère – ils se touchent quand ils mangent, se reposent, surveillent les allers et venues… Et les cérémonies de retrouvailles élargies à tout le groupe, après des séparations de quelques heures seulement, sont incroyables », développe-t-elle.

Aussi, lorsque des braconniers (ou des chasseurs) tuent un individu, cette cohésion vole en éclats, menaçant « le bien-être des éléphants, en particulier chez les petits dont la mère a été tuée ».

Réponse au stress

Jenna Parker et ses collègues ont voulu savoir comment les orphelins ressentaient ce deuil sur le plan physiologique, en étudiant leur réponse au stress. Plus précisément, en mesurant leur niveau d’hormones glucocorticoïdes, que les glandes surrénales des animaux vertébrés (humains compris) libèrent face à un facteur de stress, par exemple si un individu sent son bien-être en danger faute d’un environnement sécurisant.

Ces marqueurs se retrouvent dans le sang, la salive, les urines…. et les excréments. « Les glucocorticoïdes fécaux (fGCM) sont une manière répandue et fiable de mesurer le stress chez les animaux sauvages, car non-invasive », souligne la chercheuse.

Avec son équipe, elle a donc traqué patiemment, entre 2015 et 2016, le fumier de petits pachydermes sur le passage de troupeaux des réserves de Samburu et de Buffalo Springs (nord du Kenya).

Un travail qui a permis de collecter 496 échantillons de fumier de 37 éléphanteaux, dont 25 avaient perdu leur mère. De jeunes femelles exclusivement (les mâles sont plus durs à repérer car moins fidèles à leur troupeau d’origine), âgées de 2 à 20 ans (environ l’âge de la première mise bas).

Les orphelines avaient perdu leur mère entre 1 et 19 ans auparavant, du fait du braconnage ou de la sécheresse, particulièrement élevés entre 2009 et 2014. Vingt d’entre elles étaient restées dans la même unité familiale après le décès, cinq avaient rejoint une unité non apparentée.

« Camarades de jeu »

Les auteurs ont constaté que les niveaux de glucocorticoïdes étaient similaires, sur le long terme, entre orphelines et non orphelines. Une « bonne surprise », se souvient la chercheuse, qui s’attendait à ce que les orphelines montrent davantage de stress en l’absence de soins maternels.

Ce qui ne les empêche pas, relève Jenna Parker, d’éprouver un stress plus élevé sur le court terme, comme cela a été observé chez les chimpanzés dans les deux années suivant la mort de leur mère, et même chez des rats, cochons d’Inde et certains oiseaux.

« Mais au moins, ces effets ne durent pas, ce qui montre une résilience », commente-t-elle. Le puissant soutien social du groupe d’éléphants viendrait jouer ce rôle de régulation appelé « effet tampon ».

Et il y a plus: les chercheurs ont découvert un stress plus faible chez les jeunes grandissant dans des groupes comportant plus de congénères d’un âge similaire, qu’elles soient orphelines ou non. L’étude suggère que les « camarades de jeu », notamment les fratries, sont essentiels chez les éléphants.

Ces résultats pourraient éclairer la gestion des orphelinats d’éléphants captifs: fournir aux orphelins des compagnons du même âge pourrait les aider, puis libérer ensemble des groupes d’orphelins liés durant leur captivité pourrait faciliter leur transition vers la nature, conclut l’étude.

© AFP

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