À Groix, la pénurie d’eau plane sur la saison estivale

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Le conseiller municipal Victor Da Silva devant la réserve d'eau, à Groix, département du Morbihan, le 21 juin 2022 © AFP/Archives Sebastien SALOM-GOMIS

Île de Groix (France) (AFP) – « On demande la plus grande vigilance! »: dès leur arrivée à Port-Tudy, les touristes sont prévenus de la sécheresse exceptionnelle qui secoue l’île de Groix, en Bretagne, à quelques semaines du début de la saison de forte affluence.

A l’office de tourisme donnant sur la jetée, Stéphanie, après avoir conseillé des sentiers de randonnée, explique la situation à un couple venu de Vendée.

« On aurait des réserves a priori pour tenir jusqu’au 15 août mais prudence: on demande de prendre des douches très rapides, on n’arrose pas… », dit-elle aux deux voyageurs, leur expliquant que l’île n’avait plus connu pareille situation depuis 1976 et 2003.

Début juin, la totalité de cette île située à 5 km de la rade de Lorient, qui compte 2.300 habitants sur 15 km2, a été placée par la préfecture du Morbihan en situation de « crise », soit le niveau de gravité le plus élevé en cas de sécheresse.

Sur le pare-brise de sa voiture, Bruno Del Din, qui travaille dans le bâtiment, laisse visible le prospectus « Pénurie d’eau potable à Groix, soyons vigilants », qui a été même distribué dans les bureaux de vote.

« On a des flux très importants sur l’île, le week-end, la journée, ça va augmenter jusqu’à la période estivale, il faut prendre le parti d’informer très tôt les gens », argumente l’insulaire.

Parmi les préconisations listées: « Je prends ma douche en 5 min maximum », « je coupe l’eau pendant la vaisselle et le brossage des dents », « j’utilise le lave-vaisselle et le lave linge seulement à pleine charge ».

Si certaines îles bretonnes disposent d’une canalisation avec le continent (Bréhat, Batz) ou d’une usine de dessalement (Sein), Groix a recours pour son eau potable à quatre puits de forage et un barrage, dont le niveau a franchi le seuil de crise.

« La pénurie d’eau est ressentie depuis janvier. Cette année c’est vraiment très sec », observe Victor Da Silva, conseiller municipal (opposition), en montrant le barrage de Port-Melin qui a été construit dans les années 1960 par des immigrés portugais, dont son beau-père.

« Un pommeau économique consomme 6 L d’eau à la minute tandis qu’un conventionnel c’est 15 L, les gens qui font du locatif doivent penser à cela », dit-il alors que la population de « l’île aux grenats » pourrait atteindre 8.000 personnes pendant l’été.

Au bourg, où un thon figure à la place du coq sur la girouette de l’église en hommage au poisson qui fit la fortune des lieux, le maire Dominique Yvon estime que la « situation n’est pas catastrophique, mais pourrait le devenir ».

« On a prévu toutes les solutions, même limiter la venue sur l’île de personnes, ça peut également arriver mais ce serait une situation extrême », alerte-t-il, évoquant aussi la possibilité de coupures d’eau.

En plus d’interdire l’arrosage des potagers, les douches de plage ou des fontaines, la pression de l’eau a été réduite au robinet. L’installation d’une station de dessalement d’eau de mer est également à l’étude, explique le maire, qui en appelle au civisme.

« On peut vérifier si les consos d’eau augmentent, heure par heure et on a constaté quelquefois des pics la nuit avec des gens qui en profitent…C’est très français ça », soupire-t-il.

Denis Bredin, directeur de l’association des îles du Ponant, pointe une « augmentation de la consommation d’eau alors que la ressource, elle, n’augmente pas » sur des territoires qui « font rêver », où les locations de type Airbnb se sont multipliées.

« On a toujours cette image des îles hyper arrosées, des années on peut avoir des étés pas terribles, mais il y pleut très peu », argumente-t-il, soulignant que la pluviométrie annuelle de Groix (732 mm) était inférieure à celle d’îles croates.

A côté d’un champ, les agriculteurs font aussi part de leur inquiétude. « On fait des sacrifices par rapport à certaines cultures, on privilégie les serres car elles nous sortent le plus de revenus. On a dû faire des choix », confie Guénolé Rousseau, 43 ans.

© AFP

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