Au Yémen, la récolte de sel de mer, un savoir-faire transmis de mère en fille

Yémen sel femmes

Des femmes creusent des bassins qui serviront à récolter du sel, le 1er novembre 2021 à Al-Hassi, dans la province côtière de Mukalla, dans le sud du Yémen © AFP Hadba Al-YAZIDI

Al Mukalla (Yémen) (AFP) – Dans un village côtier du sud du Yémen, Zakia Obeid et ses collègues récoltent du sel de dizaines de bassins qu’elles ont elle-mêmes creusés, un savoir-faire hérité de leurs ancêtres.

Chaque matin, des femmes de tous les âges arrivent à bord de camionnettes pour travailler autour de bassins dans un petit village de la région portuaire de Moukalla.

Après plus de deux mois d’attente, l’eau des bassins, creusés en novembre par ces femmes à une profondeur d’un à deux mètres, s’est enfin évaporée.

[Au Yémen, un mystérieux « puits de l’enfer » fascine les géologues]

Les femmes saisissent à pleines mains les cristaux sur la terre, puis les font sécher. Le sel sera ensuite nettoyé puis mis en paquets pour être vendu sur les marchés.

« On travaille 15 jours de suite puis une autre équipe prend le relai pour 15 autres jours », explique Zakia Obeid, à l’AFP.

Dans ce pays, le plus pauvre de la péninsule arabique, la récolte de sel est pour beaucoup d’entre elles une rare opportunité de travail et un moyen de subvenir aux besoins de leurs familles.

[Au Yémen, des femmes apportent l’énergie solaire dans leurs villages]

Au total, 500 femmes de Moukalla travaillent ainsi pour un salaire d’environ 90 euros par mois.

L’association Al-Hassi pour la production de sel de mer, créée en 2020, leur fournit une aide précieuse en transportant le sel vers l’usine où il est empaqueté et offrant l’équipement nécessaire pour le broyer.

L’économie du pays s’est effondrée avec la guerre dévastatrice qui sévit depuis plus de sept ans, et qui a plongé le Yémen dans l’une des pires crises humanitaires au monde.

Fardeau économique

Selon le chef de l’association Al-Hassi, Khamis Bahtroush, les femmes produisent entre 20 et 30 tonnes de sel par trimestre, précisant que la production est « plus faible en hiver qu’en été ».

[Une station de dessalement de l’eau de mer pour fournir de l’eau potable au Yémen]

« Chaque sac (d’environ 1 kg, NDLR) est vendu environ 3.000 rials yéménites (10 euros) mais nous subissons l’inflation et nous ne pouvons pas augmenter leurs salaires », dit-il à l’AFP.

« C’est leur seule source de revenus. Elles n’ont rien d’autre, ni ferme, ni bétail », insiste-t-il.

Selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), la mort des pères de famille dans le conflit a alourdi le fardeau économique qui pèse sur les épaules des femmes.

La pression est « encore plus forte » quand elles doivent « soudainement subvenir aux besoins de leurs familles alors qu’elles ont elles-mêmes été privées d’un minimum d’éducation ou d’une formation professionnelle », déplore l’UNFPA sur son site internet.

Depuis 2014, le Yémen est ravagé par un conflit meurtrier entre les rebelles Houthis, proches de l’Iran, et les forces progouvernementales, appuyées principalement par les Saoudiens, à la tête d’une coalition militaire, et les Émiratis.

[Se laver les mains? Un luxe pour des millions de Yéménites]

Selon l’ONU, 377.000 personnes sont mortes, la grande majorité des conséquences indirectes de la guerre comme la faim, les maladies et le manque d’accès à l’eau potable.

Quelque 80% des près de 30 millions d’habitants du Yémen dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire.

© AFP

Un commentaire

Ecrire un commentaire

L'île d'Ischia, exemple du fléau de l'urbanisation illégale qui frappe l'Italie

Lire l'article