L’histoire inspirante de Yacouba Sawadogo, le paysan burkinabé qui arrêta le désert

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Yacouba Sawadogo © Thierry Mercier
Yacouba Sawadogo © Thierry Mercier

Rien ne prédisposait Yacouba Sawadogo, paysan burkinabé, de la région du Yatenga, au nord du Burkina Faso, à être désigné Champion de la Terre désigné par les Nations Unies. Pourtant, grâce à un labeur inlassable, il est parvenu à freiner l’avancée du désert. Yacouba Sawadogo est décrit comme un homme silencieux, réservé, mais dont le peu de mot est chargé de sens par le géographe et anthropologue Damien Deville. Ce dernier est allé à la rencontre de ce paysan africain au parcours hors-normes. Il en a tiré un livre « L’Homme qui arrêta le désert » qui sort le 20 janvier aux Editions Tana. Son auteur y raconte le destin de cet homme qui a soigné la terre de ses ancêtres. Tout a commencé dans les années 1980 par un moment de désespoir pour Yacouba Sawadogo qui constatait les ravages de l’urbanisation et du changement climatique sur ses terres natales, quand il été inspiré par le conte d’un ancien sur la création de la Nature et ses liens avec l’humain. Ce récit l’a conduit à observer les arbres, à les comprendre pour réussir à les faire pousser à nouveau face au désert. Ce sont les racines de son minutieux travail dont les fruits ont mis des années à se concrétiser qui ont été récompensés, en 2018 à Stockholm, par le Right Livelhood Award, ou le « prix Nobel Alternatif ». En 2020, il est honoré par les Nations Unies comme un « champion de la Terre ».

Le dévouement de Yacouba Sawadogo à sa terre

Issu d’une lignée de paysans agriculteurs, Yacouba Sawadogo consacre sa vie à la reforestation de la région du Yatenga, menacée par l’avancée du Sahel, en proie à la sècheresse et à l’insécurité. « Il est très attaché à sa terre », explique Damien Deville. Loin des avancées technologiques, le paysan n’a qu’un seul désir : restaurer et entretenir la forêt de sa région. Après la grande famine des années 1980 dans la région du Sahel, il réfléchit en se reconnectant à la terre et à la nature sur les conseils des anciens. En effet, « un savoir en Afrique de l’Ouest n’est jamais que scientifique, il est aussi philosophique voire spirituel », commente l’anthropologue Damien Deville.

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« Pendant longtemps, Yacouba a cultivé seul, les gens le prenaient même pour un fou », raconte Damien Deville. Pourtant, à force de persévérance et après des semaines d’observation de la pluie et des besoins des plantes, Yacouba Sawadogo reprend la technique du « zaï », une technique traditionnelle d’agriculture d’Afrique de l’Ouest, originellement utilisée lors de la saison des pluies. Il découvre que l’on peut créer un système racinaire même en saison sèche et ainsi favoriser la pousse des plantes.

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Avec cette technique, le paysan commence d’abord par planter des céréales, puis des arbres. Ils deviennent une forêt, qui, à elle seule, crée un micro-climat bénéfique pour les populations, les animaux et la végétation. Damien Deville explique que « sa forêt est un tampon contre les vents et le désert. Grâce à elle, il a redessiné des conditions d’habitabilité de son territoire. Tout le monde est revenu vers le village après la grande famine des années 1980. » Fort de ses premiers succès, Yacouba Sawadogo décide de se consacrer entièrement au développement et à la promotion de sa méthode. « Il y a même inséré des abeilles qui pollinisent et donnent du miel », précise Damien Deville.

Productrice de fruits, de légumes et de céréales, la forêt de Yacouba est également une pharmacie à ciel ouvert. Elle possède en effet de nombreuses plantes aux vertus médicinales, capable de soigner diverses maladies. « Sa forêt soigne les corps, les cœurs, il a recréé des relations entre les humains et le non humains, alors que le sable du désert avait cassé le village », estime le géographe.

« Pendant longtemps, Yacouba a cultivé seul, les gens le prenaient même pour un fou.»

Aujourd’hui, la forêt de Yacouba Sawadogo est protégée par le gouvernement du Burkina Faso. Elle a inspiré de nombreux projets de reforestation. Bien qu’âgé, Yacouba Sawadogo s’occupe toujours de son oasis, auprès de sa famille et de ses enfants. Il a le cœur à transmettre son savoir aux jeunes générations. Il a pour projet d’ouvrir un lodge pour former les agriculteurs en Afrique de l’Ouest.

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Cette belle histoire ne doit néanmoins pas faire oublier que l’avancée du Sahel et la désertification (qui n’est pas l’avancée du désert, mais la dégradation des sols les rendant arides) restent des questions majeures. Au sud du désert du Sahara, la sécheresse rend la vie difficile et s’accompagne de nombreux problèmes sécuritaires, sociaux et environnementaux. Pour y remédier, l’Union Africaine prend l’initiative de concevoir la « Grande Muraille Verte », une ceinture de verdure censée traverser le continent africain d’ouest en est, partant du Sénégal et terminant sa course à Djibouti. Mais le projet, aussi qualifié de muraille verte, semble compromis et suscite des critiques. « Je n’aime pas le terme de terme de « muraille », car certains peuplent vivent pour et par le désert, comme les Touaregs. De plus, la muraille ne permet pas une diversification des plantes cultivées, pourtant essentielle au maintien de micro-climats locaux et de la biodiversité. Cette uniformisation trahie aussi la complexité de la nature et des cultures africaines. », commente le géographe Damien Deville.

Romane Pijulet

Un commentaire

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    • Claude Courty

    L’humanité aime les contes merveilleux et s’en console, mais rien de sérieux ni de durable ne se fera à son échelle, sans prendre en compte la dimension démographique planétaire des problèmes que pose avant tout la prolifération de ses représentants.