Nouveaux réacteurs nucléaires : EDF se dit prêt, beaucoup de questions à élucider

Le PDG d'EDF Jean-Bernard Levy à l'Elysée, le 5 juillet 2021 à Paris © AFP/Archives Ludovic MARIN

Paris (AFP) – EDF s’est dit prêt mercredi à construire de nouveaux EPR en France, au lendemain du feu vert du président Emmanuel Macron, mais beaucoup de questions restent encore à élucider.

« EDF a beaucoup travaillé avec la filière nucléaire pour pouvoir affirmer que nous sommes prêts. Nous sommes prêts », a assuré le PDG du géant de l’électricité, Jean-Bernard Lévy, lors d’une audition au Sénat.

Emmanuel Macron a annoncé mardi que la France allait relancer un programme nucléaire et construire de nouveaux réacteurs sur son sol, en reportant toutefois à plus tard les précisions sur ces futurs EPR.

« Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays et continuer de développer les énergies renouvelables », a dit le président lors d’une allocution télévisée.

La France – qui dépend majoritairement du nucléaire pour produire son électricité mais dont le parc de centrales vieillit – ne construit actuellement qu’un seul réacteur de nouvelle génération, sur le site de Flamanville (Manche).

Il doit démarrer fin 2022 après maints retards et l’exécutif a finalement renoncé à attendre cette échéance pour prendre des décisions sur les futurs réacteurs.

Pour ces derniers, « nous avons proposé qu’une première étape soit de construire six réacteurs sur trois sites », a rappelé Jean-Bernard Lévy.

Les implantations envisagées, qui avaient déjà été annoncées, sont sur les sites de centrales déjà existantes : d’abord à Penly (Seine-Maritime), près de Dieppe, puis à Gravelines (Nord) et enfin à Bugey (Ain) ou bien Tricastin (Drôme).

« Il s’agit de changer de dimension, changer de braquet », a souligné le PDG d’EDF. « Les moyens, les compétences, la productivité des équipes sont évidemment quelque chose qui me préoccupe beaucoup », a-t-il indiqué.

Après les déboires de Flamanville, EDF s’est lancé dans un programme d’amélioration industrielle et met par ailleurs en avant son expérience dans la construction de nouveaux réacteurs à Taishan en Chine – où deux exemplaires sont en fonctionnement – ainsi qu’en Angleterre, où deux autres sont en construction avancée.

Des questions nombreuses

« Le sujet qui est le plus urgent pour nous, c’est de lancer la phase qui va conduire à ce que nous ayons toutes les autorisations pour commencer à construire », a dit M. Lévy.

Mais au-delà du feu vert de principe, Emmanuel Macron n’a pas donné de précisions mardi soir sur le nouveau programme qui doit être engagé.

« Le président aura l’occasion de s’exprimer dans les prochaines semaines sur ce sujet-là pour donner des précisions à la fois d’ordre technique -le type de réacteur- et de calendrier », a indiqué Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, sur France info.

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a aussi dit qu’il ne pouvait pas préciser à ce stade le nombre de réacteurs qui seraient construits.

« Combien il en faudra ? Est-ce que c’est 6 ? Est-ce que c’est 8 ? Est-ce que c’est 10 ? Je ne peux pas vous le dire, (…) ça dépendra du niveau d’ambition que nous nous fixons » en termes d’électrification, a-t-il déclaré sur France Inter.

Un certain nombre de sujets brûlants restent ainsi à éclaircir, notamment d’ordre financier : « Quelle sera la nature des recettes de ces réacteurs ? », « Comment tout cela peut se financer puisque chacun sait qu’EDF est extrêmement endetté ? », a souligné M. Lévy.

Outre le défi industriel, la Cour des comptes avait pointé l’an dernier l’enjeu financier « majeur » d’un tel programme, chiffrant le coût de construction de six EPR de nouvelle génération (EPR2) à 46 milliards d’euros.

© AFP

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6 commentaires

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    • Balendard

    il y a la dangerosité de la radioactivité mais à l’heure du réchauffement climatique, il serait aussi bon de prendre en compte le fait que le nucléaire est une chaîne énergétique qui dissipe en pure perte dans l’environnement une quantité d’énergie thermique supérieure à l’énergie électrique produite

    Voir le site d’information sur l’énergie européenne
    http://www.infoenergie.eu

    • Serge Rochain

    EDF est toujours prête à jeter l’argent pas la fenêtre.
    Si le réchauffement climatique peut attendre 15 ans avant que l’on ne réagisse alors, oui, construisons des réacteurs nucléaires puisque ce n’est finalement pas si pressé. N’importe quel parc éolien ou PPV se construit en deux ans.

    • Serge Rochain

    @Grossmann
    Le rendement d’un réacteur nucléaire n’est même pas de 10% en raison du nombre d’étages de conversion entre l’énergie fournie à l’origine du processus en regard de ce qu’il en reste à la sortie.
    -La conversion de l’énergie nucléaire en énergie thermique perd les 2/3 de sa puissance : deux neutrons sur trois doivent être neutralisés pour éviter l’emballement de la réaction en chaine.
    -le rendement de la conversion thermique/mécanique est limité à 30% par le cycle de Carnot.
    -L’excellent rendement de la conversion mécanique électrique de 98% n’aggrave que très peu la situation
    Le tout nous fait du 9,7%

    • dany voltzenlogel

    EDF, construire des EPR.
    Mais c’est la blague de l’année.
    Autant se réchauffer à la Flamme En Ville., ça ne coûtera pas 13 milliards pour un truc qui ne fonctionne pas.

    • Balendard

    Merci bien monsieur Rochain pour la piqûre de rappel concernant le cycle de Carnot.

    Ceci dit, à l’heure du réchauffement climatique il serait tout de même temps de prendre en compte le fait que le nucléaire et la combustion ne sont plus des chaînes énergétiques adaptées à la satisfaction de nos besoins.

    Ceci dans la mesure où en passant par les hautes température pour produire l’énergie de notre choix, à savoir l’électricité avec le nucléaire et l’énergie mécanique avec le moteur thermique elles dissipent en pure perte dans l’atmosphère des quantités de chaleur qui sont loin d’être négligeables.

    Le fichier http://www.infoenergie.eu/riv+ener/essentiel.pdf

    et les liens associés à celui-ci permet de comprendre ce qui pourrait être fait pour passer le cap

    • Michel Ardry

    Le nucléaire n’a pas résolu le traitement des déchets nucléaires. Edf doit réorienter ces investissements sur les énergies renouvelables.

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