Chaque goutte compte


Jardins d'agréments et canaux créés en plein désert du Wadi Rum, région de Ma'an, Jordanie (29°33’ N – 35°39’ E).

Deux nouveaux rapports de la FAO présentent une cartographie des niveaux de stress hydrique, soulignant qu’il y a urgence à utiliser l’eau de manière rationnelle

Rome, le 26 août 2021 –  Selon deux nouveaux rapports publiés par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), alors que la quantité totale d’eau douce présente sur la planète est fixe et non modifiable, des risques graves pèsent sur la production alimentaire et sur certaines des plus grandes villes du monde. Une répartition efficace et efficiente des ressources en eau est donc capitale.

Les effets du changement climatique se font déjà sentir sur l’approvisionnement en eau des systèmes de production agricole, et se manifestent par des inondations et des sécheresses, une plus grande variabilité des précipitations et la hausse des températures. Ils se traduisent par une concurrence accrue entre les usagers de l’eau, là où le stress hydrique et la pénurie d’eau sont déjà importants.

Présentés lors de la Semaine mondiale de l’eau, à Stockholm (2021), les rapports visent à fournir aux parties prenantes et aux décideurs politiques du monde entier des données essentielles sur les évolutions en matière d’utilisation et les disponibilités en eau. Les deux rapports, «Progress on change in water-use efficiency», qui concerne l’efficience de l’utilisation des ressources en eau, et «Progress on level of water stress», qui concerne le stress hydrique, fournissent des informations actualisées et détaillées sur la situation mondiale et les actions à mener pour réaliser les objectifs de développement durable (ODD), notamment les indicateurs 6.4.1 et 6.4.2, dont la FAO est l’institution garante.

«L’eau est l’essence de la vie et un élément central des systèmes agroalimentaires», déclare le Directeur général de la FAO, M. Qu Dongyu dans l’avant-propos des rapports. «Les systèmes agroalimentaires durables sont la voie à suivre pour une utilisation efficace de l’eau.»

«La gestion de l’eau est essentielle pour réaliser les ODD, non seulement l’ODD 6 (garantir l’eau pour tous), mais aussi l’ODD 2 (Faim zéro)», a affirmé Mme Maria Helena Semedo, Directrice générale adjointe de la FAO. «Il faut remédier de toute urgence aux difficultés liées à l’eau dans le secteur agricole (pénurie, pollution et gaspillage), afin de transformer les systèmes alimentaires et de renforcer leur résilience, notamment face aux problèmes graves engendrés par le changement climatique.»

Les rapports

Le rapport de la FAO sur le stress hydrique, qui concerne l’indicateur 6.4.2 des ODD, évalue le stress hydrique dans l’ensemble des régions du monde et souligne qu’il faut de toute urgence mettre au point des systèmes de gestion de l’eau résilients, en particulier pour la production issue de l’agriculture irriguée et de l’agriculture pluviale. Renforcer les pratiques d’utilisation efficace de l’eau dans tous les secteurs, notamment le secteur agricole, qui représente 70 pour cent des prélèvements d’eau douce à l’échelle mondiale, constitue une stratégie gagnant-gagnant propre à favoriser de meilleures pratiques en matière de gestion de la demande en eau et qui permet, grâce à une meilleure résilience des systèmes, de s’adapter aux effets du changement climatique.

D’après le rapport, un tiers environ de la population mondiale (soit 2,3 milliards de personnes) vit dans des pays soumis à un stress hydrique et 10 pour cent (soit 733 millions de personnes) dans des pays où le stress hydrique est élevé ou extrêmement élevé, ce qui joue considérablement sur l’accès à l’eau et les volumes disponibles pour des besoins personnels. On constate en outre que dans les situations de stress hydrique il n’y a pas toujours égalité entre les agriculteurs dans l’accès aux ressources en eau; il faut donc promouvoir une gestion et une gouvernance des différentes ressources hydriques, visant non seulement à la durabilité mais aussi à l’intégration et à l’inclusivité.

Le rapport sur l’efficience d’utilisation de l’eau fournit d’importantes données de référence sur les rendements de l’eau, en retrace l’évolution récente – une hausse de 9 pour cent entre 2015 et 2018 – et examine d’autres possibilités de progrès au cours des années à venir. Le commerce international, notamment, est l’un des facteurs qui peuvent avoir une incidence sur l’efficience d’utilisation de l’eau, et la notion d’échanges d’eau virtuels pourrait aider à rendre correctement compte de l’utilisation des ressources en eau. Le rapport souligne qu’il est primordial de parvenir à un équilibre entre la sécurité alimentaire, l’utilisation durable de l’eau et la croissance économique.

La Division des terres et des eaux de la FAO, à l’origine de ces rapports, participe à de nombreux autres projets qui intéressent directement la pénurie d’eau et encouragent une utilisation efficiente des ressources hydriques. On peut notamment citer AQUASTAT, une base de données mondiales; le Portail de données en libre accès sur la productivité de l’eau (WaPOR), un programme de télédétection permettant de mesurer la productivité de l’eau; l’initiative Building Forward Better, qui vise à renforcer le capital humain dans des contextes fragiles; un guide de terrain destiné à améliorer l’efficience d’utilisation de l’eau dans la petite agriculture (Field guide to improve water use efficiency in small-scale agriculture), qui contient des études cas menées en Afrique; le rapport sur la productivité de l’eau, les déficits de rendement et la nutrition (Water Productivity, the yield gap and nutrition), qui comprend une évaluation novatrice menée en Éthiopie sur l’eau, les rendements et les besoins nutritionnels; le Livre blanc du Cadre mondial contre la pénurie d’eau dans l’agriculture, qui porte sur la productivité de l’eau; et réflexions et informations sur le rôle des régimes fonciers applicables aux terres et à l’eau.

Éléments clés à retenir

De 2015 à 2018, l’efficience d’utilisation de l’eau dans le monde est passée de 17,30 USD à 18,90 USD par mètre cube, soit une hausse de 9 pour cent, le secteur industriel se plaçant en tête des secteurs qui ont progressé.

Pour 86 pays, qui ont régulièrement communiqué des données sur l’utilisation de l’eau, l’efficience a augmenté de 60 pour cent de 2006 à 2018 dans le secteur agricole.

À l’échelle mondiale, en 2018,18,4 pour cent des ressources en eau douce renouvelables étaient prélevées, mais ce pourcentage était supérieur à 25 pour cent en Asie centrale, en Asie du Sud et en Afrique du Nord.

Si l’on mesure les ressources hydriques au niveau des bassins hydrographiques plutôt que sur la base des frontières nationales, on observe que des zones soumises à un stress hydrique grave apparaissent dans de nombreux pays, notamment en Afrique du Sud, au Chili, en Chine, aux États-Unis d’Amérique et au Mexique.

Des valeurs indiquant un très faible niveau de stress hydrique peuvent correspondre à l’incapacité d’un pays à mettre correctement ses ressources en eau au service de sa population.

Les utilisations d’eau dans les zones urbaines, agricoles et industrielles sont étroitement liées à l’accroissement démographique, aux questions relatives au climat et aux pratiques d’irrigation. Ces facteurs ont été à l’origine d’une coupure d’eau au Cap en 2018, et de grandes métropoles telles que Beijing, Londres, Mumbai ou Tokyo risquent de faire face à des crises liées à l’eau d’ici à 2050.

Chaque goutte compte
par la FAO – aout 2021

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