Des ONG veulent une répartition plus juste de l’effort contre le changement climatique


Des ONG souhaitent que l'historique des émissions de gaz à effet de serre soit prise en compte et que les pays riches aident les plus démunis. © AFP/Archives SAUL LOEB

Paris (AFP) – À l’heure où les Etats-Unis ou l’Allemagne s’engagent à aller plus vite dans la lutte contre le changement climatique, des ONG souhaitent que le volume historique des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle soit pris en compte et que les pays riches aident les plus démunis.

Lors d’un sommet virtuel en avril, le président américain Joe Biden s’est engagé à réduire les émissions de gaz à effet de serre de la première économie mondiale de 50% à 52% d’ici 2030 par rapport à 2005, entraînant le Japon et le Canada dans son sillage.

Sous la pression des juges, l’Allemagne a décidé mercredi de réduire de 65% ses émissions d’ici 2030 par rapport à 1990, contre 55% visé auparavant.

Dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015, les Etats se sont engagés à limiter le réchauffement climatique bien en-dessous de 2°C comparé aux niveaux pré-industriels, voire à 1,5°C. Les Etats doivent présenter des contributions déterminées au niveau national (NDC), mises à jour tous les cinq ans, qui indiquent leur trajectoire.

Ce qui en revanche n’a pas été fixé à Paris est « comment les engagements individuels sont comparés les uns aux autres », explique Brandon Wu, d’ActionAid USA, à l’AFP. « Il est important que ces engagements cumulés conduisent à l’objectif de 1,5°C, mais aussi qu’ils soient justes les uns par rapport aux autres », poursuit-il.

Le concept, qui monte en puissance depuis plusieurs années au sein de groupes de défense de l’environnement et des droits humains, est simple: il s’agit de prendre en compte les émissions de gaz à effet de serre cumulés des pays dans la durée et la capacité d’un pays, notamment sa richesse, à aider les autres à réduire leurs propres émissions.

« Cela peut paraître complexe, mais c’est juste une question d’éthique. Qui a causé cette pagaille? Vous devez remettre les choses en ordre », illustre Brandon Wu.

« Question politique et éthique »

Une coalition de 175 associations écologistes ont lancé le « US Climate Fair Share ». Selon leurs calculs, les Etats-Unis ne devraient pas réduire leurs émissions de 50% d’ici 2030, mais de 195% comparé aux niveaux de 2005.

« Nous n’appelions pas à des émissions négatives ou autre chose de ce genre. Nous demandons un financement international pour aider à réduire les émissions ailleurs », explique Brandon Wu.

La façon dont la réduction des émissions de gaz à effet de serre est répartie est « une question politique et éthique. En tant que citoyen engagé, et pas uniquement comme scientifique, je pense que les pays comme les Etats-Unis, avec un héritage de deux siècles de pollution au CO2, ont un devoir spécial et doivent prendre la tête » du mouvement, complète le climatologue américain Michael Mann.

Les Etats-Unis sont de loin le plus gros émetteur dans le temps, avec 28% des émissions depuis 1850. La Russie représente 8%, l’Allemagne 7% et la Grande-Bretagne 6%, selon le World Resources Institute.

Même si ces pays arrêtaient de polluer du jour au lendemain, les émissions émises par le passé sont toujours dans l’atmosphère et influent sur le climat actuel.

La coalition US Climate Fair share a ainsi calculé que les Etats-Unis, première puissance économique mondiale devrait mettre sur la table au moins 800 milliards de dollars sur la décennie pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les Etats-Unis pourraient ainsi prendre la tête de la lutte contre le changement climatique. « Comme nous sommes dans un système international basé sur le volontariat, si les pays n’en voient pas d’autres peser de tout leur poids dans la balance, ils n’ont pas d’incitation pour y aller », estime Brandon Wu.

Un tel investissement américain « aurait un réel impact et enverrait un signal à l’international », juge Brandon Wu, qui signale que le budget annuel américain est de 750 milliards de dollars pour l’année fiscale prochaine.

© AFP

Climat: Biden affiche ses ambitions, le monde applaudit le retour de l’Amérique

Quel type d’allié seront les Etats-Unis pour le climat ?

3 commentaires

Ecrire un commentaire

    • HOUDBINE

    Malheureusement l’UE procrastine.
    En totale contradiction avec la récente et très ambitieuse révision des objectifs fixés à la COP 21, la Commission et le Parlement européens semblent décidés à éradiquer le nucléaire de l’UE, au risque de continuer à retarder sa baisse des émissions de GES ;.
    Emmenés par l’Allemagne, tous les pays qui ont choisi d’abandonner le nucléaire, le lignite et le charbon (Italie, Autriche, Danemark, Belgique, Espagne…) n’ont d’autres solutions que de favoriser le gaz comme source supplétive aux éoliennes et au photovoltaïque à production erratique, faible et non contrôlable, pour remplacer la production garantie par le nucléaire et/ou les centrales à gaz, à lignite et à charbon.
    Soumis aux lobbies pro-éolien et photovoltaïque (EnR) et aux gaziers en embuscade, Bruxelles résiste au Centre européen de Recherche (CRC) qui vient d’émettre, fin avril, un avis favorable à l’inclusion du nucléaire dans sa taxonomie. La CE elle-même avait saisi ces scientifiques afin qu’ils démontrent que le nucléaire ne respectait pas tous les critères d’accès à ce sésame d’accès à la finance dite « verte ». Plutôt que de trancher entre une production nucléaire, efficace pour le climat et les finances publiques, mais que trop de ces membres et de parlementaires honnissent, et une production EnR, impotente et onéreuse, mais que les mêmes chérissent, la CE a préféré renvoyer à plus tard la décision. L’urgence climatique pourra attendre !

    L’impasse de la transition énergétique allemande
    Dans le même temps, à quelques mois du remplacement de la chancelière Angela Merkel, l’Allemagne poursuit le psychodrame engagé depuis vingt ans par Gerhart Schröder (SPD), avec l’« Energiewende ». Malgré une opinion publique très hostile au nucléaire, le débat sur les conditions de la transition énergétique, contrainte à maintenir et même à développer les centrales à charbon, lignite ou gaz, commence à diviser, après vingt ans de transition inefficace et à l’approche des élections fédérales. En réaction à la perspective de perte de pouvoir contre les Grünen, le CDU renchérit. On n’a pas atteint les précédents objectifs, qu’à cela ne tienne, on renchérit. En réponse au retour des USA sur la scène internationale, à la tête du combat pour le climat et en réaction à la perspective de perte de pouvoir contre les Grünen, l’Allemagne ambitionne maintenant la réduction de ses émissions de GES par rapport à 1990, de 65% en 2030 contre 55% auparavant, puis de 88% en 2040 pour atteindre la neutralité carbone en 2045. Dans le même temps, Peter Altmaier, le ministre fédéral de l’Économie et de l’Énergie, membre du CDU, tient des propos, iconoclastes en Allemagne : « La France a décidé, eu égard au climat, de miser sur le nucléaire (…) C’est la raison pour laquelle son bilan carbone est bien plus positif que celui de l’Allemagne ». Il parle d’or le ministre. Reste à savoir comment le CDU entend convaincre les Grünen, ses adversaires mais potentiels futurs partenaires de gouvernement, que le nucléaire est le meilleur atout de la transition climato-énergétique (0 carbone en production, adaptabilité et réactivité aux fluctuations de la production et aux aléas de la production ou du transport d’électricité – perte de moyens de production ou de ligne de transport -, coût de production très compétitif) et sans rapport avec les alternatives éoliennes et photovoltaïques, intrinsèquement inefficaces.
    A défaut, comment le CDU entend-il réussir un tel pari sans prolonger la durée de vie du nucléaire résiduel (8,5 GW/50TWh/an) au-delà de 2022 et sans sortir du charbon avant 2030 (au lieu de 2038) ?
    N’en déplaise aux promoteurs cupides des Energies intermittentes (EnRi), même en triplant leur puissance de production (actuellement ~ 117 GW) pour atteindre 350 GW (150 GW PV, 200 GW éoliens) en 2030, leur puissance garantie restera quasi-nulle (inférieure à 4 GW).
    Comment alors répondre aux situations de puissance de pointe hivernale (84 GW ces dernières années mais ~ 90 GW en 2030), sans mettre en place une gestion rationalisée de la pénurie d’électricité et/ou concéder quelques entorses aux ambitions climatiques ?

    Serge Houdbine
    ancien producteur d’électricité

    • Jean Grossmann

    Réduire les inégalités c’est aller dans le sens du social

    C’est aussi inciter à la mise en œuvre les énergies thermiques renouvelables. Voir

    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/LCU_fichiers/incitation-ENR.htm

    • Grégory

    Quelles sont les sources ?

Réchauffement climatique : la crue centennale, menace grandissante pour Paris

Lire l'article