En Nouvelle-Calédonie, la psychose du requin s’installe

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Un drapeau "baignade interdite" en raison de la présence de requins, sur la plage de la Baie-des-Citrons, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 29 avril 2021 © AFP Theo Rouby

Nouméa (AFP) – L’attaque de requin mortelle dont a été victime le 24 avril un quinquagénaire à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, venant après celle d’un nageur en février et deux disparitions suspectes, ravive la peur du requin dans cet archipel français, et relance le débat sur la gestion de ce risque.

Parti samedi dernier sur sa planche à rame équipée depuis une plage de Nouméa, chef lieu de ce territoire du Pacifique sud, jusqu’à la presqu’île de Nouville, plus au nord, Jean-Christophe V., un vétérinaire de 53 ans, a été retrouvé par un plaisancier, inanimé sur sa planche avec une plaie importante à la jambe.

« Le médecin-légiste a constaté la section complète de l’artère fémorale », a ensuite précisé le procureur de la République, évoquant, à l’appui d’expertises, la morsure d’un requin-tigre de 4 mètres.

L’accident est survenu deux mois après la mort d’Eric C., attaqué par un requin alors qu’il se baignait à proximité de son bateau à l’îlot Maitre, un site très touristique à 20 minutes de Nouméa.

Le drame, jusqu’alors inimaginable à cet endroit, a eu lieu en plein après-midi sous le regard effrayé de nombreux baigneurs et amateurs de sports nautiques.

La justice a par ailleurs ouvert deux enquêtes pour cause de disparition inquiétante après que dans la même période et toujours à Nouméa, un nageur et un plaisancier ont disparu dans des conditions qui n’excluent pas l’hypothèse d’une attaque de squale.

« Pour ce début 2021, on est devenu le pays le plus dangereux au monde en matière de risque requin », estime Emmanuel Couture, chargé de mission à la direction de l’Environnement de la province Sud.

Trois attaques non mortelles, dont une rarissime sur une plongeuse en bouteilles, avaient en outre eu lieu en novembre et décembre 2020.

Pas une semaine ne se passe sans qu’une alerte soit déclenchée sur les plages de la ville ou dans l’Intérieur après des signalements d’usagers de la mer ou des autorités de surveillance.

« J’ai récemment vu deux requins-bouledogues et un requin-tigre à moins de dix mètres du rivage », témoigne un adepte de la plage de la baie des Citrons, où régulièrement les pompiers-sauveteurs lèvent le drapeau rouge et sortent leurs fanions marqués d’une mâchoire de squale.

Un peu plus loin à l’anse Vata, Mathieu, gérant d’une école de voile, trompe l’ennui en jouant avec son chien, faute de clients.

« Les conditions pour naviguer sont idéales aujourd’hui mais il n’y a personne, c’est normal les gens ont peur », lâche-t-il, réclamant « une régulation de la population de requins sur la zone côtière ».

Présidente de l’association Nouméa Glisse, Stéphane Bouquillard a pour sa part pris la décision radicale de « suspendre toutes les régates jusqu’à nouvel ordre », après le dernier accident mortel.

« Nous ne sommes plus dans une situation de risque mais de danger permanent. Ce n’est pas supportable et il devient indispensable de prendre des mesures coordonnées », prône-t-elle.

En mars, la province Sud a procédé à l’abattage ciblé de 24 requins tigres et bouledogues et envisage en cas d’attaque une « autorisation automatique de capture pendant 72 heures dans un périmètre d’un kilomètre ».

L’an dernier, la collectivité a en outre interdit tout rejet de déchets carnés à moins de 500 mètres d’un îlot ou du rivage et des panneaux mettant en garde les baigneurs ont été installés.

Les associations environnementales dénoncent cependant ces prélèvements sur des espèces protégées, qu’elles jugent « inefficaces, donnant un faux sentiment de sécurité et sans base scientifique ».

« Le niveau d’étude de ces animaux marins en Nouvelle-Calédonie est aujourd’hui très limité, nous manquons d’expertise, d’informations et sommes incapables de prendre des décisions éclairées et mesurées », proteste Eva Dumas, présidente de Sea Shepherd.

L’organisation de défense des océans vient de lancer un appel à la communauté scientifique pour élaborer un programme d’études, permettant notamment de comprendre les facteurs environnementaux et humains qui favorisent la présence des requins.

Les captures suscitent également la réprobation des chefferies traditionnelles kanak alors que le requin est un des animaux totémiques de la culture mélanésienne.

© AFP

2 commentaires

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    • dany voltzenlogel

    L’état français n’aurait-il pas été le requin qui a fait le plus de victimes ?

    • michel CERF

    Les humains sont tellement plus dangereux que les requins qui ne font que vivre dans leur élément et sont massacrés partout pour de l’argent .