Pour les petits Suisses, la démocratie est un jeu d’enfants

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Des enfants de maternelle lors d'un vote dans le cadre d'un projet citoyen pour les familiariser avec la démocratie directe, à Lausanne, en Suisse, le 18 janvier 2021 © AFP Fabrice COFFRINI

Lausanne (AFP) – Ils sont une petite douzaine, attendant sagement en ligne de pouvoir glisser dans l’urne le bulletin de vote qui va changer la vie dans leur village de fantaisie. Ils ont entre trois et quatre ans.

Un réseau de trois écoles maternelles privées de Lausanne, sur les bords du lac Léman, a créé un projet qui doit, dès le plus jeune âge, familiariser les futurs citoyens avec le système de démocratie directe dont la Suisse est si fière.

« L’idée, c’est vraiment de permettre aux enfants d’apprendre la démocratie. Pour nous, c’est d’être fidèle à notre mission aussi, de rendre les enfants acteurs dans le changement et dans leur futur », explique Olivier Delamadeleine, le directeur général d’Educalis, qui gère ces maternelles, à l’AFP.

Il y a en Suisse un mouvement croissant pour sensibiliser les jeunes à la participation au système des « votations », ces référendums qui plusieurs fois par an appellent les citoyens aux urnes pour donner leur avis sur une vaste palette de sujets.

Mais le projet d’Educalis se distingue par l’âge très précoce des participants.

Une fois par semaine, quelque 35 élèves des trois maternelles se retrouvent dans le « village », dans un bois à l’orée de la grande ville.

Certains des enfants se sont vu attribuer des rôles précis: chef de village, infirmière ou policier, avec les costumes qui vont avec pour leur permettre d’habiter encore mieux leur rôle.

« Ils prennent leur rôle très au sérieux », souligne M. Delamadeleine, alors qu’une « infirmière » vêtue d’un t-shirt à l’emblème de la Croix-rouge, sur sa combinaison de ski, se précipite pour secourir un camarade qui pleure à chaudes larmes après être tombé tête première dans la neige.

Les visites au « village » sont en extérieur quelle que soit la météo.

Engoncés dans des combinaisons multicolores, les enfants attendent l’événement du jour: le référendum.

Eve L’Eplattenier, directrice de deux des trois maternelles, est à genoux derrière une table sur laquelle trône une boîte de métal, et elle montre le drapeau blanc frappé d’un emblème aux couleurs vives et d’un grand E.

« C’est votre nouveau drapeau », explique t-elle aux enfants, qui en ont choisi le design lors de leur toute première « votation » en novembre.

Pour le vote de ce jour, ils ont reçu dans une enveloppe tout le matériel électoral, comme tout citoyen Suisse avant une élection.

Cette fois-ci, la question est plus subtile: les enfants veulent-ils voter à bulletin secret en mettant une croix sur leur choix ou à main levée, où tout le monde sait de quel côté on penche ?

Olivia et Layla, dont les t-shirts peints à la main font comprendre qu’elles sont les chefs du villages, viennent aider Mme L’Eplattenier.

Chaque enfant vient ensuite glisser son enveloppe dans l’urne. Plus difficile qu’il n’y paraît avec les mains engoncées dans des gants.

Une fois leur devoir électoral accompli, cinq enfants et trois adultes vont procéder au dépouillement dans un petit abri, qui sert normalement de cantine.

Assis autour d’une grande table, la directrice explique comment ouvrir les enveloppes et comment faire deux tas distincts.

Les bulletins sont ensuite comptés…et Layla proclame le résultat: « A main levée il y avait 19, et bulletin secret il y avait 17 ».

Quelques uns sont déçus, mais Eve L’Eplattenier explique que surmonter cette frustration fait partie de l’apprentissage de la démocratie.

Le prochain vote dans quelques mois portera sur un système de recyclage pour le « village », avant un autre scrutin qui changera leur vie.

« Ils vont pouvoir se positionner sur l’heure de la sieste, la durée de la sieste, est-ce que la sieste est obligatoire ou facultative, ça peut être des sujets qui peuvent être intéressants », explique la directrice.

© AFP

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2 commentaires

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    • Bousquet

    Bonjour, Là où se trouve l’erreur ? C’est de croire que les enfants – même tout jeunes – n’ont qu’une conscience parcellaire de ce monde qu’animent les adultes. Il n’est qu’à faire le constat lorsque les parents discutent : Bien souvent, ces bambins ont toujours une oreille qui traîne. Et, le cas échéant, ils vous rappellent ce tu as dit à Maman (ou inversement à Papa). Et c’est, pour eux un crève-coeur que de ne pas les prendre au sérieux. A ne pas oublier qu’ils sont en phase de développement sous bien des aspects : l’ouie, le regard, la parole, la compréhension. Et nous avons tort de n’en faire pas assez cas. Parfois, leur frustration nous paraît incompréhensible. Et nous nous débarrassons du sujet en tournant le dos. Ou, pire en les engueulant : « mais enfin, Qu’est ce que tu veux ? Qu’est ce que tu dis? et bien d’autres interrogations qui provoquent dans ce petit esprit – et dans leur regard – une détresse qui les rend malheureux. Et l’impression qu’on ne s’intéresse pas assez à ce petit être en demande de réponses.

    • Bousquet

    Jusque là, j’aimais les petits suisses de chez ___________ ! Désormais, je verrai ces autres Petits (?) Suisses sous un autre regard. Bien plus admiratif de par leur esprit critique. Ou simplement ? Leur sensibilité.

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