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Filets anti-requins : des « mailles de la mort » pour protéger les Sud-Africains

requin Afrique Sud plongée

Gary Snodgrass agite un leurre près d'un requin, à Umkoaas, près de Durban en Afrique du Sud, le 10 décembre 2020. © AFP Michele Spatari

Umkomaas (Afrique du Sud) (AFP) – « Ce sont les mailles de la mort ». Sur son zodiac au large des côtes touristiques sud-africaines, Walter Bernardis, pionnier des plongées avec les requins, tire sur un filet anti-prédateur censé protéger les baigneurs de leurs attaques.

Ressemblant à de banals filets de pêche de 200 mètres de long sur 6 mètres ancrés face aux plages les plus fréquentées de l’Est du pays, ces dispositifs, pour protéger l’homme, tuent indifféremment requins, dauphins, tortues, baleines ou dugongs, dénoncent leurs détracteurs.

« Tout ce qui passe la tête dedans va mourir : c’est comme ça que fonctionnent les filets », résume Walter, qui a déserté les salles de classe après 20 ans d’enseignement pour conduire des touristes à la rencontre de ces poissons qui traînent une si mauvaise réputation.

Dans les années 1950 en Afrique du Sud, une série d’attaques mortelles a fait déserter les plages de la province du Kwazulu-Natal, donnant des sueurs froides à une industrie du tourisme bien huilée sur tout le front de mer. La province attire chaque année plus de 6 millions de visiteurs.

L’imagerie collective, renforcée par des films tels que les Dents de la mer sorti en 1975, a ensuite contribué à installer durablement l’image du requin mangeur d’hommes.

Aujourd’hui, sur plus de 300 km de côtes étendues au nord et au sud de Durban, pas moins de 37 plages sont équipées de ces filets anti-requin controversés. Et sans les restrictions liées à la pandémie de Covid-19, en cette période d’été austral et de grandes vacances, ces plages seraient noires de monde.

« On en croise si rarement » 

De fait, aucune attaque mortelle dans une des zones désormais protégées n’est à déplorer depuis 67 ans. Une sécurité qui a un prix : chaque année, au moins 400 requins meurent tués par les dispositifs anti-prédateurs, reconnaît le comité requins, l’organisation qui gère ces systèmes dans la région.

Parmi eux, une cinquantaine sont issus d’espèces menacées, comme les grands requins blancs et les requins marteaux.

« Avant on appelait ça +plongée avec les requins tigre+ », raconte Gary Snodgrass, un autre professionnel qui emmène les touristes nager avec eux. Mais ces dernières années, « on en croise si rarement » que le nom a dû changer.

En 2019, 690 animaux ont été capturés dans ces filets anti-prédateurs. « Beaucoup ont été relâchés en vie », assure Matt Dickens, le directeur scientifique du comité requins. « Et ça représente moins de 10% du nombre d’animaux capturés par le secteur de la pêche ».

Déjà victimes de la destruction de leur habitat, les requins sont aussi menacés par la surpêche et le commerce juteux de leurs ailerons.

Une centaine d’attaques en 2019 

Huit espèces sur les quelque 400 répertoriées sont désormais protégées par la Convention internationale sur le commerce d’espèces sauvages menacées d’extinction (Cites). Mais la terreur qu’ils génèrent éclipse souvent leur déclin.

Très médiatisées, les attaques de requins sont pourtant très rares : une centaine ont été confirmées dans le monde en 2019, selon l’Université de Floride qui les répertorie.

Leur disparition entraînerait par ailleurs un déséquilibre dans l’écosystème marin, soulignent militants environnementaux et scientifiques. Ces superprédateurs jouent un rôle majeur dans la régulation de la population des fonds marins.

Pour Jean Harris, directrice de l’ONG sud-africaine Wild Oceans, c’est « l’état d’esprit des gens » qui doit changer. Car « ces filets n’empêchent pas les gros requins de s’approcher des plages ».

De fait, rien n’empêche les prédateurs de passer en-dessous ou à côté de ces filets. Selon les plongeurs professionnels, beaucoup sont même pris dans les mailles au retour, lorsqu’ils quittent la zone de baignade.

En tout, seules cinq espèces de requin, sur les plus de 400 recensées, sont réputées dangereuses pour l’homme, requin-bouledogue et requin-tigre en tête.

©AFP

Un commentaire

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    • michel CERF

    Certes , l’état d’esprit des gens doit changer mais pour cela faudrait il que l’humain est un minimum d’intelligence pour comprendre que chacun a le droit de vivre dans l’environnement qui lui est réservé .