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L’Argentine devient le premier pays à autoriser du blé OGM

blé OGM
Un champ de blé dans la province de Buenos Aires, en octobre 2015. © AFP/Archives Eitan ABRAMOVICH

Buenos Aires (AFP) – Quatrième exportateur mondial de blé, l’Argentine est le premier pays au monde à approuver la production et commercialisation d’une variété de blé transgénique, un nouveau marché cependant conditionné à l’approbation du principal importateur, le Brésil.

« Il s’agit de la première approbation au monde » pour un OGM de blé, dont la particularité est d’être tolérant à la sécheresse, a indiqué jeudi dans un communiqué le Conseil national de la recherche scientifique et technique d’Argentine (Conicet).

Mais « pour être commercialisé en Argentine, il doit être approuvé par le Brésil, principal et historique marché du blé argentin », précise l’organisme qui dépend du gouvernement.

En 2019, 45% des 11,3 millions de tonnes de blé exportées par l’Argentine ont été vendues au Brésil. Les autres principaux marchés sont l’Indonésie, le Chili et le Kenya.

Le développement de ce blé résistant à la sécheresse est le fruit d’une collaboration public-privé de plus de 15 ans entre la société argentine Bioceres et un groupe de recherche de l’Université nationale du Litoral (UNL).

Ce dernier, dirigé par le Dr. Raquel Chan, a réussi à isoler un gène résistant à la sécheresse pour l’inoculer dans le blé, le soja ou le maïs. Or jusqu’ici la recherche se heurtait à la complexité du génome du blé.

« Le ministère argentin de l’Agriculture a approuvé le blé incorporant la technologie HB4 de notre entreprise pour la production et la consommation », se félicite dans un communiqué Bioceres qui souligne que l’Argentine devient ainsi le « premier pays au monde » à adopter cette technologie.

Les variétés de blé HB4 sont développées par Trigall Genetics, une joint-venture entre Bioceres et la société française Florimond Desprez, l’un des leaders mondiaux de la génétique du blé.

Implantée dans le nord de la France, le groupe Florimond Desprez (1.155 salariés) se présente comme « obtenteur de variétés et producteur de semences répondant aux attentes du secteur des grandes cultures ».

Il est présent dans 65 pays et détient 35 filiales à l’étranger, dont une en Argentine depuis 2012.

Dans les lots de production et les essais en plein champ réalisés au cours des dix dernières années, les variétés de blé HB4 ont montré une amélioration du rendement de 20% en moyenne en cas de sécheresse.

« Non-acceptation des consommateurs » 

« Il nous faut maintenant convaincre le monde que c’est très bien et être capables de générer des marchés pour ce blé qui représente une évolution technologique », a déclaré le directeur général de Bioceres, Federico Trucco, dans les colonnes du quotidien argentin Clarin.

« Le premier à être convaincu doit être le Brésil », a-t-il ajouté, estimant « la tâche ardue » comme l’a été selon lui l’obtention de cette autorisation de commercialisation.

Cette dernière est intervenue « trois ans après avoir obtenu les approbations de la Conabia (Commission nationale consultative sur la biotechnologie agricole) et de la Senasa (Service national de la santé agroalimentaire) ».

Des experts, membres de l’Institut national des semences, ont cependant exprimé leur inquiétude quant à cette approbation de commercialisation.

Ils ont souligné dans une tribune jeudi qu’aucun pays n’approuvait l’utilisation de variétés de blé transgénique « en raison de la non-acceptation par les consommateurs locaux et/ou étrangers des produits fabriqués à partir de cultures transgéniques et de la difficulté de séparer la production d’OGM et celle de non-OGM ».

Ils ont également indiqué que l’approbation éventuelle par le gouvernement brésilien « ne garantit pas que les moulins, les boulangeries et les consommateurs individuels accepteront d’acheter notre blé OGM, et s’ils le font, il n’y a aucune garantie qu’ils le feront sans réduction de prix ».

Selon eux, cet OGM « est une avancée scientifique pertinente et pourrait être une contribution importante pour le soja, le maïs et d’autres cultures, mais pour l’instant pas pour le blé ».

Pour le cabinet Agritel, société française experte en stratégies des marchés agricoles, l’Argentine prend « le risque de voir les consommateurs s’opposer à ce genre de produits » et donc de perdre des parts de marché.

©AFP

6 commentaires

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    • Matthias Heilweck

    « obtenteur de variétés et producteur de semences répondant aux attentes du secteur des grandes cultures », mais pas à celles des consommateurs ! Les grandes monocultures sont une hérésie, les sélections monovariétales aussi, le tripatouillage génétique encore plus.

    • Michel CERF

    Rien à ajouter aux propos de Matthias .

    • Gil Kressmann

    C’est une bonne nouvelle pour les agriculteurs argentins. Cette autorisation annonce aussi une vague d’innovations avec la sélection de nouvelles plantes adaptées au réchauffement climatique

    • Francis

    Un gène, qu’il soit naturel ou manipulé, n’est pas une substance, c’est une information. La substance, c’est l’ADN, dont la composition chimique ne varie pas, quelque soit l’ordre des bases aminées qui constituent les messages génétiques sur ses très longues molécules.. Lors de la digestion, l’ADN est détruit. Il n’ y a donc pas à avoir peur du blé OGM. Sauf, comme dans le cas du soja résistant au glyphosate, si ce nouveau caractère permet d’épandre dessus en cours de végétation un pesticide qui risque de se retrouver dans l’aliment final. Il y a un truc que les éleveurs peuvent utiliser pour être vraiment sûr de l’absence de résidus d’OGM dans la viande, le lait et les oeufs, c’est de ne jamais ajouter de phosphate minéral dans la ration des animaux. Comme l’ADN est riche en acide phosphorique, les microbes du système digestif attaquent celui ci pour couvrir leurs besoins. En évitant de leur en apporter par ailleurs, on est sûr que ce soit le cas.

    • Michel CERF

    En effet c’est une bonne nouvelle pour les producteurs argentins mais certainement pas pour la santé des consommateurs .

    • Matthias Heilweck

    Je n’ai pas peur du blé OGM en soit et je suis persuadé que je pourrais en manger sans tomber malade. Ce que je crains par contre, c’est cette science du vivant qui ne regarde que par le petit bout de la lorgnette et croit pouvoir s’affranchir des lois naturelles sans autres conséquences que le but recherché. Du blé qui produit 20% de plus que le blé traditionnel en cas de sécheresse. Quid de sa valeur nutritive, de sa teneur en oligo-éléments ? Et s’il n’y a pas de sécheresse, il produit plus aussi ou moins ? De plus qui dit OGM, dit mono-variété et donc augmentation des attaques parasitaires, des maladies et de l’utilisation de pesticides. Et surtout, qui dit OGM dit privatisation des semences et accaparement des moyens de subsistance des agriculteurs.
    On peut croire à la suprématie de l’homme sur la nature, modifier les codes génétiques et en tirer profit (pour quelques-uns) ou croire en l’intelligence de l’homme pour bien appréhender les lois naturelles et les utiliser à bon escient (pour tous). Somme toute, ce n’est qu’une question de croyance…