Coup de gueule à propos des déchets plastiques dans la nature : le citoyen a le dos (trop) large 

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Une photo de la campagne diffusée das le métro © Sophie Noucher

Regardez cette bouteille d’eau en plastique abandonnée au pied d’un arbre. À qui la faute ? D’après la campagne d’affichage de cet été dans le métro parisien, c’est la vôtre. Ou la mienne. Bref, celle du consommateur en général. Les visuels montrent une nature souillée avec ce slogan : « Il était une fois une bouteille qui aurait pu être recyclée. Changeons la fin de cette histoire, trions nos emballages. » Cette campagne, signée par le Ministère de la transition écologique, l’Association des maires de France (AMF), Citeo et Gestes Propres, véhicule une fois de plus une vision très réductrice des responsabilités concernant la pollution plastique. En outre, elle présente le recyclage comme une solution miracle, ce qui est loin d’être le cas.

Ces quatre entités liées au service public reprennent la stratégie mise en place depuis longtemps par l’industrie (agro-alimentaire notamment), qui consiste à rendre le consommateur  responsable des emballages qu’elle lui impose avec ses produits. Pourtant, il y a une cinquantaine d’année, ce n’est pas suite à une pétition mondiale des buveurs de sodas que les grandes marques ont remplacé leurs bouteilles en verre (et le système de la consigne qui allait avec), par du polyéthylène téréphtalate (PET). Elles ont pris la décision toutes seules alors qu’elles connaissaient l’impact du matériau à long terme sur l’environnement : dans un numéro de l’émission Cash Investigation diffusé en septembre 2018, l’ingénieur Arsen Darney explique qu’à l’époque et à la demande de la firme, il a rédigé une étude concluant que le verre avait un impact moindre sur l’environnement à condition d’être réutilisé au moins 15 fois. Aujourd’hui, aucune grande marque de sodas ne parle de revenir au verre et à la consigne. Toutes communiquent autour du recyclage, présenté comme La solution.

Or, le recyclage n’est ni suffisant ni optimal. Mettons en regard quelques chiffres : sur plus de 8 milliards de tonnes produites depuis les années 1950, seules 9 % ont été recyclées. On pourrait penser que les techniques se sont améliorées. Sans doute, mais pas au point de pouvoir faire face aux vertigineuses quantités produites.  Flore Berlingen, directrice de l’association Zero Waste France, déconstruit dans son remarquable essai Recyclage, le grand enfumage (1) paru en juin, toutes les fausses idées suggérées au consommateur, comme celle sous-entendant qu’une bouteille triée va redevenir une nouvelle bouteille. En réalité, plusieurs bouteilles de PET vierge sont nécessaires pour en fabriquer une avec 100% de PET recyclé. De plus, il ne faut pas perdre de vue deux réalités : 1/ Nous ne savons pas recycler tous les plastiques, 2/ Ceux pour lesquels nous maîtrisons les procédés ne sont pas recyclables à l’infini.

Il faut admettre ce que même l’ONU a écrit noir sur blanc : « Nous sommes incapables de faire face à la quantité de plastique que nous produisons ». Alors oui, nous devons continuer à trier. Parce que c’est le seul levier d’action du consommateur. Enfin, presque le seul. Car notre autre pouvoir, tellement plus fort celui-là si nous l’utilisions vraiment, c’est de changer notre façon d’acheter. Consommer moins et consommer mieux : éliminer au maximum les produits contenant du plastique de nos listes de courses, c’est possible.  Et cette action-là changerait vraiment « la fin de l’histoire ».

Sophie Noucher

 

  • Recyclage, le grand enfumage, Flore Berlinger, éditions Rue de l’Echiquier

5 commentaires

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    • Michel CERF

    On peut voir les choses de cette façon , certes , mais se sont bien les consommateurs qui se débarrassent de leurs déchets dans la nature , il suffit de se promener dans les parcs , au bord des rivières pour y trouver une multitude de bouteilles en plastique , des canettes , des vélos et des appareils ménager jetés à l’eau , ces gens et ils sont nombreux n’ont aucun respect de la nature , que les bouteilles soient en plastique ou en verre , elles finissent dans la nature .

    • Mounier

    @Michel Cerf
    Oui, mais ce qu’explique l’article c’est que ces gestes inciviques, aussi désagréables soient-ils, ne représentent que 5% du problème. Donc cette campagne est trompeuse en le présentant comme le principal problème face à un recyclage parfait. Le principal problème est la création de déchets à usage unique que l’on ne sait pas recycler, et qui finissent majoritairement triés, puis brûlés, envoyés dans des décharges, ou envoyés à l’autre bout de la planète pour finalement pour une grosse partie se retrouver dans la mer. Malgré le tri. Donc la focal sur la bouteille visible jetée de façon inélégante par certains individus fait un peu trop vite oublier le problème massif systémique assumé lui pleinement par les industriels et toute la filière plastique, de la production privé jusqu’à la filière déchet publique.

    • Claude Courty

    L »industrie alimentaire, comme les autres, ne fait que satisfaire la demande de consommateurs toujours plus nombreux. Et leur frugalité ne fera que repousser l’échéance.
    Écologie dénataliste

    • Michel CERF

    Oui , je ne dis pas le contraire , je trouve simplement que le citoyen n’a pas le dos  » trop  » large quand je vois tous les déchets jetés partout alors des poubelles sont souvent à leur disposition .

    • Brossaud

    Ben, une lapalissade, c’est que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas..à quand les campagnes en ce sens auprès des entreprises d’abord,puis des consomm’acteurs qui doivent être vigilants sur leurs achats.
    D’abord,achetez en vrac, moins de produits transformés, prendre des poches et contenants réutilisables, etc…
    Faut pas désespérer, si on s’y met tous, ce sera une révolution tranquille mais déterminée pour une planète vivable…..

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