Fonte record de la calotte glaciaire du Groenland en 2019

glacier

Un bloc de glace se détache du glacier d'Apusiajik, près de Kulusuk, au Groenland, le 17 août 2019 © AFP/Archives Jonathan NACKSTRAND

Paris (AFP) – La calotte glaciaire du Groenland a perdu 532 milliards de tonnes de glace en 2019, nouveau record pour ce gigantesque territoire arctique affecté par le réchauffement climatique, menaçant d’accélérer la hausse du niveau des océans et mettant en péril des millions de personnes, selon une nouvelle étude.

Cette fonte, équivalente à trois millions de tonnes d’eau par jour ou au contenu de six piscines olympiques par seconde, a représenté la plus importante source d’élévation du niveau des mers en 2019 – 1,4 millimètre, 40 % du total – selon les conclusions des chercheurs, publiées jeudi dans la revue Communications Earth & Environment.

Cette perte était d’au moins 15 % supérieure au dernier record enregistré en 2012, et confirme une tendance de long terme, avertissent-ils.

Outre 2019, « les quatre autres années record ont toutes été enregistrées dans la dernière décennie », explique à l’AFP l’auteur principal de l’étude, Ingo Sasgen, glaciologue au centre Helmholtz de recherche polaire et marine (Allemagne).

La semaine dernière, une autre étude publiée dans la même revue alertait déjà sur l’irrémédiable fonte de la calotte groenlandaise qui continuerait « même si le réchauffement climatique s’arrêtait aujourd’hui », car les chutes de neige ne compensent plus les pertes.

Les rapports alarmants sur la fonte des glaces de cette île de deux millions de km2 (près de quatre fois la superficie de la France) bordée aux trois quarts par les eaux de l’océan Arctique et recouverte à 85 % de glace, se multiplient depuis plusieurs années.

La région se réchauffe en effet deux fois plus vite que le reste de la planète. Dans les années 1980 et 90, la calotte glaciaire perdait environ 450 gigatonnes (450 milliards de tonnes) de glace par an, remplacées par les chutes de neige. Mais à partir des années 2000, la fonte s’est accélérée, grimpant à 500 gigatonnes sans être compensée par les chutes de neige, avaient calculé les auteurs de l’étude publiée le 13 août.

La baise des précipitations neigeuses, également conséquence du changement climatique, engendre en effet une moindre couverture nuageuse, et donc des journées plus chaudes, exposées au soleil, ce qui accélère à son tour la fonte des glaces…

En 2019, la calotte groenlandaise a perdu 1.130 gigatonnes (55 % par la fonte des glaces et 45 % par la fragmentation directe des glaciers dans l’océan) et gagné 600 gigatonnes par les précipitations, selon Ingo Sasgen, qui estime pour sa part prématuré de se prononcer sur un point de non-retour.

« Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas important d’essayer de contenir le réchauffement. Chaque dixième de degré évitera un peu de relèvement du niveau des mers, » a souligné le chercheur.

La fonte de la calotte glaciaire du Groenland a entrainé une hausse du niveau des océans de 1,1 centimètre entre 1992 et 2018, avaient calculé les auteurs d’une étude publiée en décembre dernier par la revue Nature.

Selon les experts climat de l’ONU (Giec), le niveau des mers a déjà augmenté de 15 cm au XXe siècle. Conséquence : d’ici 2050 plus d’un milliard de personnes vivront dans des zones côtières particulièrement vulnérables aux inondations ou événements météo extrêmes amplifiés par la montée du niveau de la mer et le dérèglement climatique.

© AFP

5 commentaires

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    • Thibaut Fabrice

    Les organismes de contrôle, mensuels ou revues de presse concernant la donnée climatique ont un rôle de plus en plus gesticulatoire et sont de plus en plus forcés à mi-mot de constater que l’homme dit « moderne » est incapable de freiner la pollution (on n’a jamais autant pollué depuis que les COPS existent). Avec la fonte accélérée des glaces du Groenland on se dirige en réalité mathématiquement de plus en plus vers la même quantité d’eau douce qui a provoqué l’arrêt de trajet retour du tapis roulant du Gulf Stream il y a 110.000 ans, un scénario qui nous pend de plus en plus sous le nez et ce ne sont pas quelques millimètres ou centimètres d’élévation des mers et océans qui nous attendent mais bien un mur de 120 mètres de glace sur le premier tiers du globe minimum comme à l’époque et une température à la négativité extrême, celui-ci étant inévitablement alimenté par une couche nuageuse deux à trois fois plus élevée que sans intervention de l’homme et qui descendra plus bas. Ce ne sont pas des milliers de personnes qui sont en danger potentiel mais bien des milliards, pourquoi l’évitement obstiné du monde scientifique à cet égard, est-ce à cause d’une interprétation bisounours que l’homme fait de la dégradation de son environnement (pour développer une économie coûte que coûte ?) mais à un moment donné avec la perte plus que probable de 30 à 35 degrés au niveau océanique il n’y aura pas photo, Dame-Nature va reprendre ses billes et ratisser large. A quoi sert la section CNRS traitant du sujet, à quoi servent les carottages dans l’Arctique et l’Antarctique, on connaît cette situation, on a les éléments en main et on s’égare dans des probabilités de dégradation à côté de la réalité. Cela risque, cela va coûter bientôt cher à l’espèce humaine (et à toute autre forme de vie).

    • Jean Grossmann

    Si l’on estime que la calotte glaciaire du Groenland a perdu 532 milliards de tonnes de glace en 2019 , ce sont dans ce cas sensiblement autant de m3 d’eau qui se sont répandus sur les 350 millions de km2 d’océans. Cela correspond à une élévation du niveau des océans un peu supérieur au mm, élévation qui ne devrait pas nous tracasser sur le moyen terme.

    • Jean Grossmann

    Une autre façon de raisonner qui conduit aussi à un résultat plus rassurant : le fait que si les 4 millions de km3 de glace du groenland (sa surface de 2 millions de km2 que multiplie l’épaisseur moyenne de la glace de 2 km) devaient continuer a fondre au rythme annuel de 500 milliards de m3 par an il y en à pour

    (4 000 000 x 1 000 000 000)/500 000 000 000 = 8 000 ans

    ceci dans la mesure où un million de km3 c’est un milliard de m3)

    En prenant connaissance de ce chiffre mettant en jeu une base de temps de plusieurs millénaires on ne peut que faire le rapprochement avec la vidéo de Milutin Milankovitch traitant des mouvements relatifs de la terre par rapport au soleil. voir
    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/source-energie/ATT00107.mp4

    il faut raison garder

    • Jean-Pierre Bardinet

    La manière de présenter les chiffres peut être trompeuse. 15 cm en 100 ans= 1,5 mm/an. Cette faible montée continue, sans accélération, depuis le début des années 2000 (mesures par marégraphes).

    • Jean-Pierre Bardinet

    Le volume de glace fondue est très impressionnant par rapport à l’échelle humaine, mais en fait très faible par rapport au volume de glace total du Groënland (2,85 millions de km3), environ 0,0019%), ce qui permet de relativiser. Le site polarportal fournit des courbes intéressantes, qui ne semblent guère confirmer l’alarmisme de cet article. http://polarportal.dk/en/greenland/surface-conditions/
    Faire défiler à gauche le curseur jusqu’au 31 août, pour avoir l’année 2019-2020 (1/09/19 à 31/08/20)

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