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Stéphane Le Diraison : « plus je navigue et plus je prends conscience de la nécessité d’agir »

Stéphane Le Diraison

Stéphane Le Diraison à bord de l'Imoca Times For Oceans, en 2019 © TIME FOR OCEANS x Alexis Courcoux

Stéphane le Diraison est skipper ingénieur et engagé pour la protection de l’environnement. En 2016, il participe à la course du Vendée Globe. Il crée ensuite le projet « Time For Oceans », en partenariat avec la ville de Boulogne-Billancourt, Bouygues Construction et SUEZ, pour promouvoir la protection des océans et sensibiliser le public sur ce sujet. L’engagement de Stéphane le Diraison remonte à son enfance et à son lien privilégié avec l’élément marin. Entretien avec le navigateur.

En tant que skipper, comment cette activité vous a-t-elle sensibilisé à la protection des océans ?

C’est un long cheminement qui remonte à mes débuts en tant que marin, dès mon enfance. Ayant eu la chance de grandir au bord de la mer en Bretagne, j’ai très vite pratiqué des sports nautiques. Mon terrain de jeu étant la mer, j’ai été très naturellement sensibilisé à l’élément marin. Il y a eu un déclic lié à une pollution catastrophique en Bretagne en 1999 avec le naufrage du pétrolier Erika. J’ai contribué au nettoyage des plages et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, à voir les plages, que j’aimais, souillées. À partir de là, j’ai plus pris un rôle d’activiste, ou en tout cas, je suis devenu déterminé à apporter ma contribution à la prise en considération de l’océan. Plus je navigue et plus je prends conscience de la nécessité d’agir.

Etant souvent en mer, quel constat pouvez-vous faire de l’état des océans ?

Mes nombreuses navigations sur tous les océans m’ont rendu témoin malgré moi d’un certain nombre de dérèglements, que ce soient des icebergs que je croise à des latitudes assez étonnantes comme au milieu de l’Atlantique Nord au mois de juillet, des glaces qui remontent très au Nord autour de l’Antarctique, des pollutions plastiques ou chimiques, des cétacés de moins en moins nombreux….

Qu’est-ce qui vous a poussé à allier carrière sportive à votre engagement pour l’environnement ?

En 2016, j’ai fait le Vendée Globe, où j’ai bien compris l’impact médiatique d’un tel évènement et j’ai réalisé qu’on pouvait saisir des opportunités de répondre aux micros qui nous étaient tendus. Donc, à mon retour de cette campagne en 2017, je me suis dit que je devais associer ma passion de la mer avec mon engagement pour la protection de l’environnement et le développement durable. Et c’est là que je me suis mis en tête de construire un nouveau projet qui porte des valeurs et qui associe des entreprises et des acteurs qui sont sur la même ligne, avec une volonté d’agir et de diminuer au maximum l’empreinte environnementale de leurs activités. En effet, toutes les activités terrestres impactent l’océan.

Comment utilisez-vous cette image pour agir concrètement et sensibiliser le public ?

Je participe à un projet autour de Time for Oceans, qui comporte plusieurs volets. Le volet pédagogique présente des actions menées notamment auprès des écoles de Boulogne Billancourt. Nous travaillons aussi avec les entreprises qui nous soutiennent. Elles s’inscrivent dans une démarche de remise en cause de leur façon de produire pour pouvoir créer de l’adhésion en interne autour de cette dynamique. Cela implique aussi de s’adresser au grand public, en continuant de témoigner.

Quel est l’impact environnemental d’une course comme le Vendée Globe? Comment le réduire ?

Il y a un constat, celui de l’empreinte écologique de l’activité, et un besoin, celui de la diminuer. Il n’y a pas de solution miracle. Cela implique une réflexion sur tous les aspects. Cela commence par les déplacements du public, des partenaires, des équipes… Nous avons par exemple banni les déplacements par cargo du bateau à la fin de la course. Il y a aussi des axes sur lesquels il faut aller beaucoup plus loin que les organisateurs, pour développer les transports en commun. Par exemple, pour le départ du Vendée Globe aux Sables d’Olonne, on sait qu’il y a eu 2 millions de personnes sur les départ et arrivée en 2016 et la majorité des gens viennent encore en voiture. Il y a donc surement des pistes à explorer avec la Région pour simplifier au maximum le transport en commun.

Et pour la conception des bateaux ?

Aujourd’hui, un voilier a une empreinte environnementale extrêmement faible dès lors qu’il existe, puisqu’il avance grâce au vent et que l’on produit l’énergie grâce à l’avancée du bateau ou au soleil. En revanche, on pollue quand on fabrique ce type de bateau. Nous nous sommes donc engagés dans une étude de faisabilité d’un navire éco-conçu. Cela intègre, dès les premières phases de la vie du projet, l’aspect environnemental. Cela se retrouve, par exemple, dans le choix des matériaux, en essayant de construire un bateau qui ne soit plus exclusivement en carbone, mais qui intègre des fibres de lin. Il faudrait aussi utiliser des tissus plus durables pour les voiles, intégrer des résines qui permettraient de déconstruire le bateau en fin de vie. L’objectif du projet « Time for Oceans » est de construire un bateau au retour de cette campagne du Vendée Globe, intégrant le fruit de ces travaux de recherche. Cela aurait vocation à faire figure d’exemple pour participer à cette dynamique.

Est-ce que ces technologies peuvent jouer un rôle dans la réduction de l’impact environnemental des navires, notamment du transport maritime ?

Oui, tout à fait. Déjà, le côté médiatique et emblématique des bateaux de course pourrait jouer un rôle pour entraîner la filière de la plaisance dans cette direction. Des solutions sont déjà proposées et un ou deux bateaux de série en France sont faits à base de fibres de lin. Mais ils peinent à avoir de la visibilité.

Je pense que ce sont aussi des axes à creuser pour le transport maritime : les bateaux de course démontrent qu’on est capables de traverser l’Atlantique en quelques jours. Quand on a arrêté le transport avec des bateaux à voile, on ne pouvait pas concurrencer les bateaux à vapeur, qui étaient beaucoup plus rapides. Aujourd’hui, on se rend compte que pourtant, pour du cabotage ou du transport maritime sur de courtes distances, on est sans doute capable de commencer à proposer des alternatives avec des bateaux propulsés par le vent.

Pour conclure, avez-vous une anecdote ?

Oui, j’aimerais parler de quelque chose qui m’a particulièrement marqué. Quand j’ai participé au Vendée globe 2016, j’ai été, comme tous les coureurs, contraint de respecter des limites, pour ne pas descendre sous des latitudes où l’on croise des icebergs. J’ai alors eu l’idée de comparer ces cartes avec celles des routes prises par les marins du Vendée Globe dans les années 1990. Certes, à cette époque, il n’y avait pas d’observation des glaces par satellite, mais là où ils passaient, ce sont aujourd’hui des champs de glaces flottantes. Avec le réchauffement climatique, la banquise s’est fractionnée. Ainsi, seulement 25 ans plus tard, nous ne sommes plus capables de faire le même parcours. C’est un laps de temps très court, et le processus s’accélère. Cela fait froid dans le dos, sans mauvais jeu de mots…

Propos recueillis par Adèle Tanguy

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