À la frontière Inde-Chine, le combat se mène d’abord contre les éléments


Des véhicules militaires sur une route du Ladakh, le 17 juin 2020

New Delhi (AFP) – La mort est une menace bien réelle et toujours présente, pour les soldats postés à la frontière himalayenne entre l’Inde et la Chine. Mais, depuis 1975, seuls la topographie et les éléments avaient tué. Jusqu’au 15 juin.

« Nous comptons plus de 100 décès chaque année simplement à cause du terrain, des conditions climatiques, des avalanches », explique à l’AFP le général Deependra Singh Hooda, ancien commandant en chef du Commandement du Nord de l’armée indienne jusqu’en 2016. « Le danger est constant ».

« Nous parlons de 4.300 à 4.600 mètres d’altitude. C’est très éprouvant pour la condition physique et mentale », poursuit-il, interrogé après l’affrontement meurtrier de lundi dans la vallée de Galwan.

Des militaires indiens et chinois se sont affrontés à coups de poings, pierres et bâtons cloutés, dans cette vallée du Ladakh (Nord de l’Inde), à la frontière contestée entre les deux pays. C’était le premier heurt meurtrier depuis 45 ans entre les deux puissances nucléaires voisines.

L’Inde a fait état de victimes « des deux côtés », dont 20 soldats tués dans ses rangs. Selon des responsables sécuritaires, 18 soldats indiens sont actuellement soignés pour des blessures graves dont quatre dans un état critique.

La Chine a refusé de confirmer des pertes, mais des médias indiens ont affirmé qu’au moins 40 soldats chinois avaient été tués ou grièvement blessés.

Dans ce « désert froid » qu’est la vallée de la rivière Galwan, les températures hivernales peuvent plonger à -30°C, grippant les machines et fêlant les canons des armes.

Les routes sont rares et les soldats, nourris de repas hyper-protéinés, doivent batailler pour se frayer un chemin avec leurs lourds équipements, un air raréfié et un terrain aux multiples traîtrises.

Pour ceux qui tombent malades ou sont blessés, « l’évacuation devient un énorme défi », dit D.S Hooda. Les transporter vers un héliport « peut prendre des heures » et dès que la nuit tombe, il est trop dangereux pour les hélicoptères de voler.

Mal des montagnes

C’est peut-être l’explication du brutal alourdissement du bilan, passé de trois morts initialement à plus de 20 mardi soir. Selon l’armée indienne, 17 soldats, grièvement atteints durant les affrontements qui ont duré jusqu’après minuit, ont « été exposés à des températures inférieures à zéro sur un terrain en haute altitude » et ont « succombé à leurs blessures ».

À cette altitude, les soldats ont besoin de temps pour s’acclimater sous peine de souffrir du mal des montagnes, lié au manque d’oxygène et qui peut tuer en quelques heures une personne jeune et en bonne santé.

« Pour un être humain qui n’habite pas là, survivre est en soi un énorme défi », déclare à l’AFP le colonel S. Dinny, qui a commandé jusqu’en 2017 un bataillon indien dans la région. « C’est l’un des endroits de la terre où il est le plus difficile de servir comme soldat ».

Normalement, les soldats sont envoyés dans la zone pour des périodes de deux ans, entrecoupées de congés. Ceux qui fument abandonnent bien vite la cigarette.

« Avec le faible taux d’oxygène, plus le climat, plus le tabac, les risques d’avoir une crise cardiaque explosent », ajoute le colonel Dinny.

Le froid et l’altitude affectent aussi la vision, ce qui rend les soldats encore plus désorientés. Le temps, qui peut changer brutalement, et le terrain escarpé peuvent entraver les communications par radio.

Pas de cartes échangées

De plus, la Ligne de contrôle effectif (« Lign of Actual Control », LAC), frontière de facto après la guerre de 1962 entre l’Inde et la Chine, n’est pas correctement démarquée, ce qui peut conduire soldats chinois et indiens à des rencontres lors desquelles chacun pense que l’autre viole la ligne.

« Les cartes n’ont même pas été échangées pour permettre à l’autre partie de savoir ce que chacun revendique. Il n’y a pas de bornes frontalières », souligne le colonel Dinny.

Au fil des ans, les deux côtés ont mis au point un protocole détaillé des procédures à suivre et convenu que personne ne devait ouvrir le feu. Si des patrouilles rivales tombent l’une sur l’autre, elles gardent leurs distances et déploient des drapeaux pour s’avertir mutuellement qu’elles ont quitté leur territoire et doivent le regagner.

Hormis des incidents occasionnels, ces rencontres se déroulent habituellement entre « soldats professionnels servant leurs pays respectifs, ils se traitent les uns les autres avec cette courtoisie », selon le colonel.

Mais depuis quelques mois, les confrontations augmentent et les deux côtés renforcent leur présence militaire ainsi que leurs infrastructures. Une route construite par l’Inde semble avoir particulièrement indisposé la Chine.

De plus, selon New Delhi, la Chine multiplie les empiétements, notamment sur la rive septentrionale du lac de Pangong et dans la vallée de Galwan que Pékin revendique dorénavant en totalité.

Le violent corps-à-corps meurtrier de lundi soir a été précédé en mai par deux accrochages entre soldats chinois et indiens. Pour le général Hooda, « il est temps de revoir nos protocoles et nos règles d’engagement afin que tout différend puisse être réglé d’une manière plus militaire plutôt que de se battre comme des voyous dans la rue ».

© AFP

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