Le pétrole bon marché ne devrait pas avoir la peau des renouvelables

renouvelabels prix bas petrole

Des éoliennes au large de la côte du Sussex (sud de l'Angleterre), le 7 avril 2020 © AFP/Archives Glyn KIRK

Paris (AFP) – Paradoxal, mais à première vue seulement: le pétrole toujours moins cher, et qui par moments vaut littéralement moins que rien sur le marché, ne devrait pas remettre en cause l’essor des énergies renouvelables, estiment les experts.

Avec la pandémie de Covid-19 qui cloue les avions au sol et ferme les usines, la demande d’or noir s’est effondrée, tandis que dans le même temps l’Arabie Saoudite se lançait dans une violente guerre des prix, en augmentant sa production.

Les pays producteurs ont fini par s’entendre pour limiter un peu leur production. Trop tard: le pétrole reste surabondant, les stocks se remplissent et les cours se sont effondrés.

Le Brent de la mer du Nord valait moins de 20 dollars le baril mardi matin: sa valeur a été divisée par trois en trois mois. Aux Etats-Unis, les prix ont même été temporairement négatifs: des producteurs ou négociants étaient prêts à payer pour se débarrasser de leurs barils.

« Les changements sur le marché pétrolier ont des répercussions sur l’ensemble du secteur de l’énergie », estime l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui conseille des pays développés sur leur politique énergétique.

« Une période durable de cours bas affecterait les perspectives des transitions vers des énergies plus propres », craint-elle.

Du pétrole très bon marché sur le long terme pourrait ainsi entraver les efforts en faveur des économies d’énergie ou de l’essor du véhicule électrique.

« Si les cours du brut sont déprimés pendant longtemps, ce qui est tout à fait possible, les véhicules électriques auront plus de difficultés à pénétrer le marché », admet Ryan Kellogg, professeur à l’université de Chicago.

Pour autant, l’expert ne voit pas le pétrole bon marché déstabiliser fondamentalement la transition vers les renouvelables, « certainement pas dans le court à moyen terme ».

En fait, en premier lieu, « cette situation déstabilise l’industrie du pétrole » elle-même, ajoute François Chartier, chargé de campagne chez Greenpeace.

Aux Etats-Unis, le groupe texan Diamond Offshore, spécialisé dans les forages en eaux profondes, a ainsi déposé le bilan dimanche.

Selon M. Chartier, la déprime des cours pose la question de la viabilité de la production d’hydrocarbures, dont la rentabilité repose parfois sur des hypothèses de cours à 50 dollars, sur des scénarios d’exploitation pendant des dizaines d’années.

Or ces prix sont de moins en moins garantis, sans compter la pression politique pour que l’utilisation des hydrocarbures décline face à l’urgence climatique.

Le risque pour les compagnies pétrolières et leurs actionnaires est donc de se retrouver avec des actifs qui ont perdu toute valeur.

« Pour un investisseur institutionnel, une banque, aujourd’hui les nouveaux projets pétroliers sont super risqués », observe ainsi François Chartier. A l’inverse, « investir à long terme, sur des projets à 30 ou 40 ans d’énergies renouvelables c’est plus un placement sécurisé ».

Les énergies renouvelables sont devenues compétitives, avec une chute des coûts de l’éolien et du solaire ces dernières années. Et leurs revenus sont souvent garantis par les pouvoirs publics (même s’il y a de moins en moins de subventions) ou par des contrats d’achat de long-terme par de grandes entreprises ou institutions.

Les géants pétroliers et gaziers, qui ont commencé à se diversifier en investissant dans l’électricité d’origine renouvelable, ne reviennent d’ailleurs pas sur ces dépenses, malgré la crise historique du secteur.

Eni (Italie) va diminuer de 30% ses investissements en 2020, le britannique BP – qui a annoncé mardi une lourde perte trimestrielle de plus de 4 milliards de dollars – de 25%, le français Total de 20% et l’américain ExxonMobil de 30%.

Mais « nous avons sanctuarisé le budget » pour les renouvelables, a récemment assuré le PDG de Total, Patrick Pouyanné, qui veut investir 1,5 à 2 milliards de dollars dans ce domaine cette année.

Selon lui, les contrats de long terme pour fournir de l’électricité d’origine renouvelable apparaissent « comme un facteur de stabilisation dans notre modèle économique ».

« Au cours actuel, les retours (sur investissement) du pétrole et du gaz sont maintenant en ligne avec ce que les investisseurs peuvent attendre de projets solaires et éoliens à faible risque », confirme Valentina Kretzschmar, du cabinet Wood Mackenzie.

« La transition énergétique est là pour durer », prédit l’experte.

© AFP

6 commentaires

Ecrire un commentaire

    • Michel CERF

    La transition est indispensable mais certainement pas avec Jean-Luc Mélenchon et sa clique d’extrême gauche , prêcher la non violence c’est très bien mais l’appliquer beaucoup mieux …

    • Balendard

    Homo sapiens n’a pas vu venir le coronavirus et est temps passe le faire de même avec ses problèmes d’energie. Faire prendre d’ingéniosité une fois que le problème est là c’est bien mais éviter que le problème ne survienne grâce à la prospective c’est mieux.

    Quoiqu’il en soit je suis d’accord avec vous Michel ce n’est assurément pas la violence qui va résoudre ce type de problème. Toutefois, vu l’urgence qu’il y a maintenant à les résoudre on peut comprendre que ceux d’entre nous qui ont compris ce qu’il faut faire sans parvenir à faire passer le message commencent à s’énerver

    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/source-energie/urgence.pdf

    • Balendard

    LIRE

    Homo sapiens n’a pas vu venir le coronavirus et est en passe de faire de même avec ses problèmes d’energie. Faire prendre d’ingéniosité une fois que le problème est là c’est bien mais éviter que le problème ne survienne grâce à la prospective c’est mieux.

    Quoiqu’il en soit je suis d’accord avec vous Michel ce n’est assurément pas la violence qui va résoudre ce type de problème. Toutefois, vu l’urgence qu’il y a maintenant à les résoudre on peut comprendre que ceux d’entre nous qui ont compris ce qu’il faut faire sans parvenir à faire passer le message commencent à s’énerver

    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/source-energie/urgence.pdf

    • Balendard

    RELIRE
    Homo sapiens n’a pas vu venir le coronavirus et est en passe de faire de même avec ses problèmes d’energie. Faire preuve d’ingéniosité une fois que le problème est là c’est bien mais éviter que le problème ne survienne grâce à la prospective c’est mieux.

    • Michel CERF

    Entièrement d’accord !

    • Balendard

    Pour finir, le problème mondial actuel de l’énergie n’est pas de savoir si le pétrole bon marché aura la peau des renouvelables ou non. Il est dans le fait que si nous continuons après la période du coronavirus au même rythme que celui qui prévalait avant le coronavirus, il n’y aura bientot plus une goutte de pétrole sur cette terre.

    A l’appui de cela le fait que l’OCDE a clairement établi que si nous continuons à satisfaire nos besoins en énergie avec les chaînes énergétiques actuelles, il nous faudra dès 2050, c’est-à-dire dans moins de deux  générations 80 % d’énergie en plus pour satisfaire nos besoins.

    La prospective cela va être pour Homo sapiens de comprendre qu’en mettant en place la « Solar Water Economy » telle qu’elle est décrite dans le site http://www.infoenergie.eu il va être possible de reculer cette échéance sans affecter son confort de vie. Voire même d’éviter que la terre ne deviennent invivable sur le long terme une fois passée la période transitoire des systèmes hybrides associant la combustion et l’électricité. Ceci toutefois moyennant une croissance démographique à l’arrêt.

    Balendard le 3 mai 2020

New Delhi s'étouffe sous un épais brouillard de pollution

Lire l'article