Les forêts tropicales risquent bientôt d’émettre plus de CO2 qu’elles n’en captent

RDC

Déboisement de 850 hectares pour planter des palmiers à huile près de Kisangani, le 25 septembre 2019 en RDC © AFP/Archives SAMIR TOUNSI

Les forêts tropicales perdent leur capacité à absorber le carbone, et la forêt amazonienne risque même dans les quinze prochaines années d’en produire plus qu’elles n’en capte, avertissent des chercheurs, dans une étude publiée mercredi par la revue scientifique Nature.

Ces conclusions devraient entraîner une révision à la baisse de la quantité de carbone que l’humanité peut produire pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris de limiter à moins de 2 degrés la hausse de la température mondiale moyenne, selon les auteurs de l’étude.

Actuellement, les forêts tropicales représentent 50% des capacités mondiales de l’absorption de carbone (par des techniques de séquestration), mais approchent de la saturation, face notamment à l’augmentation des émissions d’origine humaine.

La capacité des forêts à capter le CO2 dans l’atmosphère par la photosynthèse est aussi entamée par la disparition d’arbres, pour cause d’incendie, de sécheresse ou de déforestation.

Cette capacité chute bien plus vite en Amazonie que dans les forêts d’Afrique subsaharienne.

Une équipe de dizaines de chercheurs, en Europe et en Afrique, a suivi la croissance des arbres et leur mortalité sur 50 ans dans des forêts tropicales africaines et comparé ces données à des informations similaires sur la forêt amazonienne.

Conclusion: si certaines forêts ont grandi plus vite, dopées par le carbone dans l’atmosphère, ces maigres gains sont effacés par les sécheresses et les pics de température.

En extrapolant ces données sur les 20 prochaines années, selon cett étude, la capacité des forêts africaines à absorber le carbone va décliner de 14% d’ici à 2030, et celle de l’Amazonie tomber à zéro avant 2035.

« Cette baisse est en avance de dizaines d’années sur les prédictions les plus pessimistes », souligne Wannes Hubau, un expert des écosystèmes forestiers au Musée royal de l’Afrique centrale, à Bruxelles.

« La mortalité est une étape naturelle du cycle de la vie des arbres de forêt. Mais en pompant autant de CO2 dans l’air, nous avons accéléré ce cycle », a-t-il déclaré à l’AFP.

Plusieurs des scénarios envisagés par l’Accord de Paris sur le climat partent du principe que les forêts vont continuer d’absorber le CO2 sur le long terme.

Plusieurs pays ont annoncé des projets pour planter plus d’arbres, tout comme de grands groupes industriels qui comptent ainsi compenser leurs émissions.

« Nous allons devoir revoir nos modèles climatiques, mais également les stratégies de compensation fondées sur ces modèles », a affirmé M. Hubau.

Un avis partagé par Anha Rammig, de l’Université technique de l’Ecole des Sciences de la vie, à Munich (Allemagne).

« En même temps qu’une protection accrue de la forêt tropicale, une réduction encore plus rapide que prévu des émissions humaines de gaz à effet de serre sera nécessaire pour éviter un changement climatique catastrophique », a-t-elle écrit dans une présentation de la recherche.

© AFP

2 commentaires

Ecrire un commentaire

    • Balendard

    Ceci est la raison pour laquelle il vaut mieux, plutôt que d’espérer atténuer le réchauffement climatique en plantant des arbres, supprimer les émissions de gaz à effet de serre en modifiant les deux chaînes énergétiques actuelles.

    Et vous l’avez certainement compris vu le temps que je passe à tenter de vous l’expliquer celles qui servent à satisfaire nos besoins thermiques. Cela en passant à la « Solar Water Economy » vu il n’est pas possible de le faire avec la « Solar Air Economy » dans les villes, là où nous serons presque tous logés dans le futur

    • Balendard

    Pour explication voir le lien

    https://www.dropbox.com/s/5aj6f2s74zsxhlw/48-96.pdf?dl=0

Yann Arthus-Bertrand : « le jour où l’un des gorilles de Dian Fossey a soigné mon lumbago »

Lire l'article