Nos trains sont en danger

trains

The Gare de l’Est, Paris, France (48°53’ N, 2°22’ E). © Yann Arthus-Bertrand

La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) regroupe plus de 150 associations en France. Elle vient de lancer une pétition  sur change.org: « Nos trains sont en danger : tirons le signal d’alarme ! » Jean Sivardière, vice-président de cette fédération, revient sur les difficultés des usagers du train en France alors que le secteur ferroviaire connait, depuis des années, une lente mutation et souffre de sous-investissement chronique.

Qu’est ce qui a conduit à cette pétition ?

C’est dans le secteur ferroviaire que la dégradation de la qualité des transports publics est la plus importante. Elle concerne toutes les lignes. Les commentaires des usagers convergent pour dénoncer une diminution de la qualité des services au quotidien. Les trains sont supprimés, en retard, surchargés. De plus, l’information de la SNCF en cas de perturbation est jugée insuffisante. Tous ces éléments cumulés gênèrent du stress, de la fatigue. Ils ont pour conséquence d’inciter une partie des usagers du train à reprendre leur voiture au quotidien. Alors même que le coût des abonnements TER est raisonnable, et que l’employeur en rembourse la moitié aux salariés.
Par ailleurs, le train coute de plus cher sur les grandes lignes, intercités et TGV. La SNCF, dès qu’elle le peut, supprime une ligne ou un service non-rentable qui sont remplacés par un service d’autocar. Dès lors, avec moins de trains ou des cars, les correspondances deviennent plus difficiles.

Comment s’explique cette dégradation du service ?

En partie par le manque d’investissement et le désintérêt tant de la SNCF que de l’Etat pour le train. La dégradation des infrastructures du réseau classique depuis 25 ans s’explique par le manque d’entretien des voies et des ouvrages d’art. Par exemple, en France ,l’âge moyen d’un aiguillage est de 50 ans, contre 25 ans en Allemagne. La négligence de l’entretien se répercute sur la qualité de service : les voies dégradées contraignent les trains à ralentir. Entre Nantes et Bordeaux, sur certains tronçons, les convois circulent à 60 km/h alors qu’ils pourraient circuler à 120 km/h. Nous sommes très inquiets pour l’avenir du transport ferroviaire car le gestionnaire du réseau n’a pas disposé de moyens financiers suffisants. On investit aujourd’hui  2,5 milliards d’euros par an, mais ces sommes ne permettent pas d’enrayer le vieillissement du réseau. On préfère fermer des lignes plutôt que de les réparer et les cars remplacent le train.

Justement, la mise en place des « cars Macron » est-elle une bonne chose ?

La libéralisation du transport par autocar a été faite sans étude d’impact et le résultat est mauvais car il fallait mettre les autocars là où il n’y a pas de trains. L’autocar peut parfaitement compléter le train dans certaines relations inter villes, de l’ordre 100 km à 300 km, que le chemin de fer ne permet pas d’effectuer aujourd’hui. Impossible ou très long de faire en train Nantes Poitiers alors que les 2 villes sont séparées de 150 km, ou encore Troyes Nevers. Mais en libéralisant totalement ce secteur, les autocaristes s’implantent où ils font de l’argent en concurrençant directement le train. Nous reprochons à l’Etat d’avoir fait du car un concurrent et non un complément du train. Et paradoxalement, la SNCF développe son propre service de cars, qui concurrence le train.

Que peuvent faire la SNCF et l’Etat ?

L’Etat ne se préoccupe pas assez du transport collectif, ce dernier est absent de la loi de transition énergétique. C’est d’autant plus navrant que le train a de véritables qualités écologiques. Pourtant il est désavantagé face à d’autres modes de transport, comme l’avion ou la voiture, dont les usagers ne paient pas le coût de leurs nuisances, les accidents de la route ou les rejets de gaz à effet de serre. Or, le chemin de fer manque de crédits pour rénover le réseau, il manque au moins 1,5 milliard d’euros par an pour les infrastructures. Nous regrettons aussi que la SNCF diversifie ses activités tout en pratiquant le défaitisme ferroviaire en France. Elle pourrait améliorer la qualité des services proposés, avoir des horaires et des tarifs clairs et adaptés, proposer la restauration à bord ou la possibilité d’embarquer son vélo, faire circuler des trains de nuit. Ce dernier est délaissé alors qu’il pourrait attirer une clientèle variée allant de l’étudiant qui cherche un trajet bon marché, au couple qui part en week-end dans les Alpes et souhaite profiter de ses 2 jours, à l’homme d’affaire, qui voudrait passer une nuit confortable pour arriver en forme à ses rendez-vous ou prendre un avion tôt dans la capitale. Or, nous avons l’impression que la SNCF, en durcissant par exemple le remboursement des billets, tend à détériorer l’offre et à mettre l’usager à son service alors que ça devrait être l’inverse.

Propos recueillis par Julien Leprovost

9 commentaires

Ecrire un commentaire

    • SOGNY

    Les rails sont (presque) partout et pour Tous ! Ils doivent rester dans un état optimum…

    • Miller

    C est vraiment dommage que les prix des tgv soient si eleves sauf tres tot le matin oule soir

    • Francis

    Il faudrait que les oligarques et les syndicats qui gouvernent la SNCF le comprennent. Ils préfèrent construire de nouvelles lignes de TGV que d’améliorer et entretenir l’existant.

      • Monsieur HR

      Les syndicats sont loin de gouverner la SNCF. Ils s’opposent à la dégradation de leur entreprise et sont les premiers à dénoncer les dérives de leur direction qui concurrence le train avec ses cars.

    • Moi

    La solution est que l état reprenne la dette de Sncf réseau, pour que l entreprise puisse avoir le budget alloué à la rénovation du réseau plutôt que de passer ton le budget à rembourser les intérêts d emprunts et réemprunter pour faire des travaux, il faut aussi que le gouvernement arrete d ilmposer des constructions de lgv dont on sait que les dernières construites ne sont pas rentables. Améliorer l existant est déjà bien. Un lgv à plusieurs milliards d euros pour gagner 20 min, sans compter le coût d entretien et moins de recette sur la ligne existante (moins de trafic du coup).

      • Dudu

      Bien sûr mais cela ne fonctionne pas comme ça. ….
      Rentabilité, politique du risque calculé, belles images pour le made in France, etc…
      J’en oublie certainement mais en maintenant nous avons les macronsbus qui va générer de l’emploi mais à quel prix ! ?
      La suite au prochain numéro. ….

    • LYONEL

    C’est toute la politique des transports en France qu’il faut revoir !
    Il y a encore un plan de relance autoroutier et c’est scandaleux, inutile, aberrant sur le plan écologique.
    Doit-on se résigner à ne se déplacer qu’en voiture ou en car Macron dans ce pays ?
    Une voiture c’est une tonne et demie de ferraille et de plastique pour transporter au mieux quatre personnes et la plupart du temps UNE seule personne : quelle belle prouesse, quel progrès, quel merveilleux bilan énergétique !
    Pourquoi nos chers décideurs sont-ils totalement autistes en matière de transport ?
    Nous respirons tous le même air, de plus en plus pollué !

    • Rozé

    Le TGV n’est pas d’utilité publique pour 3 raisons:
    il est réservé aux plus riches ou encore à ceux qui voyagent aux frais de leur patron
    il ne dessert pas assez de gares intermédiaires, privilégiant la vitesse de bout en bout au service rendu à l’ensemble des usagers du train
    son implantation fait disparaitre la liaison plus basse vitesse et à moindre prix; or c’est justement cette liaison qui rend un maximum de service à TOUS les français !

    • Dudu

    Mr Roze
    Je veux bien qu’on dise que le train soit réserve pour les riches mais que dirent de tous nos parlementaires qui voyagent grâce à vous.
    Les mêmes nous font la morale et nous disent que ce sont nous les nantis ! !!
    L’a prochaine fois que vous voterez pensez y!!!

Blaise Leclerc, auteur de Apprendre à ralentir : « il est plus agréable de ralentir maintenant que d’attendre de devoir subir un choc pour le faire »

Lire l'article