Tourisme responsable : Ne laisser que des traces de pas, ne garder que des souvenirs

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tourisme responsable Kenya
Face aux excès du tourisme de masse, un autre modèle existe : le tourisme responsable. Il connaît une progression d’environ 20% par an, mais ne représente encore qu’une partie infime du marché. Le concept reste assez flou et la filière manque de garde-fous ou de repères.

Les enjeux du tourisme responsable

Tourisme équitable, durable, solidaire, écologique, éthique, alternatif, etc., les appellations sont nombreuses. Ce concept s’oppose au tourisme de masse et à ses conséquences néfastes ; il renvoit à la responsabilité du voyageur face à l’environnement et aux populations visitées.

Tourisme durable ou tourisme responsable sont les deux termes généraux qui englobent les autres. L’écotourisme est plus orienté vers l’environnement ; le tourisme équitable ou solidaire est davantage orienté vers la question sociale.

Même pour le seul écotourisme, il existe de nombreuses définitions. Celle de la Société internationale de l’écotourisme est la suivante : « un tourisme responsable en milieux naturels qui préserve l’environnement et participe au bien-être des populations locales »

Le tourisme responsable connaît une progression de 20% par an dans le monde.Mais en France comme dans de nombreux autres pays, il ne représente qu’une partie infime du marché (1% environ du marché des voyages en 2003 en France).

Origines et destinations des « écotouristes »

Le tourisme responsable se pratique partout dans le monde, que ce soit dans les pays occidentaux (écogîtes rural, ferme biologique, découverte de la faune locale…) ou dans les pays en voie de développement.

Les écotouristes ne sont pas tous des hippies : d’après une étude de l’Organisation mondiale du travail, 34% des écotouristes américains se situent parmi les 18-34 ans et 24% ont plus de 55 ans. Contrairement à certaines idées reçues, cette pratique n’est pas non plus réservée aux routards : de nombreuses options de séjours en famille existent.

Concernant les tarifs, on considère souvent qu’un voyage solidaire est plus cher qu’une formule du tourisme de masse à destination et à catégorie d’hébergement égales, mais ce n’est pas toujours le cas.

Impact

La Banque mondiale estime que 55% des dépenses touristiques dans les pays en développement est captée par les pays du Nord, via les compagnies aériennes internationales, les chaînes hôtelières, les agences de voyage ou les biens de consommation importés. Certains avancent même des chiffres supérieurs. Mais avec le tourisme responsable, les proportions s’inversent et c’est –dans les meilleurs cas, jusque 80% de l’argent des touristes qui reste dans l’économie locale.

Pour de nombreux pays comme le Kenya, l’Equateur, le Népal, le Costa Rica ou encore Madagascar, l’écotourisme est donc un secteur essentiel de l’économie. Au Costa Rica, pays pionnier en la matière, c’est la première source de devises : le secteur a rapporté 1,3 milliards de dollars en 2001 et on estime que plus de 140 000 familles en vivent directement.

L’écotourisme est devenu une dimension importante de la survie économique de nombreuses initatives de protection de l’environnement, de parcs ou de réserves. Grâce aux billets d’entrée, aux restaurants, aux lodges et aux campings, les parc nationaux sud-africains (SanParks) sont ainsi bénéficiaires. Le plus grand d’entre eux, le parc Kruger, peut protéger à lui seul 12 000 éléphants, 1500 lions et 3000 hippopotames, …

Limites et abus

Une première difficulté de l’écotourisme vient en contrepartie de son succès. Certaines démarches individuelles perdent en effet leur sens à plus grande échelle. La capacité de charge de certaines zones est dépassée, ce qui se traduit par des dégradations de l’environnement naturel. A titre d’exemple, le minuscule Parc National Manuel Antonio, au Costa Rica, a accueilli jusqu’à 150 000 personnes par an, alors que son directeur affirmait qu’il ne pouvait en recevoir dans de bonnes conditions que 300 par jour.

Deuxième difficulté, l’empreinte écologique d’un voyage à l’autre bout du monde est très lourde si le transport se fait par avion. Voyager responsable c’est donc au moins compenser ses émissions lorsqu’on prend l’avion. Mieux encore, c’est partir plus près de chez soi.

Enfin, une dernière difficulté consiste à identifier des vacances qui soient vraiment responsables. Or, il est difficile de s’y repérer et il existe, comme dans de nombreux autres domaines, des escrocs.

Un label international

Aujourd’hui, selon l’ONG Tourism Concern, il y aurait plus 400 types de certifications pour l’éco-tourisme dans le monde et une bonne partie d’entre eux sont tout juste des appellations marketing. Pour mieux s’y repérer, plusieurs groupes ont donc tenté de mettre en place un label international.

Une première certification accordée par l’AFAQ/AFNOR a vu le jour en France en mars 2008, celle de l’association ATR (Agir pour un tourisme Responsable). Cependant, cette certification ne concerne que les pratiques des opérateurs en France.

Certains remettent en cause le principe même d’une certification. Ils considèrent que de nombreux acteurs locaux, particulièrement les guides ruraux et indigènes, sont menacés car ils ne possèdent pas les ressources financières pour participer aux programmes de certification. Le processus favoriserait donc les projets les moins authentiques et les moins locaux. Les mêmes critiques font remarquer que les critères de certification sont définis par le Nord, souvent par des organismes qui sont partie prenante, sans concerter les intéressés, que ce soit les touristes ou les acteurs .

Démarche personnelle

En l’absence de repères ou de normes, il peut être utile de rappeler que le tourisme durable est avant tout une question de démarche, que chacun peut mettre en œuvre à titre individuel. Ne pas polluer, ne pas perturber les écosystèmes, « ne laisser que des traces de pas, ne garder que des souvenirs » en résumé. Plusieurs sites ou ouvrages rassemblent les conseils les plus élémentaires.

D’après l’étude TNS-SOFRES menée en 2008 en France, concernant le tourisme responsable, près de 9 voyageurs sur 10 sont intéressés par le concept, principalement en raison du respect de la nature et du développement local (72% des sondés). La notion de tourisme responsable est mieux comprise, avec des attentes toujours aussi importantes en termes de contenu d’information (78% des Français se déclarent mal informés). Quelques idées reçues persistent : 42% des Français pensent qu’il s’agit d’un voyage plus cher à niveau de prestations identiques et 44% d’entre eux pensent encore qu’il s’agit encore d’un voyage au confort rudimentaire.

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