Des changements saisis dans leur totalité

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Antarctique, Baie de Lützow-Holm (69° S – 37° E) © CNES 2000 - DISTRIBUTION ASTRIUM SERVICES / SPOT IMAGE

Antarctique, Baie de Lützow-Holm (69° S – 37° E) © CNES 2000 – DISTRIBUTION ASTRIUM SERVICES / SPOT IMAGE

Jean Jouzel est climatologue et ancien directeur de l’institut Pierre-Simon Laplace. Il est vice-président du groupe scientifique du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), prix Nobel de la paix en 2007. Il répond à nos questions sur le rôle des satellites dans l’observation de l’évolution du climat.

Comment les satellites ont-ils changé notre compréhension du changement climatique ?

Les satellites sont un excellent outil pour appréhender le problème de manière globale. Ainsi, il y a vingt ou trente ans, pour étudier le climat, on se rendait sur tel ou tel glacier pour mesurer la vitesse d’accumulation ou de fonte des glaces. Grâce aux satellites, il est désormais possible de comparer année après année le recul ou l’avancée des glaciers sur des régions entières, y compris dans des zones inaccessibles.

Pour mesurer l’extension des glaces de mer dans l’Arctique, on comptait essentiellement sur les navires ou les quelques avions qui s’aventuraient dans la zone. Désormais, on dispose de cartes détaillées, en temps réel. C’est ainsi que la région, qui se réchauffe presque deux fois plus vite que le reste de la planète, est devenue la sentinelle du réchauffement. Les images satellites rendent également possible l’estimation quantitative du volume des glaces qui fondent. Enfin, la visualisation du phénomène est tout particulièrement importante

 Qu’est-ce qui a le plus changé ?

Jusqu’au troisième rapport élaboré par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), en 2007, on considérait que les glaces de l’Antarctique et du Groenland étaient, globalement, à l’équilibre. Depuis, on sait qu’elles fondent, et rapidement au Groenland. La situation s’est probablement aggravée en une dizaine d’années en raison du réchauffement. Mais notre perception s’est également affinée depuis, grâce aux données satellites.

Pour ce qui est de l’élévation du niveau des mers, la précision à laquelle nous sommes parvenus actuellement est presque inespérée. On peut mesurer le phénomène, alors qu’il est de l’ordre de 3 millimètres par an ! Là encore, nous disposions de bonnes informations avec les marégraphes pour tout le xxe siècle. Mais les outils n’étaient présents, principalement, que le long des côtes. Désormais, on peut étudier toute une zone d’un coup, y compris au coeur du Pacifique. Cela a permis de discerner des différences locales très fortes. En certains endroits, l’augmentation du niveau de la mer est beaucoup plus importante que la moyenne, tandis qu’en d’autres lieux, elle est quasi nulle.

Quels sont les sujets d’avenir ?

En termes scientifiques, l’un des chantiers les plus importants consiste à parvenir à une meilleure compréhension de l’atmosphère, en particulier de l’interaction entre les nuages, le rayonnement et les aérosols (microparticules en suspension, poussières, suies, etc.). Ces interactions peuvent, selon les cas, réchauffer ou refroidir la planète, mais restent mal compris. Les satellites vont jouer un rôle essentiel pour nous renseigner.

Propos recueillis par Olivier Blond

Jean Jouzel ©  AFP PHOTO/BERTRAND GUAY

Jean Jouzel © AFP PHOTO/BERTRAND GUAY

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