Samuel Sauvage de Halte à l’Obsolescence Programmée : « nous avons accumulé des preuves sur les techniques mises en place pour écourter la durée de vie d’un bien »

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Obsolescence Programmée

Samuel Sauvage , Président de l’associaiton Halte à l’Obsolescence Programmée © Halte à l’Obsolescence Programmée

Obsolescence programmée, ces 2 mots se retrouvent  au cœur de l’actualité en ce début 2018 avec une enquête visant le fabricant d’imprimantes Epson et Apple, qui a reconnu ralentir ses téléphones avec des mises à jour de leur système d’exploitation. La justice vient d’ouvrir une enquête concernant Apple. Samuel Sauvage préside l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), qui a déposé plainte contre ces deux entreprises.

Comment définissez-vous simplement l’obsolescence programmée ?

La loi de 2015, ou loi sur la transition énergétique, la définit précisément : « L’obsolescence programmée se définit par l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. » Il s’agit de fait des techniques qui visent à raccourcir la durée de vie d’un bien pour en vendre plus souvent. Cette obsolescence peut être de plusieurs types. L’obsolescence technique regroupe des dispositifs techniques, des fragilités ou bien des obstacles à la réparation. Elle peut aussi être logicielle : les mises à jour et les nouveaux programmes ralentissent te fonctionnement du système, c’est le cas des produits Apple. Les appareils perdent alors en performance et le client est incité à en racheter.  Enfin, l’obsolescence esthétique joue sur la mode, le marketing pour pousser à abandonner et remplacer des objets pourtant fonctionnels.

La difficulté n’est-elle pas de prouver son existence ?

Nous aurons bientôt des premières réponses à cette question car nous avons déposé deux plaintes contre Epson pour les imprimantes et contre Apple sur les téléphones. Nous avons accumulé des preuves sur les techniques mises en place pour écourter la durée de vie d’un bien. Il faut arriver à prouver que ces techniques sont délibérées, afin de vendre davantage… Dans le cas d’Apple, les ralentissements accompagnent les mises à jour logiciel associées la sortie d’un nouveau modèle de téléphone. Ce phénomène s’observe depuis 2014.

Qu’est-il possible d’espérer des plaintes déposées par votre association ?

Nous pouvons en attendre que la justice s’en saisisse et d’éventuelles condamnations conformément au droit. Cela peut être le déclencheur d’un changement de pratique des entreprises pour regagner la confiance des consommateurs. Apple a déjà emprunté cette voie. Il serait souhaitable que les mises à jour soient réversibles, que les batteries soient amovibles, espérer des garanties plus longues. Bref, qu’il y ait des gestes de la part l’entreprise. Nous espérons aussi que la concurrence se positionnera pour proposer des produits plus durables. Et nous espérons aussi un débat public salutaire sur d’autres formes de consommation et un sursaut des citoyens qui en ont marre d’être arnaqués sur des produits vendus comme durables mais qui sont en réalité jetables. Qu’ils fassent valoir leurs droits et que les gouvernements adoptent des législations pour étendre les garanties, mieux informer les consommateurs, établir des incitations fiscales.

 Aujourd’hui, la législation est-elle suffisante ?

Nous devrons attendre les premiers jugements pour le savoir. Il reste certainement des points à améliorer, mais c’est déjà une bonne chose que la loi existe. Elle s’avère insuffisante en ce qui concerne l’information, désormais les entreprises ont une obligation de dire pendant combien d’année les pièces détachées sont disponibles. Or, cette obligation de 2014 est mal respectée. Nous aimerions une modification du décret d’application de la loi pour que les entreprises qui ne proposent pas de pièces détachées l’indiquent clairement sur les produits.

L’obsolescence programmée est-elle enfin prise en compte par les autorités ?

L’obsolescence programmée n’est pas assez prise en compte et même s’il la loi de 2015 fait de la France un pays pionnier au niveau mondial en la matière. Nous saluons cet effort, mais, en réalité, le sujet de la durée vie des produits n’est pas pris en compte. Il est absent des négociations environnementales comme la COP21. Or, ce serait un moyen de réduire notre impact écologique, en effet la plupart des biens de consommation ont un fort impact lors de leur fabrication. Ils nécessitent de l’énergie pour la production et le transport. Ce sujet ne remonte pas dans l’agenda.

Que proposez-vous ?

 Nous voulons que le sujet soit intégré dans la feuille de route de l’économie circulaire dévoilée en mars 2018. Nous proposons notamment de mettre en place l’affichage de la durée de vie des produits et de favoriser la réparation soit avec une TVA réduite, la Suède le fait déjà, soit avec un crédit d’impôt réparation. Essayons de rendre la réparation plus attractive que le remplacement.

Que faut-il changer dans la culture des entreprises ?

Il faut abandonner la culture du court terme. Notre mode de production conduit dans le mur : surexploitation et raréfaction des ressources tandis que les déchets s’accumulent. Les consommateurs ne sont pas non plus satisfaits d’acheter des choses qu’ils devront rapidement jeter et remplacer. Ce n’est pas tenable. Certaines entreprises s’engagent sur de nouvelles voies. Il reste possible de se positionner sur des produits durables, écoconçus ou de revoir les modèles économiques.

Comment y parvenir ?

En privilégiant l’usage à la possession, c’est-à-dire en développant la location. Elle peut créer des incitations à allongement de la durée de vie des produits pour l’entreprise qui les possède et les loue. De son côté, le consommateur y gagne si une relation pérenne se noue avec l’entreprise, son service-après-vente qui assure l’entretien dans le temps du bien. L’État doit être incitateur de ces transformations en augmentant le cout de l’exploitation des ressources et de la gestion des déchets.

Et les consommateurs ?

Ils sont parfois complices de l’obsolescence programmée. Mais, en s’informant mieux, en achetant davantage d’occasion, en essayant de réparer, ils disposent de nombreuses solutions pour donner une seconde vie aux objets.  Ils ont aussi une responsabilité dans l’achat de biens à moindre impact environnemental. L’engagement combiné des entreprises, de l’État et des consommateurs pour allonger la durée de vie des objets permettra de sortir de la culture du jetable qui est parfois vu comme confortable. Tous ces changements prennent du temps.

Propos recueillis par Julien Leprovost

Pour aller plus loin sur ce sujet :
Visiter le site de association Halte à l’Obsolescence Programmée

Consulter l’article de loi qui définit la notion obsolescence programmée

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