Bhopal, 30 ans après : graves lacunes dans le suivi des victimes

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Bhopal

Veillée de survivants de Bhopal en mémoire des victimes de l’accident du 3 décembre 1984. Bhopal, Inde, le 2 décembre 2013. © AFP PHOTO

Le 3 décembre 1984, une explosion dans l’usine d’Union Carbide qui  produisait des pesticides à Bhopal libère un nuage mortel. L’isocyanate de méthyl (ou MIC) et d’autres gaz toxiques entraînent la mort de plus de 3000 personnes le jour même et l’intoxication de dizaines de milliers d’autres dans les jours suivants : c‘est l’un des plus graves accidents industriels de l’histoire. Encore aujourd’hui, les effets se font sentir sur la santé des populations. Mais l’ampleur réelle de la catastrophe reste difficile à mesurer et le restera sans doute puisque les autorités indiennes ne se sont pas donné les moyens de recueillir les données médicales auprès de la population, rapporte The Lancet. La revue britannique de référence écrit : « Bhopal représentait une opportunité d’étudier les effets à long-terme de la toxicité du MIC sur les êtres humains et d’aider les survivants. Mais, il semblerait que cette possibilité soit perdue à tout jamais. »

Bhopal, une étude épidémiologique ratée

Suite à la catastrophe, et pour en évaluer les effets à long-terme, les autorités indiennes avaient mis en place un vaste suivi épidémiologique à partir d’une cohorte de près de 100 000 personnes. Une cohorte constitue un ensemble de personnes ayant vécu un même évènement, ici l’accident industriel de l’usine de pesticides. Cet échantillon se divise en 2 groupes. Le premier comptait 80021 personnes qui vivaient dans des zones exposées aux substances toxiques. Le second, qui servait de référence, se composait de  15931 autres personnes qui résidaient dans des zones épargnées. Mais, en 2010, le Conseil Indien pour la Recherche Médicale (ICMR) a admis avoir perdu le contact avec 79 % des personnes exposées aux gaz et avec 64 % de celles qui n’ont pas été exposées. Les raisons de la perte de contact sont multiples : décès, déménagement ou refus de répondre, et existent dans toutes les études de ce type, mais la revue britannique pointe de nombreuses lacunes dans la méthode employée et les efforts entrepris.

Ainsi, V Ramana Dhara, de la Rollins School of Public Health, aux USA, qui a fait partie de la Commission Médicale Internationale sur Bhopal, déclare que « cette étude ne peut pas être considérée comme représentatif de la population exposée parce que les pertes sur la cohorte sont trop importantes, ce qui a de sérieuses implications. Nous n’avons aucune idée de l’état de santé de tous ceux qui ne sont plus comptabilisés. » Malgré ces manques, l’ICMR a publié plusieurs rapports qui affirment que le taux de mortalité est plus important dans le groupe des personnes exposées au MIC que dans l’autre. L’ICMR a aussi constaté une multiplication des cancers dans la ville de Bhopal, sans établir un lien direct avec l’accident.

L’institution reste sévèrement critiquée : d’une part,  « Le rapport a ignoré les effets sur la santé mentale des victimes et sur la santé de leurs enfants et petits-enfants »selon Pushpa Mitra Bhargava, président du Sambhavna Trust qui gère une clinique pour survivants. D’autre part, selon le Lancet, « Le premier rapport de l’ICMR n’a été publié que 20 ans après la catastrophe, et le second environ 30 ans après, ce qui laisse penser que ces études ont été cantonées à des exercices académiques ».

 

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