Inquiétude en Thaïlande sur l’avenir des riziculteurs

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Inquiétude en Thaïlande sur l’avenir des riziculteurs

Travaux des champs entre Phitsanulok et Sukhothai, Thaïlande (16°55’N – 99°55’E). © Yann Arthurs-Bertrand/Altitude Le royaume de Sukhothai, dont le nom signifie  » l’aube du bonheur « , fut le premier grand royaume thaï à se développer au centre du Siam, au XII e siècle. Entre les vallées de la Yom et de la Nan, les plaines sont vouées à la riziculture. De petites et moyennes exploitations peu mécanisées pratiquent une double récolte annuelle. Malgré un rendement assez faible (1,5 à 2 tonnes de riz par hectare), le riz occupe les trois quarts des terres arables du pays et représente la première exportation, fournissant à lui seul 40 % du marché mondial. Ce succès s’est fait au prix de l’expansion très rapide des surfaces agricoles au détriment de la forêt. Le mouvement s’est accéléré depuis 1960, avec les cultures sur brûlis pratiquées par des paysans sans terres. La forêt, qui occupait 57 % de la superficie du pays en 1961, n’en couvrait plus que 20 % en 1992. Depuis des inondations meurtrières en 1989, la Thaïlande a interdit le déboisement et importe du bois du Laos, qui entame à son tour son capital forestier. De proche en proche, l’Asie est ainsi privée des forêts qui assuraient une régulation hydrologique et climatique.

Premier exportateur mondial de riz, la Thaïlande fait face à un désintérêt de la jeunesse pour les métiers agricoles. Aujourd’hui, moins de 12% des riziculteurs ont moins de 25 ans, alors qu’en 1985 ils étaient 35%. L’âge moyen des agriculteurs est passé de 31 ans à 42 ans. Ce vieillissement des paysans et cette jeunesse qui préfère les métiers urbains inquiètent les experts qui craignent que le pays ne perde son savoir-faire dans la culture du riz. Bien que le riz soit au cœur de la culture thaïe traditionnelle, les agriculteurs sont socialement dévalorisés et font face à l’endettement, rapporte le New York Times le 5 juin. « Cela m’inquiète depuis longtemps. Nous perdons ce qui fait la spécificité de la culture et de l’identité thaïe : les valeurs de gentillesse, d’entraide , de solidarité, de compassion et de reconnaissance », juge Iam Thongdee, professeurs à l’université de Bangkok qui a grandi dans une famille de cultivateurs qui se transmet depuis des générations un manuscrit sur les rites à respecter pour faire pousser le riz. Afin de rendre attractif le métier, le ministère de l’agriculture a mis en place une protection sociale tandis que la Fondation pour le riz thaï organise tous les ans un camp estival pour des volontaires désireux de perpétuer les traditions et les savoir-faire agricoles. Le pays compte 1 millions d’hectares de rizières et l’agriculture se mécanise progressivement.

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