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Chronique livre : L’effet castor – Les leçons d’un bâtisseur de mondes de Ben Goldfarb, la belle rencontre avec l’ingénieur géomorphologique


GoodPlanet Mag’ propose des chroniques sur les livres, films, documentaires, expositions en rapport avec les thématiques de l’écologie et du vivre-ensemble. Découvrez-les dans notre rubrique nos chroniques culturelles. Cette semaine, notre chroniqueuse, propose de découvrir le livre L’effet castor Les leçons d’un bâtisseur de mondes de Ben Goldfarb aux éditions Actes Sud. Ce livre exhaustif donne une nouvelle image au castor, cet ingénieur des écosystèmes à la fois gardien et baromètre de la santé des zones humides.

Ben Goldfarb est un journaliste environnemental américain spécialisé dans la faune et les relations humain-nature. Dans un style vif, incisif et très accessible, l’auteur nous entraîne avec son livre L’effet castor dans un voyage au pays des castors, à travers l’ensemble du territoire nord-américain et au-delà. Il part à la rencontre de scientifiques, de trappeurs, de ranchers et d’écologistes. Tous ceux qui ont compris l’importance décisive de ce rongeur. Ce livre, mélange très réussi de sciences, d’histoires, d’anecdotes et de réflexions sur notre rapport au sauvage a été couronné par le prix PEN/EO.WILSON de littérature scientifique.

Aujourd’hui, Ben Goldfarb veut démontrer en XX pages comment le castor, surnommé « l’ingénieur de la nature » ou « le bâtisseur de mondes », transforme radicalement les paysages. Ses barrages créent des zones humides, stockent l’eau, rechargent les nappes phréatiques, atténuent les sécheresses, ralentissent les incendies, amplifient la biodiversité (poissons, oiseaux, amphibiens, plantes…) et rendent les écosystèmes plus résilients face au changement climatique.

« Laissez-les faire. Les castors réparent ce qu’on a pété pendant 200 ans… et ils le font avec plus de style que n’importe quel ingénieur en costard. »

Dans ce livre, Ben Goldfarb passe de l’anecdote au scientifique démontré, avec un ton vivant et engagé. Il convainc même les sceptiques que le castor n’est pas un « nuisible », mais un allié climatique sous-estimé.

Ben Goldfarb écrit : « laissez-les faire. Ils réparent ce qu’on a pété pendant 200 ans… et ils le font avec plus de style que n’importe quel ingénieur en costard. »

Le massacre quasi-total des castors au XIXe siècle, chassés avant tout pour leur fourrure, a littéralement asséché et érodé des pans entiers du continent nord-américain. Leur retour, qu’Ill soit naturel ou aidé, est aujourd’hui l’une des solutions les plus puissantes et les moins coûteuses pour restaurer les rivières, lutter contre la sécheresse et les mégafeux.

Tout au long de L’effet castor Les leçons d’un bâtisseur de mondes, Ben Goldfarb passe de l’histoire et de la biologie à la preuve sur le terrain de leur rôle de « bâtisseurs d’écosystèmes ». Il explore comment les barrages créent littéralement de nouveaux mondes aquatiques. L’auteur décrit un paysage typique transformé par les castors : une vallée autrefois sèche et érodée devient une mosaïque de mares, de zones humides, de canaux sinueux et de prairies inondées périodiquement. Il insiste sur le fait que le castor n’est pas seulement un animal, mais un ingénieur géomorphologique qui modifie le relief, le débit des rivières et la structure du sol.

Le rôle clé des castors

Ainsi, les thèmes principaux et les idées fortes développés dans le livre combinent des rappels et des regards neufs. Le castor est présenté comme espèce clé de voûte. Car, il crée et maintien des habitats dont dépendent des centaines d’autres espèces. Le livre tisse un lien avec l’hydrologie régénérative. En effet, les barrages de castors sont des « éponges » naturelles qui retiennent l’eau là où l’agriculture et les villes en ont le plus besoin. Le livre prend le temps de faire un détour par l’Histoire écologique oubliée. La disparition des castors a remodelé le paysage américain bien plus que beaucoup ne l’imaginent (rivières canalisées, zones arides, perte de biodiversité).

Mais, davantage que d’être un exposé scientifique, le livre ouvre des perspectives philosophiques sur la place du vivant et les services rendus par les écosystèmes. Notamment sur la coexistence humain-castor, des solutions « beaver-friendly » (respectueuses des castors) existent. L’auteur donne en exemple la relocalisation intelligente plutôt que le piégeage systématique. En filagramme, le livre constitue un plaidoyer philosophique et politique. Changer notre regard sur les « nuisibles », réapprendre à cohabiter avec les architectes du vivant plutôt que de tout contrôler.

Enfin, Ben Goldfarb propose une série de solutions afin de donner au castor la place qu’il mérite et aussi lui permettre d’aider les sociétés humaines à mieux préserver et gérer les ressources en eau. Ces derniers aident à ralentir les flux des cours d’eau, à stocker le carbone et prévenir les risques d’inondations et d’incendies. L’auteur plaide donc en faveur de la création de zones humides.

Toutefois, Ben Goldfarb ne cache pas les problèmes et nuisances possibles liés à la présence des castors : inondations locales gênantes pour les routes, les champs ou les propriétés privées. Il évoque aussi les conflits avec l’agriculture intensive ou les infrastructures comme les autoroutes ou les pipelines. Enfin, parfois, les barrages créés par les castors peuvent concentrer des polluants si le bassin versant est déjà dégradé.

Après cet exhaustif tour de la question, Ben Goldfarb termine sur une note presque philosophique. Selon lui, le castor nous oblige à repenser notre conception du « paysage naturel ». Un paysage « sain » n’est pas forcément une rivière rapide et propre sans végétation ; c’est souvent un paysage désordonné, humide, mosaïqué – exactement ce que produisent les castors.

Lire L’effet castor, donnerait presque envie d’avoir des castors dans son jardin…

Domicruz

Pour aller plus loin

L’effet castor, Les leçons d’un bâtisser de mondes par Ben Goldfarb, éditions Acres Sud

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