La « mine d’or » d’une commune forestière à l’épreuve du changement climatique

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Cette vue aérienne montre des forestiers dans une forêt de résineux touchée par des scolytes, le 22 août 2019 à Vaux-devant-Damloup, dans la Meuse © AFP/Archives JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Lemuy (France) (AFP) – « Le bois, c’était notre mine d’or »: fragilisée par le dépérissement de son imposante forêt de résineux, surendettée, la petite commune forestière de Lemuy (Jura) panse ses bois pour envisager l’avenir.

A l’orée du village, où vivent 244 habitants, au-delà des prés, des crêtes de sapins et d’épicéas s’étendent à perte de vue.

Cette forêt enrésinée par l’homme à l’aube du XXe siècle couvre 1.000 hectares, soit près de la moitié de la superficie de cette commune située à 670 mètres d’altitude sur le premier plateau du massif du Jura.

L’exploitation des 358 hectares appartenant à la commune a longtemps été une manne permettant de financer 80% de son budget, selon son maire Damien Castella. Ce bois de bonne qualité est essentiellement vendu aux scieries locales comme bois de charpente ou de construction.

Mais à partir de 2018, les sécheresses à répétition mettent à mal l’épicéa, victime d’un insecte ravageur, le scolyte, puis le sapin qui meurt de soif sur un sol calcaire peu enclin à retenir l’eau.

D’après un rapport de la Cour des comptes publié mardi, « 70% de la forêt communale (de Lemuy) est touchée, 30% est d’ores et déjà détruite ».

Surendettée

Dans les bois, quelques coupes rases surgissent au détour d’une parcelle de troncs verticaux, élançant vers le ciel leurs cimes épineuses. Les grumes d’épicéas sans écorces, parcheminées de galeries creusées par les scolytes, bordent les chemins forestiers.

« On essaie de traiter toutes les zones atteintes et de limiter la propagation des scolytes, mais vu la quantité c’est difficile. C’est la course au bois sec », confie Raphaël Collombet, technicien forestier de l’Office national des forêts (ONF, gestionnaire des forêts publiques) sur le secteur.

Le village de Lemuy avait investi 1,4 million d’euros pour réaménager sa rue principale en 2017. Mais les ressources de la collectivité issues de la vente de bois (entre 130.000 et 140.000 euros en 2017) ont été divisées par trois entre 2017 et 2022.

« Le bois c’était notre mine d’or, on avait une capacité de remboursement incroyable. Il y a quelques années, on ne se posait pas de questions », raconte M. Castella, élu maire en 2020.

« Notre capacité d’investissement est maintenant nulle et notre commune se retrouve surendettée, jusqu’en 2038, avec une dette par habitant dix fois supérieure au niveau départemental », poursuit cet agriculteur de profession, producteur de lait à Comté et à Morbier. « Ma hantise, c’est la mise sous tutelle du village par la préfecture ».

« Forêts diversifiées »

Depuis 2018, les communes forestières s’efforcent de vendre le bois sec et de contingenter l’offre en bois vert (non scolyté), pour ne pas saturer le marché. « On récolte aujourd’hui plus de bois que la forêt ne peut en produire, ce qui entraîne la baisse des prix. Ce sont des récoltes subies, on décapitalise », s’inquiète Olivier Guerry, responsable de l’unité territoriale de l’ONF.

Le sort de Lemuy est emblématique. Dans le Jura, une cinquantaine des 490 communes forestières, soit 95% des communes du département, connaissent des difficultés financières, relève Michel Bourgeois, président de l’association des Communes forestières du Jura.

Dans la loi de finances de 2024, « les aides pour aider les communes forestières ont doublé, passant à deux millions d’euros: c’est bien mais cela reste loin de nos besoins estimés à plus de huit millions d’euros » au niveau national, note Françoise Alriq, directrice générale déléguée de la Fédération nationale des communes forestières.

Pour renouveler sa forêt, la municipalité de Lemuy a procédé à un plan de reboisement de cinq hectares en 2021, financé à 50% par l’Etat, avec des essences plus adaptées au réchauffement climatiques comme le chêne, l’érable ou le sapin de Bornmuller venu de Turquie.

Le maire veut « rester optimiste »: « Je crois en la forêt, si on travaille bien ce n’est qu’un cycle, on aura toujours une capacité de coupe ».

Selon Florent Dubosclard, directeur de l’ONF dans le département, « l’avenir de nos forêts résineuses dans le Jura est compté. Les paysages vont changer, on va continuer à avoir des forêts, mais plus diversifiées en essences ».

© AFP

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