En Irak, une pollution « catastrophique » des fleuves

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Des eaux usées déversées dans le fleuve de Diyala, à l'est de Bagdad, le 21 janvier 2024 © AFP AHMAD AL-RUBAYE

Bagdad (AFP) – Dans un Irak frappé par la sécheresse, affaibli par des décennies de conflits ayant ravagé ses infrastructures, une pollution « catastrophique » s’est abattue sur les fleuves qui charrient, entre autres résidus, eaux contaminées des égouts et déchets hospitaliers.

Derrière cette pollution environnementale, se cachent aussi institutions et entreprises étatiques, admettent des responsables. Dans le pays de 43 millions d’habitants, pratiquement un Irakien sur deux n’a pas accès à un « service d’eau potable sûr », selon des statistiques onusiennes.

Pour le pays riche en pétrole, industrie très gourmande en eau, le danger est exacerbé par les pénuries d’eau. En cause: sécheresse et autres bouleversements climatiques, mais aussi rivalités géopolitiques sur le partage des eaux opposant Bagdad à ses voisins. Or, plus bas le niveau d’un fleuve, plus élevée la concentration en polluants.

« Ce qui est étonnant c’est qu’une majorité des institutions étatiques polluent l’eau », reconnaît le porte-parole du ministère des Ressources hydriques, Khaled Chamal, sans dédouaner le secteur privé.

Il cite « le réseau de tout-à-l’égout, qui rejette une grande quantité d’eaux usées dans les fleuves sans qu’elles ne soient traitées entièrement, ou alors de manière superficielle ». Mais aussi « les hôpitaux situés près du fleuve qui déversent déchets et eaux usées directement dans le fleuve. C’est dangereux et catastrophique ».

La liste est longue: installations industrielles, comme les usines de pétrochimie, mais aussi centrales électriques ou eaux de drainage agricole, « qui peuvent contenir des toxines liées aux engrais », d’après le responsable.

Désormais, assure M. Chamal à l’AFP, les autorités « n’approuvent aucun projet » pouvant présenter un risque de pollution, si les plans ne prévoient pas « une station de traitement » des eaux.

 « Qualité de l’eau »

« Infrastructures inadéquates, règlementations limitées et faible sensibilisation du public, sont les principaux facteurs contribuant à une détérioration significative de la qualité de l’eau en Irak », reconnaît Ali Ayoub, expert à l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance.

Ainsi, dit-il à l’AFP, les deux stations d’épuration de Bagdad reçoivent « le double de la capacité » d’eau qu’elles sont en mesure de traiter.

« Deux-tiers des eaux usées industrielles et ménagères sont rejetées sans traitement dans les rivières » –soit chaque jour l’équivalent de six millions de mètres cubes– indique-t-il.

La tragédie est parfois visible à l’oeil nu. A l’est de Bagdad, l’AFP a filmé une canalisation se déversant dans le fleuve de Diyala, libérant une eau verdâtre à l’odeur nauséabonde.

Toutefois l’Unicef assure que « le gouvernement irakien est engagé pour améliorer la qualité de l’eau ».

L’organisation cite un plan ministériel sur trois ans visant à « renforcer le système de distribution et d’assainissement de l’eau », notamment via des « contrôles de qualité », pour garantir « un accès à une eau potable sans danger, particulièrement aux communautés les plus vulnérables. »

En partenariat avec l’Unicef, la Cité médicale –complexe hospitalier étatique de Bagdad à 3.000 lits– vient d’inaugurer une station d’épuration.

La première phase a permis d’installer trois unités –chacune traitant 200 mètres cubes d’eau par jour. Quatre autres unités de 400 mètres cubes seront achevées « d’ici deux mois », selon un responsable de la Cité, Aqil Salmane.

« Une fois traitée, l’eau pourra être utilisée pour arroser les jardins de la Cité médicale et alimenter les citernes des pompiers », précise-t-il.

Autrefois, ces eaux usées étaient redirigées vers le tout-à-l’égout.

 « Concentration en polluants »

Plus on descend vers le sud, plus la pollution s’aggrave, effet boule de neige oblige.

« Les eaux usées d’autres régions sont déversées dans le fleuve et l’eau nous parvenant est polluée », confirme Hassan Zouri, sexagénaire de la province de Dhi Qar, dans l’extrême sud. « On doit acheter de l’eau ».

Le phénomène est accentué par des précipitations en recul, mais aussi la chute du niveau des fleuves Tigre et Euphrate, à leur arrivée en Irak: l’eau est retenue par les barrages construits en amont chez les voisins turcs et iraniens, fustige Bagdad.

« La quantité d’eau arrivant en territoire irakien a chuté, cela augmente la concentration en polluants », reconnaît le porte-parole du ministère de l’Environnement, Amir Hassoun.

Autrefois, pour diluer une eau fortement polluée, les autorités pouvaient ouvrir les vannes et augmenter le débit. Quasi-impossible aujourd’hui: il faut économiser les réserves.

Outre un travail de « sensibilisation » du public pour « changer les comportements individuels », les autorités tentent d’imposer une « surveillance sévère », selon M. Hassoun.

« Nous obligeons tous les hôpitaux à avoir des stations de traitement des eaux », assure-t-il. Tout en espérant que 2024 soit « l’année durant laquelle nous éliminerons toutes les irrégularités » des établissements sanitaires.

© AFP

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