Pour le climat, satellites privés et publics volent à l’unisson

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Photo non datée diffusée le 17 mai 2023 par l'entreprise canadienne GHGSat de trois de ses satellites utilisés pour détecter les fuites de gaz à effet de serre de l'industrie pétrolière et gazière © GHGSat satellites/AFP -

Washington (AFP) – Face aux défis du changement climatique, les satellites sont devenus une arme indispensable.

Tant pour continuer à l’étudier que pour passer concrètement à l’action, les lancements se multiplient et donnent lieu à une coopération accrue entre agences spatiales et entreprises privées.

Parmi les secteurs de collaboration les plus fructueux: la traque des émissions de gaz à effet de serre.

L’un de ces gaz les plus puissants, le méthane, est régulièrement mesuré dans l’atmosphère par un gros satellite du programme européen d’observation de la Terre, Copernicus.

L’engin peut balayer tout le globe, mais sa résolution de l’ordre de plusieurs kilomètres rend difficile d’identifier la cause des émissions.

Voilà où les entreprises interviennent.

La canadienne GHGSat compte pour le moment neuf satellites en orbite, de la taille d’un micro-ondes. Leur mission: survoler les sites d’industries pétrolière et gazière, à la recherche de fuites de méthane.

Evoluant à plus basse altitude, ils peuvent « zoomer » au niveau de chaque site.

Des responsables de Copernicus informent régulièrement GHGSat des endroits « où il y a des concentrations accrues, que nous devrions aller voir », explique à l’AFP Stephane Germain, fondateur de la société.

GHGSat vend ensuite ses informations aux opérateurs pétroliers – comme Total, Chevron, ExxonMobil, ou Shell.

Ces derniers réalisent « qu’ils doivent mieux comprendre leur empreinte carbone », parce que « leurs propres clients » le réclament, explique Stephane Germain. Mais identifier la localisation d’une fuite parmi « des millions de pièces » peut être complexe.

Or, si la fuite vient d’une torchère éteinte (utilisée pour brûler les excès de gaz), elle peut être rallumée.

GHGSat dit avoir déjà permis d’éviter 10 millions de tonnes d’équivalent CO2 – soit les émissions de 2,2 millions de voitures sur un an.

D’autres entreprises prévoient de se lancer sur ce créneau du méthane, comme la française Absolut Sensing. Une autre, Kayrros, n’a pas de satellites à elle, mais analyse les données de Copernicus pour traquer les plus grosses fuites.

 Complémentaires

Les montagnes de données générées par les agences publiques, combinées à la force de frappe plus ciblée du secteur privé, se révèlent ainsi complémentaires.

« La vue générale vous montre qu’il y a un problème, et la petite se concentre dessus à une plus haute résolution (…) Cela marche très bien ensemble », résume pour l’AFP Josef Aschbacher, qui a dirigé durant des années le programme Copernicus, avant de prendre la tête de l’Agence spatiale européenne (ESA).

Mais les constellations des agences gouvernementales, constituées de gros satellites très coûteux, restent la colonne vertébrale du système d’observation de la Terre.

Copernicus doit prochainement entrer dans une nouvelle phase, avec des missions comme CO2M, pour mesurer le CO2 relâché spécifiquement par les activités humaines.

La Nasa compte, elle, une trentaine de missions d’observation terrestre.

Ces six derniers mois seulement, l’agence spatiale américaine a lancé SWOT pour étudier les mouvements de l’eau sur Terre, TEMPO pour suivre la diffusion des polluants atmosphériques au-dessus des Etats-Unis, ou encore TROPICS, pour surveiller l’évolution des ouragans heure par heure.

« On peut dire que sans les satellites, nous ne comprendrions pas le problème du changement climatique, ou clairement pas autant qu’aujourd’hui », estime Josef Aschbacher. Et les avancées technologiques permettent de mesurer aujourd’hui des choses « inimaginables il y a dix ou cinq ans », souligne-t-il.

 Partenariats

A ces missions scientifiques s’ajoutent les satellites météorologiques, de l’Agence nationale océanique et atmosphérique (NOAA) côté américain, et d’EUMETSAT côté européen.

Ceux-ci sont également cruciaux face au changement climatique, rappelle Mitch Goldberg, chef scientifique chez NOAA.

D’une part, ce sont leurs données, récoltées depuis des dizaines d’années, qui permettent de mesurer les changements et d’alimenter les modèles climatiques pour l’avenir.

D’autre part, ils jouent un rôle majeur dans l’adaptation face au réchauffement climatique.

Pour réduire l’impact de catastrophes naturelles, appelées à se multiplier, « il faut de meilleures prévisions météo », permettant par exemple d’ordonner des évacuations précoces, souligne Mitch Goldberg.

Là aussi, l’agence a lancé des partenariats avec le secteur privé. Elle utilise par exemple la constellation de la compagnie GeoOptics pour collecter des informations sur l’humidité ou la température de l’atmosphère.

« Il y aura de plus en plus d’entreprises avec des capacités », souligne Mitch Goldberg. « Nous leur demandons: qu’avez-vous à disposition qui pourrait être pertinent pour NOAA? »

Selon un rapport des sociétés Inmarsat et Globant, si les technologies satellitaires actuelles étaient universellement adoptées – par exemple pour optimiser les trajets des cargos et avions – elles permettraient de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 9%, contre 2,5% actuellement.

© AFP

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