En Inde, le tissage traditionnel des saris de Varanasi ne tient plus qu’à un fil


Un vendeur montre des saris traditionnels dans une boutique de Varanasi, le 20 novembre 2021 en Inde © AFP Money SHARMA

Varanasi (Inde) (AFP) – Dans son atelier à peine éclairé, l’Indien Mohammad Sirajuddin est l’un des derniers tisserands de Varanasi, cité riveraine du Gange, qui s’acharnent encore à produire, sur des métiers à tisser à bras, des saris en soie, quintessence du vêtement féminin traditionnel de l’Inde.

Depuis des siècles, les saris en soie de Varanasi, ville de pèlerinage hindou bordant le fleuve sacré du Gange dans l’Uttar Pradesh (nord), sont réputés pour la qualité de leurs étoffes et la complexité de leurs motifs.

Mais la concurrence des produits chinois bon marché, les métiers à tisser mécaniques et la lenteur de la reprise après le passage du coronavirus menacent ce savoir-faire.

Mohammad Sirajuddin est l’un des derniers tisserands de Varanasi à résister aux métiers électriques, plus rapides et moins éreintants à l’usage.

« Si vous vous promenez dans le quartier, vous verrez, c’est la seule maison avec un métier à bras », affirme à l’AFP cet homme de 65 ans dans l’atelier où il réside, « mais cela ne durera tant que je serai en vie. Après, personne dans cette maison ne me succèdera ».

« Pénibilité du travail »

« Le tissage sur un métier à bras exige beaucoup de travail, le procédé est assez pénible », poursuit le tisserand.

Un sari conçu par M. Sirajuddin, orné d’une bordure de « zari » (fil) doré et d’un motif floral, se vendra pour la coquette somme de 30.000 roupies (390 dollars), mais après les ristournes accordées aux intermédiaires et la déduction des coûts de fabrication, il peinera à empocher un bénéfice.

« Il faut des jours pour concevoir un sari », dit l’homme au front ridé, « à considérer la pénibilité du travail qu’exige la fabrication d’un sari, le bénéfice est négligeable ».

Un sari fabriqué sur un métier à tisser mécanique, coûte généralement entre 5.000 et 10.000 roupies (130 dollars) mais la qualité du fil de soie est moindre et plus clinquante.

Le sari traditionnel de Varanasi est très recherché par les futures mariées indiennes qui se transmet généralement de génération en génération dans l’héritage familial.

Jaya Jaitly, auteure du livre « Woven Textiles of Varanasi », accuse la mécanisation et l’afflux de contrefaçons chinoises de porter préjudice aux saris traditionnels de Varanasi.

Fléau des copies chinoises

« Ils (les Chinois) copient les saris de Vanarasi depuis déjà un certain temps. La Chine a pris le dessus sur Banarasi, son commerce et sa production de saris », affirme-t-elle à l’AFP.

Selon elle, après la libéralisation économique de l’Inde dans les années 1990, les marchandises chinoises ont heurté la production nationale de soie.

« Le fil et le tissu chinois ont tout envahi. Toutes nos industries (de la soie) autrefois florissantes ont été anéanties par la mécanisation et encore plus par la concurrence chinoise et leur capacité à produire d’énormes quantités à des prix très bas ».

Aux yeux de Jaya Jaitly, il incombe au gouvernement de mettre en œuvre des politiques favorables aux tisserands et de rendre l’approvisionnement en matières premières simple et moins cher.

« Le tissage traditionnel doit être soutenu, nous (l’Inde) comptons le plus de variétés de tissage artisanal, de techniques, de compétences et de main-d’œuvre qualifiée que partout ailleurs dans le monde », rappelle-t-elle, « c’est vraiment une tradition dont nous pouvons être fiers ».

Si la clientèle aisée de connaisseurs continue de rechercher les saris artisanaux du cru, elle tend toutefois à se raréfier dans le contexte économique actuel post-pandémie.

Selon les économistes, la pandémie a entraîné une hausse du coût de la vie, une baisse de la demande, des pertes d’emploi, de l’inflation, et les perspectives de reprise restent bien sombres.

« Les tisserands souffrent beaucoup. Ils n’obtiennent pas le juste prix pour leurs produits et les paiements arrivent en retard », explique à l’AFP Mohammad Shahid, commerçant de 33 ans, à Varanasi.

M. Shahid a cependant bon espoir que le tissage artisanal survive à ces innombrables défis.

« Ceux qui connaissent la valeur du tissage manuel continueront d’acheter et de chérir nos saris », veut-il croire, « les métiers à tisser traditionnels seront moins employés mais ils ne disparaîtront jamais ».

© AFP

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