Automobile : le passage au tout électrique crée un risque social, assure Tavares

Carlos Tavares Stellantis
Carlos Tavares, directeur général de Stellantis, face aux journalistes à Douvrin le 21 juillet 2021. © AFP DENIS CHARLET

Paris (AFP) – L’interdiction, voulue par la Commission européenne, de vendre des voitures à essence et diesel à partir de 2035, « crée un risque social », estime le directeur général du constructeur Stellantis Carlos Tavares, dans une interview à quatre quotidiens européens publiée mardi.

« Ne pas regarder l’ensemble du cycle de vie des voitures électriques est évidemment très restrictif », déclare le dirigeant aux quotidiens français Les Echos, allemand Handelsblatt, italien Corriere della Sera et espagnol El Mundo.

« Avec le mix énergétique européen, un véhicule électrique doit rouler 70.000 km pour compenser la mauvaise empreinte carbone de fabrication de la batterie et commencer à creuser l’écart avec un véhicule hybride léger », assure-t-il.

« On sait aussi qu’un véhicule hybride léger coûte moitié moins qu’un véhicule électrique », observe M. Tavares. « Il ne faut pas perdre de vue non plus que nous risquons (…) de perdre les classes moyennes qui ne pourront plus acheter de voiture et qu’il y aura des conséquences sociales. »

« Il est donc trop tôt pour dire si l’approche européenne est raisonnable », lance-t-il avec une certaine ironie, plaidant une nouvelle fois pour le maintien des véhicules hybrides.

« Au total, vaut-il mieux accepter de faire rouler des voitures hybrides thermiques très performantes pour qu’elles restent abordables et apportent un bénéfice carbone immédiat, ou faut-il des véhicules 100% électriques que les classes moyennes ne pourront pas se payer, tout en demandant aux Etats de continuer à creuser le déficit budgétaire pour les subventionner ? C’est un débat de société que je rêverais d’avoir, mais pour l’instant je ne le vois pas. »

« Ce qui est clair est que l’électrification est la technologie choisie par les politiques, pas par l’industrie », résume-t-il.

Pour les constructeurs, il s’agit « de limiter au maximum les 50% de surcoût de l’électrique, en cinq ans », avec des gains de productivité importants.

« Nous verrons dans quelques années les constructeurs qui auront survécu et les autres », prédit le patron de Stellantis.

« Sans transition progressive, les conséquences sociales seront majeures », craint-il.

« Mais nous ne sommes pas seuls », ajoute-t-il. « Nous avons tout un écosystème de sous-traitants autour de nous. Il va falloir qu’ils bougent aussi rapidement que nous. »

« C’est la brutalité du changement qui crée le risque social », souligne Carlos Tavares.

© AFP

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4 commentaires

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    • Balendard

    On pourrait dire que l’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs mais il y a je pense du vrai dans les arguments de Mr Carlos Tavares.

    Il nous faudra probablement en ce qui concerne l’énergie assouplir la transition vers nos nouvelles chaînes énergétiques et tenir compte du fait que notre intérêt n’est probablement pas d’abandonner brutalement la combustion au profit de l’électrique pour motoriser notre 2ème maison que constitue la voiture.

    En ce qui concerne notre première maison à savoir notre résidence et habitation principale, le passage temporaire aux systèmes hybrides associant la combustion et l’enthalpie des corps, pour parler simple la pompe à chaleur, pourrait bien être également la solution pour assurer une transition « en douceur’ vers nos nouvelles chaînes énergétiques. Voir à ce sujet
    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/2consommation.pdf

    • Henri DIDELLE

    SON APPROCHE, C’EST DU BON SENS…
    Les Politiques adorent les grandes idées théoriques pour se faire mousser. Mais comme ils ne savent (ou ne veulent pas) gérer le long terme, ils nous font prendre des risques sociétaux. Eux par contre ne prennent aucun risque puisque dans 10, 20 ou 30 ans ils seront sortis du circuit et ils sera bien difficile d’aller leur chercher des poux dans la tonsure.
    Prenez l’exemple du nucléaire . A mon avis, il ne doit pas être jeté aux orties trop vite puisque nous n’avons pas de substitut aujourd’hui. Résultat, on ferme des centrales nucléaires puis, dans le même temps, on en ouvre de nouvelles et en attendant on exploite toujours le charbon pour répondre à la demande. Par idéologie, les verts ne veulent pas du nucléaire mais finalement ils y reviennent en rasant les murs en lui trouvant toutes les qualités.
    Il ne faut pas oublier que pour faire de l’électricité, de l’hydrogène il faut beaucoup d’énergie VERTE si possible et c’est là que ça va coincer. Dans toutes grandes décisions sociétales il faut raison garder afin que tout e le monde puisse suivre…

    • Serge Rochain

    Tavares, le visionaire qui voit l’avenir dans le rétroviseur e son diesel.

    • methanolenergy

    Enquete mobilite Insee 2019: 98% des trajets font moins de 80 km. une batterie de plus de 100 km d’autonomie n’est pas justifiée dans 98 % des usages. La longévité d’un moteur electriquest de 1 millions de km. Sa batterie peut etre changée tous les 8 ans, avec 81 d’utilisation envisageable..

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