Nord Stream 2 : le gazoduc controversé russo-allemand achevé après des années de tensions

gazoduc russo-allemand

Le président russe Vladimir Poutine lors d'une réunion en visioconférence avec le directeur général de Gazprom Alexei Miller, à Moscou le 19 janvier 2021 © SPUTNIK/AFP/Archives Alexey NIKOLSKY

Moscou (AFP) – La Russie a annoncé vendredi l’achèvement du gazoduc controversé Nord Stream 2, un tube vers l’Allemagne qui selon ses détracteurs va accroître la dépendance européenne à l’égard Moscou.

Le directeur général du géant gazier Gazprom « Alexeï Miller a déclaré que ce matin, à 8h45 heure de Moscou (05H45 GMT), la construction du gazoduc Nord Stream 2 avait été complétement achevée », a indiqué le groupe public russe.

Cette annonce a un goût de triomphe pour la Russie, alors que les tensions diplomatiques engendrées par ce projet à 10 milliards d’euros ont un temps été si fortes que certains croyaient qu’il ne verrait jamais le jour.

Pour ses détracteurs, en Europe comme aux États-Unis, le tube va accroître durablement la dépendance énergétique européenne à l’égard de la Russie, grand rival stratégique de l’Occident, et constitue une trahison des intérêts de l’Ukraine, un allié occidental face à Moscou.

Nord Stream 2 doit doubler les livraisons de gaz russe vers l’Allemagne, principal promoteur du projet.

Ce tube d’une capacité de 55 milliards de m3 de gaz par an parcourt 1.230 kilomètres sous la mer Baltique sur le même parcours que son jumeau Nord Stream 1, opérationnel depuis 2012.

Pendant des années, le projet a opposé Washington et Berlin mais aussi les Européens entre eux, ainsi que la Russie et l’Ukraine. Finalement, un surprenant revirement de Washington, après l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, a permis l’élaboration d’un compromis germano-américain pour tenter de clore ce litige.

Un des aspects les plus controversés de Nord Stream 2 est qu’en contournant la voie de livraison traditionnelle via l’Ukraine, il va priver le pays d’environ un milliard d’euros par an de frais de transit.

Kiev craint également que cela ne la rende plus vulnérable vis-à-vis de Moscou, en le privant d’un levier d’influence important.

Arme géopolitique

Critiquée sur ce dossier, la chancelière allemande Angela Merkel avait souligné fin août en Ukraine que son pays allait tout faire pour faire prolonger le contrat de transit russo-ukrainien expirant en 2024 et insisté que le gaz ne devait être utilisé par Moscou comme « une arme ».

Mais le président ukrainien Volodymyr Zelensky lui avait signifié considérer Nord Stream 2 comme une « arme géopolitique dangereuse ».

Exploité par le géant russe Gazprom, le projet, estimé à plus de 10 milliards d’euros, a été cofinancé par cinq groupes européens du secteur de l’énergie (OMV, Engie, Wintershall Dea, Uniper et Shell).

L’Allemagne est au sein de l’UE le principal promoteur du gazoduc, qui, selon elle, est avant tout économique et l’aidera à accomplir la transition énergétique dans laquelle elle s’est engagée.

Les États-Unis sont depuis le début vent debout contre ce projet qui affaiblirait l’Ukraine, considérant qu’il renforce les intérêts russes, au moment ou les Américains veulent vendre aussi aux Européens leur gaz de schiste.

Les Européens sont divisés. La Pologne ou les pays Baltes s’inquiètent de voir l’UE plier devant les ambitions russes.

Même en Allemagne, Nord Stream ne fait pas l’unanimité. Un rapport de l’institut de recherche économique allemand DIW jugeait en 2018 le gazoduc fondé sur des prévisions qui « surestiment considérablement la demande de gaz naturel en Allemagne et en Europe ».

L’administration de l’ancien président américain Donald Trump a voté en 2019 une loi imposant des sanctions contre les entreprises impliquées dans le chantier.

Entamé en avril 2018, le chantier a, de ce fait, été interrompu en décembre 2019 alors qu’il ne restait que 150 kilomètres de tube à poser dans les eaux allemande et danoise, avant de reprendre un an plus tard.

Joe Biden a renoncé à bloquer le projet, estimant qu’il était trop tard et qu’il valait mieux miser sur l’alliance avec l’Allemagne dont Washington souhaite s’assurer la coopération dans d’autres dossiers, notamment face à la Chine.

©AFP

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