Les incendies en Grèce révèlent des « défaillances » dans la prévention des feux

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Un habitant lutte contre les flammes dans le village de Gouvès, sur l'île d'Eubée, le 8 août 2021 en Grèce © AFP/Archives ANGELOS TZORTZINIS

Athènes (AFP) – Les récents incendies en Grèce, particulièrement destructeurs en termes de surfaces brûlées, ont mis au grand jour les « défaillances grecques » en matière de lutte anti-feux et de prévention dans un pays désormais confronté à une « crise écologique immense », préviennent des analystes.

Plus de 100.000 hectares sont partis en fumée en deux semaines, décimant faune et flore et montrant combien la Grèce reste à la traîne en matière de protection de l’environnement, parmi ses partenaires européens, sans réelle politique de prévention des incendies.

« La Grèce a toujours eu du mal à protéger son riche écosystème caractérisé par le microclimat méditerranéen et une biodiversité exceptionnelle », observe Takis Grigoriou, responsable des questions d’énergie et de changement climatique à Greenpeace-Grèce.

« Les constructions illégales, le manque de cartographie forestière, l’utilisation (par les Grecs) de l’espace naturel comme s’il s’agissait de leur propre propriété, figurent parmi les facteurs de défaillance de la politique de prévention des feux », explique-t-il à l’AFP.

« La mauvaise gestion environnementale du pays » s’ajoute aux « phénomènes extrêmes » auxquels la Grèce va être de plus en plus confrontée « en raison du réchauffement climatique », estime-t-il.

Les autorités « ont été prises de court » fin juillet, alors que des centaines de feux se déclaraient simultanément aux portes d’Athènes mais aussi dans des régions plus reculées, en Eubée (Nord-Est), dans le Péloponnèse (Sud) ou à Rhodes, souligne Efthymis Lekkas, professeur de gestion des catastrophes naturelles à l’université d’Athènes.

La canicule exceptionnelle qui a frappé le pays n’est pas la seule responsable. Selon lui, les « défaillances grecques du système opérationnel et de prévention » ont aussi contribué à ce que le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a lui-même qualifié d' »immense catastrophe écologique ».

« L’ouverture par exemple de voies coupe-feu dans les forêts n’a pas été privilégiée par les différents gouvernements grecs, car elle n’a pas d’impact politique direct », accuse M. Lekkas qui chiffre à « cinq milliards d’euros » les dégâts à long terme des récents incendies.

Moyens « inadaptés »

Sur le terrain, nombre d’habitants rencontrés par l’AFP, corroborés à mots couverts par des pompiers français, ont dénoncé les « moyens inadaptés » et « insuffisants » des pompiers grecs face à l’énormité des incendies, en comparaison avec les équipements déployés par les soldats du feu d’une vingtaine de pays venus les aider.

Une habitante d’Eubée a même comparé la Grèce à un « pays du tiers-monde » s’agissant des moyens à la disposition des pompiers locaux.

De fait, les autorités grecques ont préféré évacuer à tour de bras pour éviter des pertes humaines comme celles subies lors de l’incendie de Mati en juillet 2018 (102 morts) ou des feux de l’été 2007 (77 morts).

Avec trois morts à déplorer début août, le gouvernement conservateur se trouve désormais confronté, faute de prévention et de moyens suffisants, à une crise environnementale « immense et durable », compte tenu des « hot-spots de biodiversité et de conservation » partis en fumée, déplore Diana Bell, professeure à l’université d’East Anglia (UEA) au Royaume-Uni.

La Grèce abrite « 6.000 arbres et plantes différents », rappelle-t-elle en soulignant que « certaines essences et espèces animales sont complètement uniques ».

Le changement climatique « comme excuse »

De nombreux habitants ont été en outre contraints de fuir « après la destruction de leurs propriétés », ce qui accroîtra encore la désertification rurale en Grèce et l’abandon des cultures qui laisse des friches inflammables, redoute l’experte en biodiversité.

Des habitants de l’île d’Eubée ayant vu brûler leurs troupeaux, leurs maisons et leurs champs ont imputé la responsabilité du « crime » à Kyriakos Mitsotakis, l’accusant de les avoir « abandonnés aux mains de Dieu » en envoyant la majorité des bombardiers d’eau vers les « villas » cossues de la grande banlieue d’Athènes.

M. Mitsotakis a invoqué le « changement climatique » et « la canicule exceptionnelle » pour expliquer le sinistre. Mais des ONG de protection d’environnement l’ont accusé d’utiliser « le changement climatique comme excuse » pour couvrir le manque de moyens et de prévention.

« La crise climatique n’est pas une excuse pour échouer mais doit être une alarme pour changer », souligne Dimitris Karavellas, directeur de la section grecque du Fonds mondial pour la nature (WWF). Il déplore que les propositions de son organisation en matière de prévention des incendies soient restées lettre morte depuis 20 ans.

©AFP

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