À Haïti, le séisme ravage les espoirs des survivants du cyclone Matthew cinq ans après


Une femme examine les décombres de sa maison près de Camp Perrin, le 16 août 2021 en Haïti © AFP Reginald LOUISSAINT JR

Camp Perrin (Haïti) (AFP) – A une heure de route de la côte sud d’Haïti, seul le panneau indiquant le lieu-dit « Marceline » tient encore debout: sur des centaines de mètres, aucune maison n’a résisté au séisme qui a frappé la région samedi matin.

Le sud-ouest d’Haïti, ravagé samedi par un séisme de magnitude 7,2, avait déjà essuyé des pluies torrentielles et des vents violents lors du passage de l’ouragan Matthew, de catégorie 4, en octobre 2016.

« Quand Matthew était passé, le toit de ma maison avait été emporté. C’est une organisation canadienne qui m’a permis de le reconstruire », se rappelle mardi Bertha Jean Louis, devant cette charpente de tôle aujourd’hui détruite.

Sur le terrain où cette femme de 43 ans a passé toute sa vie, il ne reste qu’un amas de béton, de meubles brisés et de linges déchirés: ni la maison de sa mère ni la sienne n’ont résisté au tremblement de terre.

De chaque côté de la route qui traverse la péninsule sud du pays, les bâtiments se sont effondrés sous la force des secousses, à de rares exceptions.

« Il faut qu’on nous aide à retrouver une maison. C’est tout. Ensuite, on saura se débrouiller, on est habitués. On cultivera la terre et ça nous fera vivre », assure Bertha Jean Louis.

Sa voix dynamique et affirmée ne laisse rien deviner du drame qui est le sien. Son frère de 35 ans est mort samedi dans l’effondrement de l’habitation qu’ils partageaient, et son mari étant toujours hospitalisé après ses blessures aux deux jambes, elle doit s’occuper seule de sa mère de 75 ans — tout en étant enceinte de 4 mois.

« Depuis samedi, je porte la même robe: je ne peux pas risquer d’entrer sous les décombres pour sauver quelque chose. Je lave simplement mes sous vêtements et quand ils sont secs, je lave ma robe, c’est comme ça que je fais car je n’ai absolument rien sauvé », explique-t-elle.

« Je suis totalement découragée mais je sais que le bon Dieu va nous envoyer l’aide d’un autre pays, comme ça s’était passé après Matthew. C’est pourquoi j’ai encore un petit espoir. »

« Disparaître »

Son voisin, qui a lui aussi tout perdu, est déjà à pied d’oeuvre pour construire un petit abri en tôle devant ce qu’il reste de sa maison.

« Après Matthew, j’avais reçu beaucoup de gens. Je les avais accueillis ici car tout le voisinage était détruit. Mais aujourd’hui, je ne peux rien faire pour eux parce que je suis moi aussi à la rue », se désole Claude Altimé.

En octobre 2016, le passage de l’ouragan Matthew avait entraîné la mort de plus de 500 personnes et causé près de 2 milliards de dollars de dégâts.

La semaine aurait pourtant dû être l’occasion pour sa famille de célébrer les anniversaires de ses deux plus jeunes enfants, de 4 et 11 ans, mais l’heure est au désespoir.

« Si je pouvais trouver un endroit pour disparaître et quitter cette zone, je filerais, parce que j’ai pris Matthew et là je prends ça. Jamais je n’avais vu un séisme de ma vie », soupire-t-il.

Alors que la tempête Grace déverse des trombes d’eau sur les côtes d’Haïti mardi, Claude Altimé doit réinventer, sous quelques bouts de tôle fixés à de frêles poteaux en bois, un quotidien pour sa femme et leurs quatre enfants, ainsi que pour son père octogénaire dont la maison s’est totalement affaissée non loin de là.

© AFP

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