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Inondations en Europe : les raisons du bilan si meurtrier

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Vue aérienne de Brommelen aux Pays-Bas le 16 juillet 2021 après de fortes inondations © ANP/AFP Remko de Waal

Berlin (AFP) – « Catastrophique », comme « à la guerre », « sans précédent »: les inondations qui ont frappé l’Allemagne et une partie de l’Europe cette semaine suite à des pluies diluviennes sont d’une ampleur rarement vue, avec plus de 150 morts au total.

Evénement météo exceptionnel

Comment un tel événement a-t-il pu se produire et faire autant de dégâts?

« Des masses d’air, chargées de beaucoup d’eau, ont été bloquées en altitude par des températures froides, qui les ont fait stagner pendant quatre jours sur la région », explique à l’AFP Jean Jouzel, climatologue, ancien vice-président du GIEC, le groupe d’experts climat de l’ONU.

Résultat: des précipitations intenses, entre le 14 et le 15 juillet, qui ont atteint « 100 et 150 millimètres » soit l’équivalent de deux mois de pluies, selon l’Organisation météorologique mondiale.

Si la région est coutumière des fortes pluies, celles-ci ont été « exceptionnelles, tant par la quantité d’eau déversée que par leur violence », commente Kai Schröter, hydrologue à l’Université de Postdam.

Réchauffement climatique ?

Le débat fait rage sur le sujet. Plusieurs responsables politiques européens ont clairement fait un lien entre les deux. L’extrême droite allemande par exemple réfute cette explication et crie à « l’instrumentalisation ».

Qu’en est-il ? « Pour le moment, on ne peut pas dire avec certitude que cet événement est lié au dérèglement climatique », mais de tels phénomènes extrêmes deviennent « plus fréquents et plus probables » à cause du réchauffement, estime Kai Schröter.

La hausse de la température de la planète augmente mécaniquement l’évaporation de l’eau des océans et rivières, ce qui apporte des « masses d’eau plus importantes dans l’atmosphère ».

Ce phénomène peut accroître le risque de précipitations intenses et violentes, précise le chercheur.

Plus généralement, les événement météorologiques extrêmes sont rendus plus probables par le réchauffement climatique, selon le GIEC.

Cours d’eau peu protégés

Pourquoi un bilan si lourd ? Les précipitations ont gonflé subitement de nombreuses petites rivières et affluents de fleuves, qui n’avaient pas la capacité d’encaisser un tel choc et qui n’étaient pas protégés par des berges suffisamment élevées.

« Le Rhin est habitué aux crues, le plus gros problème, ce sont les petits cours d’eau, les affluents », a ainsi affirmé le président de la région allemande de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet, vendredi.

« Les fleuves sont plus lents et larges, l’eau monte moins rapidement et on a le plus le temps de se préparer, contrairement aux petits cours d’eau », confirme Kai Schröter.

Impréparation ?

Certains médias allemands et experts mettent en cause l’impréparation des autorités qui n’auraient pas lancé d’alertes suffisamment tôt à la population.

« Des prévisionnistes (…) ont émis des alertes, et pourtant les avertissements n’ont pas été pris au sérieux et les préparatifs ont été insuffisant », estime Hannah Cloke, professeur d’hydrologie à l’université de Reading au Royaume-Uni.

En outre, un manque de sensibilisation à ces risques, en amont, de la population vivant dans les zones inondables est pointée du doigt.

« Certaines victimes ont sous-estimé le danger et n’ont pas respecté deux règles de base lors de fortes pluies. Premièrement: évitez les sous-sols où l’eau pénètre. Deuxièmement, coupez immédiatement l’électricité », a ainsi affirmé Armin Schuster, président de la BBK, organisme public spécialisé dans les catastrophes naturelles, au quotidien Bild.

Des dizaines de morts ont été retrouvés dans leurs caves.

Urbanisme à revoir ?

Certains experts pointent du doigt l’urbanisme et la bétonisation croissante des sols de l’Ouest de l’Allemagne, très urbanisée, au coeur de la « banane bleue », centre économique de l’Europe.

« L’urbanisation, importante dans ces régions a joué un rôle. Le bilan aurait-il été aussi lourd il y a quarante ans? », s’interroge ainsi Jean Jouzel.

L’artificialisation des terres empêche l’eau de s’infiltrer dans les sols, qui ne jouent plus un rôle d’éponge, ce qui accroît les risques d’inondations.

© AFP

5 commentaires

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    • Serge Rochain

    Mais le plus urgent c’est toujours de combattre les énergies renouvelables, bien sûr.

    • Rozé

    Le réchauffement climatique ou effet de serre atmosphérique augmente la température moyenne des masses d’air ainsi que la quantité de vapeur d’eau absorbée par celles-ci. L’énergie thermique emmagasinée par les masses d’air est donc plus grande. La seule façon d’évacuer cette énergie est physico-mécanique, c’est à dire déplacements des masses d’air (vents plus violents) et condensation de la vapeur d’eau (pluies violentes).

    • Jean-Pierre Bardinet

    « les événement météorologiques extrêmes sont rendus plus probables par le réchauffement climatique, selon le GIEC. » Ceci est inexact.
    Dans son 5e rapport, le GIEC estime avec un degré de confiance élevé « que des inondations plus importantes que celles observées depuis 1900 se sont produites au cours des cinq derniers siècles dans le nord et le centre de l’Europe. » Dans son Rapport spécial sur les événements extrêmes, le GIEC confirmait qu’il n’est pas possible « d’évaluer les changements induits par le climat sur l’ampleur et la fréquence des crues », en raison du manque d’observations et des changements dans l’utilisation des sols. Par ailleurs, une étude de 2017 (Hodgkins et al.), plus ciblée sur l’Europe, indique que l’évolution des inondations majeures est « de l’ordre de ce qu’on peut attendre du hasard seul », et qu’elles sont « dominées par la variabilité multi décennale ».

    • Jean-Pierre Bardinet

    Selon Leroy Ladurie, qui a étudié le climat en France depuis l’an mille, notre pays a connu des événements climatiques souvent bien plus catastrophiques, comme, par exemple, la grande inondation de Paris en 1910, période avec très peu d’émissions anthropiques de CO2, ou encore les grandes famines sous Louis IV qui ont tué des millions de Français, sans émissions anthropiques de CO2. On constate que les périodes les plus durement touchées ont été les périodes plus froides du Petit Age Glaciaire, alors que l’optimum Médiéval, plus chaud que de nos jours, fut une période climatiquement faste. Il serait miraculeux que la période actuelle, avec un petit réchauffement de +0,7°C en 150 ans, et qui a quasiment cessé depuis 20 ans, subisse des événements climatiques plus terribles que ceux ayant eu lieu lors du PAG.

    • Jean-Pierre Bardinet

    @Serge Rochain
    Vous avez raison, les EnR intermittentes, aux faibles facteurs de charges, ont un mauvais bilan carbone sur leur cycle de vie : 15 gCO2/kWh pour l’éolien et 55 gCO2/kWh pour le solaire, alors que celui du nucléaire est particulièrement vertueux : 6 g CO2/kWh. Donc, si l’on veut limiter nos émissions de CO2 pour le système électrique, la solution logique qui s’impose est : les EnR à la poubelle et développement du nucléaire générations III et IV.

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