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Au cœur de Cuba, du charbon de bois produit à l’ancienne

charbon traditionnel cuba

Un four traditionnel pour le charbon, le 15 juin 2021 à San Agustin, à Cuba © AFP ADALBERTO ROQUE

San Agustín (Cuba) (AFP) – Leurs visages noirs de suie semblent sortis d’un autre siècle: dans le parc national de Ciénaga de Zapata, au centre de Cuba, des employés produisent du charbon de bois avec les méthodes et machines traditionnelles du passé, mais en replantant aussi les arbres coupés.

« Cela fait 33 ans que je travaille comme charbonnier », confie Daniel Diaz, 59 ans, qui vit avec sa famille dans une maison en bois à flanc de rivière, à quelques mètres à peine des fours de charbon.

« C’est un peu difficile, mais j’aime ça », ajoute-t-il, pendant que sa fille de neuf ans saute joyeusement dans l’eau.

Derrière lui, un empilement de morceaux de bois, en forme de pyramide, sera bientôt recouvert de paille et de terre avant le début du processus de combustion qui durera cinq à six jours, avec obligation pour lui de « surveiller jour et nuit » que l’épaisse fumée ne se transforme pas en incendie.

A Cuba, les « carboneros » de la Ciénaga de Zapata, parc marécageux et plus grande zone humide des Caraïbes, sont célèbres: c’est avec eux que Fidel Castro a passé son premier Noël après la révolution de 1959.

Sur les images d’époque, on le voit au milieu d’une tablée de travailleurs et de leurs familles, venu apporter son soutien à ces ouvriers, dans la région connue pour ses crocodiles et qui était alors la plus pauvre de l’île.

Mais au fil des ans, la tradition du charbon de bois s’était perdue dans la région.

Exporté vers l’Europe

« Pendant longtemps, les familles l’utilisaient pour cuisiner », raconte Oscar Verdeal Carrasco, directeur de développement de l’entreprise de conservation de la Ciénaga de Zapata (Ecocienzap). « Mais la population a arrêté d’en consommer car elle avait d’autres méthodes de cuisson », moins désagréables.

« Puis est apparue la possibilité d’exporter »: aujourd’hui, Cuba envoie son charbon – jusqu’à 80.000 tonnes par an – principalement vers l’Europe (Italie, Espagne…).

Mais si, dans le reste du pays, la grande majorité du charbon est désormais produit à partir de marabu, une plante invasive, à la Ciénaga de Zapata on mise sur la méthode la plus traditionnelle.

Et pour cela, il a fallu retrouver la mémoire. « Il manquait de personnes expérimentées », raconte Orlando Prado, 73 ans, jusque-là retraité. Donc « ils sont venus me chercher ».

Entre ses doigts, il fait défiler quelques photographies en noir et blanc qui datent de l’âge d’or du charbon à Cuba, dans les années 60 et 70.

On y voit une jeune femme poser devant d’énormes fours traditionnels.

« C’est dommage que la tradition se soit perdue, mais bon, on ne perd pas espoir de tout récupérer, on y travaille ».

« Equilibre écologique »

Dans un grand hangar en bord de rivière, les vieilles machines d’antan ont été retapées pour fabriquer les outils en bois servant à ramasser puis transporter le charbon produit. Il faut s’y prendre à trois ou quatre pour tirer la courroie et démarrer l’une d’entre elles.

Et surtout, les employés ont dégagé les canaux creusés à la main par les Espagnols au début du 20e siècle, qui avec le temps s’étaient bouchés: une trentaine de kilomètres de voies maritimes qui serpentent à travers la forêt.

Ils ont reconstruit leurs antiques « bongos », de longs bateaux en bois utilisés alors pour transporter plus facilement des marchandises.

Désormais, ces embarcations, que des hommes manœuvrent en appuyant au fond de l’eau de grands bâtons en bois, servent à faire voyager le bois destiné au charbon… une manière d’économiser du carburant alors que le pays vit sa pire crise économique en 30 ans.

Pour l’instant, la production est modeste: 600 tonnes l’an dernier (toutes destinées à l’exportation), un objectif de 700 cette année. Mais elle apporte des emplois.

« Le but de notre entreprise est de continuer à produire du charbon en cherchant un équilibre écologique entre la nature et l’homme », explique Yoel Salgado, directeur d’une des unités sylvicoles de Ecocienzap.

Il montre les différentes espèces d’arbres plantées pour reconstruire les forêts servant au charbon: « du cèdre, de l’acajou, de l’acacia et d’autres espèces en danger d’extinction ».

« Le charbon est une production emblématique de cette région », un symbole de la Ciénaga de Zapata comme le crocodile, souligne Oscar Verdeal, qui espère à terme attirer les touristes pour voir ce vestige du passé.

©AFP

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