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En Grèce, de jeunes réfugiées s’engagent pour l’égalité des genres


Sude (Iran), Fatemeh (Afghanistan), Ataa (Syrie), Eli (Iran), Donna et Andrana (Grèce) posant au bureau d'une organisation à Athènes le 21 juin 2021 © X07402/AFP Louisa GOULIAMAKI

Athènes (AFP) – Caméra au poing ou penchées sur la table de montage, de jeunes réfugiées en Grèce ont choisi de se raconter, à travers films et podcasts, et de donner de la voix au service des droits des femmes.

Ataa, Fatemeh, Elie, Sude et d’autres jeunes réfugiées du Congo, de Syrie, d’Afghanistan ou d’Iran, formées aux métiers du journalisme par l’organisation GlobalGirl Media, « se battent pour reconstruire leur vie comme elles le souhaitent », soutient la coordinatrice de l’ONG en Grèce, Amie Williams.

« Jusqu’à présent, ces jeunes femmes ne savaient pas forcément ce qu’était l’égalité des genres », ajoute la réalisatrice américaine. « Mais sans le savoir, elles sont très fortes et féministes. Elles ont quitté leur famille, des sociétés patriarcales, voyagé, affronté de nombreuses épreuves seules ».

La jeune Syrienne Ataa Brimo a été mariée à l’âge de 14 ans à un homme de 9 ans son aîné, puis mère un an plus tard. De son expérience douloureuse, elle a tiré un court-métrage, intitulé « Petite mère », sélectionné au festival du documentaire de Thessalonique fin juin.

« J’ai eu la chance de tomber sur un homme bon », mais « je n’étais pas prête à être mère si jeune, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait », raconte à l’AFP l’apprentie réalisatrice.

Dans son film, elle pose un regard nuancé sur la question du mariage des mineures. Car « depuis que je suis arrivée en Europe, j’ai grandi. Je sais désormais qu’une femme peut se détacher de ses traditions, suivre sa voie et sa passion, comme celle que j’ai pour la vidéo », poursuit la trentenaire originaire d’Alep.

« Toutes ces jeunes filles ont appris à filmer, à éditer, à faire des interviews et elles ont reçu une rémunération pour leur travail », explique Amie Williams à l’AFP.

GlobalGirl Media veut « leur permettre de se reconstruire en filmant leurs histoires ou celles d’autres femmes qui sont engagées dans l’égalité des genres », dit-elle.

Certaines de leurs productions seront présentées au forum sur l’égalité femmes-hommes organisé par l’ONU à Paris, à partir du 30 juin.

Dans le cadre de leur formation, ces réfugiées ont interviewé des femmes comme elles ou des militantes féministes, et ont découvert que les Grecques rencontraient des difficultés comparables, comme les violences domestiques.

Fatemeh Jafari, originaire d’Afghanistan, n’en avait « pas conscience ». Elle a « beaucoup discuté de la nécessité de se soutenir entre femmes, quelles que soient nos origines car nous traversons des expériences similaires ».

Maintenant, Fatemeh, 25 ans, se sent capable « de revendiquer certains droits », comme la possibilité d’exercer le métier de son choix, « se sentir libre de circuler seule », dit-elle à l’AFP.

Elie et Sude Fazlolah, deux soeurs iraniennes de 30 et 38 ans, ont été particulièrement touchées par l’interview de Sofia Bekatorou, la championne olympique de voile à l’origine du #Metoo grec.

Sude a « beaucoup appris » de la sportive grecque, qui a dénoncé publiquement l’agression sexuelle subie à l’âge de 21 ans par un haut responsable de la Fédération grecque de voile.

« Il ne faut pas avoir peur de parler ou avoir honte de dénoncer le comportement inapproprié d’un homme, mais surtout il faut être bienveillantes et se soutenir entre femmes », dit-elle.

Les deux sœurs ont vécu dans le camp insalubre de Moria sur l’île grecque de Lesbos avant qu’il ne prenne feu en septembre 2020. Puis elles ont erré pendant des jours avant d’être hébergées dans le camp d’Elaionas près d’Athènes.

« En tant que femmes, les dangers sont partout, et dans les camps, ce sentiment est encore plus présent. Tu as peur d’aller aux toilettes, de circuler seule la nuit », raconte Elie.

Pour Adriana Theochari, cheffe de projet, « il était nécessaire de créer un espace de communication entre femmes grecques et réfugiées ».

« Entre elles, sans la présence d’hommes, elles se sentent en sécurité, elles peuvent s’exprimer sans retenue, pleurer sans honte », dit-elle à l’AFP. Et cela facilite aussi « l’intégration des réfugiées et amène à plus de compréhension entre nous ».

« Après tout, nous sommes toutes des femmes, quels que soient notre parcours et nos origines, et nous nous comprenons souvent sans parler la même langue », souligne encore Adriana.

Car « ensemble, nous nous sentons plus fortes, plus armées pour affronter les inégalités et les discriminations qui existent dans toutes les sociétés ».

© AFP

 

Un commentaire

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    • Francis

    On ne doit pas dire égalité des genres mais égalité homme-femme. Il ne faut pas avoir peur non plus de mettre en cause la religion archaïque qui provoque ces drames.