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De l’usine à la ZAD, Bernard Loup, « infatigable » militant du Triangle de Gonesse


Le président pour le Collectif pour le Triangle de Gonesse Bernard Loup sur le site de la ZAD à Gonesse, le 13 février 2021 © AFP GEOFFROY VAN DER HASSELT

Domont (France) (AFP) – Avec sa « détermination sereine », Bernard Loup, 76 ans, incarne la lutte contre le projet de gare de métro du Grand Paris sur les terres agricoles du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), dernière « bagarre » de cet ex-prof forgé au syndicalisme dans les usines soixante-huitardes.

« J’aurais aimé être beaucoup plus dans le potager, j’ai pas taillé mes quelques poiriers et mes pommiers cette année… J’ai pas eu le temps, mais bon une bagarre comme ça, je savais dans quoi je m’engageais », assume M. Loup, grand échalas à la fine moustache grise, qui reçoit l’AFP chez lui, charentaises aux pieds.

Dans son bureau rempli de dossiers, ce senior très actif n’en démord pas: « J’ai toujours pensé que c’était gagnable, parce que le projet est aberrant. »

Le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), qu’il préside, conteste au nom de l’urgence écologique l’urbanisation d’une partie des terres du Triangle, qui doivent accueillir la future gare de la ligne 17 du Grand Paris Express, ainsi qu’une éventuelle zone d’activités sur 110 hectares, à une vingtaine de kilomètres de Paris.

Un environnement loin du terreau dans lequel a grandi cet enfant du Tarn. « Jusqu’à dix ans, j’ai vécu dans un village coupé de tout », raconte-t-il avec son accent du sud-ouest. A Mazamet, son père instituteur copine avec les paysans, sa mère s’occupe de la fratrie.

Ses premiers engagements naissent à travers le scoutisme, puis cet antimilitariste patenté échappe au service militaire en donnant des cours d’alphabétisation aux travailleurs immigrés en Seine-Saint-Denis.

Très vite, l’électron libre se trouve une place « à Saint-Denis dans une fabrique de fûts métalliques » à l’automne 1968, année des usines occupées. Puis comme ouvrier dans une fonderie, où il découvre l’engagement syndical: relance de la section CGT, grève dure en 1971 pour « la dignité » des travailleurs, retrace-t-il.

C’est à la CFDT qu’il rencontrera sa future femme, Michèle Roubinet-Loup, militante féministe très engagée.

« roseau qui plie »

Revenu à sa première vocation d’enseignant comme « prof de maths », Bernard Loup fait échouer, avec un collectif, l’installation d’un centre commercial à Domont, commune du Val-d’Oise où sa famille s’est établie en 1983. « C’est la première victoire qu’on a obtenue. »

L’ancien conseiller municipal vert (2001-2008) trouve finalement un combat à sa mesure avec le projet Europacity, méga-complexe commercial et de loisirs sur le Triangle de Gonesse, à 15 km de là. Le CPTG naît et défend, en lieu et place, un projet agricole nommé CARMA.

En novembre 2019, Europacity est abandonné par Emmanuel Macron. Les élus locaux exigent depuis des compensations pour renforcer « l’attractivité » d’un territoire qu’ils estiment défavorisé. Matignon doit d’ailleurs annoncer d’ici « fin mars » un plan en faveur du département.

Le militant « est le représentant d’une petite minorité bloquante », tance Marie-Christine Cavecchi, présidente (LR) du conseil départemental, le considérant « aveuglé par son idéologie et sourd aux difficultés sociales et économiques des vrais gens ».

D’autres élus déplorent « son acharnement » incompatible avec les réalités du territoire et « une opiniâtreté » qui se mue en « jusqu’au-boutisme négatif ».

En février, le CPTG a soutenu l’installation de la première ZAD (« Zone à défendre ») d’Ile-de-France sur une partie du site. Bernard Loup campe plusieurs nuits dans sa voiture et répond à la convocation du tribunal de Pontoise pour occupation illégale.

« C’est un peu la figure du roseau qui plie mais ne rompt pas », résume Julien Bayou, secrétaire national d’EELV et tête de liste des écologistes en Ile-de-France pour les régionales. « Il incarne la désobéissance civile pacifique et non-violente. »

« C’est un militant infatigable, de convictions », salue la députée LFI Clémentine Autain, également en lice pour cette élection.

Alice Leroy, secrétaire générale de CARMA, pointe sa capacité à « fédérer » et sa « connaissance pointue » des dossiers.

La ZAD, évacuée après 17 jours d’occupation, reste « une belle aventure », s’enthousiasme M. Loup.

« Il savait qu’il n’y avait rien de gagné d’avance mais je lui disais qu’il ne fallait jamais désespérer », raconte Julien Durand, figure de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Avec ses soutiens, Bernard Loup appelle à manifester de nouveau dimanche sur le Triangle, où la Société du Grand Paris a entamé des travaux préparatoires. « La lutte ne va pas s’arrêter », avait récemment lancé ce grand-père septuagénaire, qui commence toutefois à chercher une succession pour « passer la main »… et retourner dans son jardin.

© AFP

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