Les terrains achetés aux Fidjis par les Kiribati pour les réfugiés climatiques seront finalement transformés en exploitation agricole, avec le soutien de la Chine


Atoll de Male Nord - Ilots Vabbinfaru et Ihuru © Yann Arthus-Bertrand

En 2016, le gouvernement des îles Kiribati (un état insulaire du Pacifique) a acheté des terrains aux Fidji afin de relocaliser une partie de sa population menacée par la montée du niveau des mers. Or, au lieu d’accueillir les réfugiés climatiques, ces terres vont finalement être transformées en exploitations agricoles avec l’assistance technique de la Chine. Selon le Guardian, le président des Kiribati, Taneti Mamaau, offre ainsi potentiellement, à la Chine, une mainmise sur ces terrains du Pacifique, tandis que les contours des projets entre le géant chinois et ce petit pays insulaire du Pacifique demeurent flous et inquiètent certains pays.

Ce revirement surprend puisque Taneti Mamaau avait promis lors de la campagne électorale qui l’a mené au pouvoir de maintenir des relations diplomatiques avec Taïwan. Avec ce nouveau projet pour des terres destinées à accueillir sa population en prévision du changement climatique, Kiribati se tourne désormais vers la Chine. Anote Tong, ex-Président des Kiribati, insistait sur le besoin d’un plan pour « migrer avec dignité » lorsque les eaux monteraient. Ce dernier avait donc conclu en 2014 l’achat des île Vanua Levu, aux Fidji, pour y installer une partie de la population.

En effet, les Kiribati sont particulièrement vulnérables à la montée des eaux, notamment en raison de leur faible altitude. L’archipel est composé de 33 atolls, c’est-à-dire des îles formées de récifs coralliens qui entourent un lagon. Toutefois, les caractéristiques particulières des atolls laissent les scientifiques envisager que les îles pourraient résister à la montée des eaux en s’élevant avec l’océan. Malgré l’incertitude de cette hypothèse, l’adaptation naturelle des îles pourrait les protéger des flots.

Ainsi, le Président actuel Taneti Maamau mise plutôt sur l’adaptation au changement climatique que sur le déplacement de la population, en élevant par exemple les routes de l’archipel. Les 22 km2 de terrains achetés aux Fidji prévues initialement pour accueillir entre 60 000 et 70 000 Kiribatiens vont donc avoir une toute autre fonction. L’idée est désormais de viser l’indépendance alimentaire en démarrant une exploitation agricole de légumes, qui sont aujourd’hui majoritairement importés de l’étranger par les Kiribati.

Il n’y a pas encore de détails précis sur la tenue de cette exploitation et du rôle des Kiribatiens, des Fidjiens ou des Chinois dans sa mise en place. « Ce plan semble être idéal », a déclaré Banuera Berina, candidat contre Maamau aux élections présidentielles de juin 2020. Mais il ajoute que le gouvernement devra être « transparent dans ses relations avec la Chine sur ce point, ainsi que sur d’éventuels autres projets de développement ». En effet, derrière les questions climatiques et alimentaires se cachent également des enjeux géopolitiques. Les Kiribati sont parmi les îles du Pacifique situées dans une zone stratégique sur le plan militaire. Les Américains craignent notamment que la Chine utilise à terme ces terres pour en faire des installations militaires, alors que des infrastructures américaines existent sur l’île d’Hawaï distante de 2000 km.

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