Dans la Roya, l’armée pour « aller vite » et déblayer une route en mille morceaux

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Un soldat regarde une pelleteuse déblayer les troncs et branches d'arbres tombés sur une route endommagée à Breil-sur-Roya, dans les Alpes-Maritimes, le 5 octobre 2020. © AFP Valery HACHE

Breil-sur-Roya (France) (AFP) – « Il faut aller vite car les villages au-dessus sont bloqués » : dégageant des tonnes de boue, de pierres et de troncs d’arbres, l’armée s’active depuis lundi à Breil-sur-Roya pour déblayer la route de la vallée rendue impraticable par les crues meurtrières de vendredi.

Une trentaine d’hommes de deux régiments du génie venus du Gard et de Besançon au prix de longues heures de route avec leurs lourds engins, sont à pied d’œuvre depuis le lever du jour.

« On est là pour donner un coup de main en complément des pompiers, de la sécurité civile et de tous les acteurs locaux, car on est entraînés à ce type de mission », détaille le lieutenant Julien, du 1er régiment étranger de génie de Laudun L’Ardoise (Gard), qui enchaîne après une mission identique lors de récentes inondations dans le Gard.

Une fois la route déblayée, le plus dur est à venir. L’axe principal de la vallée, la route panoramique longeant la Roya, n’est plus qu’une série de pointillés, cassée en plusieurs endroits, notamment avant et après le village de Fontan, accessible uniquement à pied et qui était toujours en attente de ravitaillement lundi selon plusieurs témoins.

L’urgence est aussi au rétablissement des réseaux téléphoniques et de l’électricité avec des agents d’Enedis en camions à nacelle qui déroulent du câble haute tension provisoire en remplacement des lignes détruites par la tempête.

Pour la route, « les gravats pourront peut-être être utilisés pour combler les trous, faire des travaux sommaires et recréer un itinéraire », précise le lieutenant Julien. « Une équipe de bûcheronnage est présente en même temps pour ouvrir des itinéraires annexes », dit-il.

« Ils ont commencé dès ce matin, ils font ce qu’ils peuvent mais vous voyez l’échelle, là-bas, c’est là où le pont est parti », commente Josiane Osanga, 78 ans qui observe le va-et-vient précautionneux des tractopelles militaires et des camions-bennes évacuant l’équivalent d’une piscine de débris que la Roya en crue a charrié en contrebas de sa maison.

Du doigt, elle pointe les piles du pont qui émergent des flots grisâtres, sommaires cariatides de béton à côté desquelles le tablier de l’ouvrage git dans l’eau, retourné à l’envers. Des hélicoptères bourdonnent dans le ciel.

Tyrolienne de fortune

A côté des gros moyens employés par les autorités, stocks d’eau livrés par convoi, enrochements apportés par camions à travers la montagne, la vallée, adepte des élans de solidarité envers les plus démunis comme les migrants, joue aussi la carte du système D.

Avec un arc et des flèches, des habitants ont tendu une tyrolienne de fortune pour faire passer des médicaments et d’autres biens de première nécessité vers des maisons isolées sur une rive.

La maison de Josiane est encore debout, elle est sans téléphone, ni eau, ni électricité depuis trois jours, mais dit-elle, « on n’est pas les plus malheureux ».

« Fontan, c’est une île, c’est apocalyptique, la route est coupée en trois morceaux », décrit David Rouste, un cadre de santé habitant le village perché touristique de Saorge qui déboule à pied avec des voisins, petits sacs au dos, pour aller aux nouvelles et à la pharmacie chercher des médicaments, de l’insuline, des couches bébé, etc.

« A Saorge, tout va bien. Un arbre est tombé chez quelqu’un, un retraité, ça a percé le mur, il a failli mourir et est sorti en slip avec un mètre de boue mais ça va. A l’Ehpad, il y a encore du courant grâce au réseau de secours », dit-il.

Sur son téléphone portable, il fait défiler des images de la pluie s’écoulant à torrent dans les ruelles de Saorge vendredi soir, « une vraie cascade », puis de Fontan martyrisé par l’eau : « ils sont en bas et ils se sont pris la vague ». Sur une photo, il montre un vide : « Là, il y avait une maison ».

©AFP

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