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Le nitrate d’ammonium, composant détonant connu pour ses risques

explosion

L'explosion la plus forte ressentie le 4 août à Beyrouth est celle d'un stock de 2.750 tonnes de nitrate d'amonium © AFP STR

Paris (AFP) – Présenté comme l’origine des explosions dévastatrices à Beyrouth, le nitrate d’ammonium est principalement employé comme engrais « azoté » pour un usage agricole, mais peut aussi entrer dans la composition de certains explosifs à usage civil.

Usages

Le nitrate d’ammonium « est surtout utilisé comme engrais azoté pour les cultures de légumineuses à feuilles », indique la Société chimique de France.

Ce type d’engrais, qui se présente sous forme de granulés blancs, est utilisé dans le monde entier pour obtenir un meilleur rendement et est jugé indispensable par de nombreux agriculteurs.

Ainsi, en Gironde, Benoît Labouille cultive sur 200 hectares du maïs, du colza et des légumes pour partie en conventionnel, pour partie en bio : il indique mercredi à l’AFP utiliser chaque année « un peu plus de 10 tonnes » d’ammonitrate, un engrais composé de nitrate d’ammonium, « sur presque toutes les cultures en conventionnel ».

Cette formule d’engrais azoté est « très utile », dit-il, car « directement assimilable par la plante » qui a besoin d’azote pour se développer et bénéficie ainsi d’un « petit effet de boost ». « C’est hyper important », résume-t-il. Il précise stocker cet engrais « sous des hangars propres, secs » et à l’écart.

Le Liban est connu pour être un gros consommateur d’engrais : avec 330 kg par hectare, le pays en utilise deux fois plus que la moyenne mondiale, relevait en février l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Le nitrate d’ammonium est également utilisé dans la fabrication d’explosifs. « Mélangé au TNT (trinitrotoluène) ou à la pentrite, il est utilisé dans le bâtiment, les mines et les carrières », précise la Société chimique de France.

D’autres usages mineurs existent pour ce corps chimique, comme propulseur dans l’industrie aérospatiale pour ses propriétés oxydantes. Dissout dans l’eau, il provoque une réaction endothermique utilisée pour les sacs réfrigérants. En apiculture, la fumée blanche qu’une petite quantité du nitrate produit en brûlant permet d’anesthésier les abeilles afin de pouvoir déplacer une ruche.

Fabrication, prix et stockage

Le nitrate d’ammonium (NH4NO3) est le fruit de la réaction entre l’ammoniac et l’acide nitrique.

La Russie est de loin le premier pays producteur, avec près de 10 millions de tonnes en 2017, soit 45 % de la production mondiale, selon la FAO.

Principalement utilisé dans l’agriculture, il subit une saisonnalité des prix: le prix moyen de la tonne s’élevait à 214 euros à fin 2018/début 2019, selon la Commission européenne.

Le composé, comme ses dérivés, sont soumis à des règles strictes : il convient « d’isoler le stockage d’engrais des produits incompatibles avec le nitrate d’ammonium, surtout en cas d’incendie », précise une fiche technique du ministère de l’Agriculture, qui cite notamment les liquides inflammables, les gaz liquéfiés sous pression ou les liquides corrosifs.

Il souligne qu’un des principaux dangers liés aux engrais contenant du nitrate d’ammonium est « la détonation des ammonitrates à haut dosage », soit ceux contenant plus de 28 % d’azote. Il ajoute que « ce danger est généralement considéré comme peu probable pour les produits conformes à la norme et stockés dans des conditions normales ».

Pour le fabricant norvégien d’engrais minéraux Yara, « en général, les engrais à base de nitrate d’ammonium sont sûrs s’il sont manipulés selon les règlementations européennes et celles du secteur », souligne-t-il à l’AFP, précisant qu’il respecte pour sa part « strictement les standards de sécurité, qui s’appliquent également aux prestataires ».

Principaux risques et conséquences

« Insensible aux chocs et aux frottements, le nitrate d’ammonium est un explosif ‘médiocre’ sauf s’il est mélangé à des combustibles comme des hydrocarbures, ou s’il est fondu et confiné lors, par exemple, d’un incendie violent », indique la Société chimique de France.

« L’onde de détonation du nitrate d’ammonium provoque des destructions très importantes. Ça fait des ravages, son accidentologie est bien connue. L’explosion de Beyrouth fait partie des plus fortes explosions de produits chimiques de l’histoire », souligne à l’AFP Daniel Vanschendel, expert en explosifs.

« Les explosions sont typiquement des détonations qui causent d’énormes dommages en raison de l’onde de choc supersonique, qui est clairement visible sur les vidéos » de Beyrouth, commente pour sa part Andrea Sella, chimiste à l’université londonienne UCL, cité par le Science Media Centre.

Selon lui, il s’agit d’une « faille de réglementation catastrophique, car les règles sur le stockage du nitrate d’ammonium sont très claires ».

Au vu « des premières fumées de couleur blanche, suivies d’une explosion qui a relâché un gros nuage rouge et brun, puis un nuage blanc en forme de ‘champignon’, cela indique que les gaz émis sont des vapeurs de nitrate d’ammonium blanc, du protoxyde d’azote toxique et de l’eau », renchérit Stewart Walker, professeur à l’université australienne de Flinders.

© AFP

4 commentaires

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    • Francis

    Le mot « ammonitrate » correspond à une norme précise: le nitrate d’ammonium doit être mélangé à de la dolomie, du carbonate de magnésie pour que le pourcentage d’azote ne dépasse pas 26%. En plus d »être un anti-détonant, la dolomie est un anti-déliquescent qui empêche l’engrais de fondre en attirant l’humidité de l »air, ce qui est essentiel pour le stockage en vrac.
    L’azote rentre dans la composition de la matière vivante, végétale, animale et humaine sous la forme de la fonction amine (NH2-) à un bout de chaque acide aminé, alors qu’à l’autre bout, c’est une fonction acide (CO2H). Ces deux fonctions s’accrochent comme un attelage de wagon. Les protéines sont donc comparables à des trains composés de wagons de toutes sortes, les acides aminés dont il en existe un grand nombre de molécules différentes dans le monde vivant. Les protéines se divisent en trois classes: les protéines de structure dans nos muscles, nos os et notre cerveau (le célèbre prion), les hormones qui sont des protéines messagères et enfin les enzymes qui sont des protéines associées à un oligo-élément pour réaliser les réactions bio-chimiques normales de tout organisme vivant. Les plus connus étant l’hémoglobine du sang (avec un atome de fer) , la chlorophylle des plantes (avec un atome de magnésium) et la vitamine B12 avec un atome de cobalt.
    Pour rependre l’exemple du prion, c’est une protéine de structure normale du cerveau qui se transforme en enzyme pathogène sous l’effet d’une maladie génétique puisque ce sont les gènes qui sont les notices de montage de chaque protéine.

    • Jean-Guy Vourc'h

    « Le nitrate d’ammonium « est surtout utilisé comme engrais azoté pour les cultures de légumineuses à feuilles », indique la Société chimique de France.  » Grosse erreur , car les légumineuses ( trèfles, pois etc ..) sont par définition autotrophe en azote,. un engrais azote soluble étant parfois apporté au semis. Remplacer par « Le nitrate d’ammonium « est surtout utilisé comme engrais azoté pour les cultures autres que de légumineuses », indique la Société chimique de France. « 

    • Francis

    En admettant que le Liban soit un gros consommateur d’engrais, il est surprenant que ce nitrate d’ammonium soit resté pendant 6 ans stocké dans le port de Beyrouth, surtout quand on connait le goût pour le commerce des libanais.
    De plus le nitrate d’ammonium n’est pas un engrais, c’est la matière première qui entre dans la composition de l’ammonitrate, en étant donc mélangé à de la dolomie. Qu’un stock ait explosé en 2011 à Toulouse dans l’usine où on le fabrique, c’est possible. Qu’un stock de nitrate d’ammonium pur ait explosé à Beyrouth chez un client, c’est plus que douteux, et il est facile de deviner que ce client soit le Hezbollah plus réputé pour utiliser des munitions, des explosifs et des roquettes que pour faire pousser des légumes. Il ne faut donc pas s’étonner que le président du Liban qui n’est qu’une marionnette entre les mains du Hezbollah refuse qu’ une commission d’enquête internationale fasse la lumière sur cette catastrophe. Il y a eu au moins deux exposions en suivant, il est probable qu’il se trouvait autre chose que du nitrate d’ammonium dans ce hangar, et ce quelque chose, les analyses de résidus pourraient l’ identifier.

    • Francis

    J’ai voulu dire 2001 et non pas 2011, en pensant au 11 septembre.

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