La Cour des Comptes épingle l’EPR

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L'EPR de Flamanville, © CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Dans un rapport publié en juillet 2020, la Cour des Comptes pointe du doigt les dérives financières de la construction de l’EPR de Flamanville, dans la Manche, et plus généralement de la filière EPR. La construction du premier réacteur EPR (ou réacteur nucléaire européen à eau pressurisée) en France n’est pas encore achevée. Or, le chantier, qui devait être la vitrine et le futur de la filière nucléaire française, a pris plus d’une décennie de retard tandis que les coûts de construction ont triplé. Le rapport met en cause des problèmes de gouvernance tant au niveau des entreprises porteuses du projet, à savoir EDF et Areva (devenue depuis Orano), que de l’État. La Cour écrit ainsi dans un communiqué : « cette préparation insuffisante a conduit à sous-estimer les difficultés et les coûts de construction, qui ont dérivé, et à surestimer la capacité de la filière nucléaire française à y faire face, au prix de risques financiers pour les entreprises du secteur ».

Le coût de l’EPR de Flamanville a dépassé les 12 milliards d’euros alors que le projet initial tablait sur un budget de 4 milliards d’euros pour une mise en service en 2012. Au lieu de 5 millions d’heures de travaux, il en faudra au moins 22 millions tandis que plus de 4500 modifications ont dû être apportées aux plans initiaux durant le chantier. [À ce sujet, ire aussi Soudures de l’EPR de Flamanville : « une erreur qui coûte cher »] Le chantier a de surcroît connu de nombreux arrêts. L’EPR de Flamanville devrait générer une électricité dont le coût est compris entre 110 et 120 €/MWh. En comparaison, un MWh d’énergie renouvelable se révèle moins cher. L’ADEME (l’agence de la transition écologique), début 2020, précisait : « pour les installations mises en service entre 2018 et 2020, les coûts de production pour l’éolien terrestre seront compris entre 50 et 71 euros/MWh et 45 et 81 euros/MWh pour les centrales au sol photovoltaïques, alors que les coûts de production d’une nouvelle centrale à gaz à cycle combiné sont compris entre 50 et 66 euros/MWh ».

Et, la Cour des Comptes d’ajouter que « EDF ne peut plus financer seule la construction de nouveaux réacteurs ; des moyens de financement faisant supporter au consommateur, comme au Royaume-Uni, ou au contribuable le coût de la construction de futurs réacteurs nucléaires sont à l’étude ». La Cour appelle donc à bien prendre en considération le « financement et la place de la production électronucléaire dans le mix électrique de demain. ». Elle termine son rapport avec 9 préconisations dont celle de bien considérer le mix énergétique avant de lancer de nouveaux projets.

Dans une note de décryptage, la Société Française d’Énergie Nucléaire (SFEN) estime que la Cour des Comptes tire des leçons du chantier de Flamanville pour envisager ensuite 6 autres EPR. Elle écrit : « en conclusion, la Cour des Comptes insiste sur l’importance d’une gouvernance forte de l’État sur les prochains projets de constructions. La SFEN estime qu’il est en effet crucial que l’État s’engage sans tarder sur des projets clefs à la fois pour la relance économique, la résilience future de notre système électrique, et l’atteinte de nos objectifs de neutralité carbone. Ce sujet est d’autant plus important dans le contexte actuel de la relance post-COVID alors que l’ensemble du tissu industriel français risque d’être durablement impacté par cette crise. »

De son côté, Greenpeace estime que la Cour des Comptes dit enfin la vérité sur le coût de l’EPR, au moment où la question de la construction de nouveaux réacteurs nucléaires se pose en France. « La Cour des Comptes chiffre le coût total de l’EPR de Flamanville à 19 milliards d’euros parce qu’elle intègre d’autres coûts qui ne sont pas pris en compte par la filière nucléaire. Soit bien plus que le chiffre de 12 milliards retenu habituellement dans les médias. C’est 3 à 4 fois le coût proposé par EDF à l’origine », précise, Alix Mazounie, chargée de campagne énergie de Greenpeace. « Il faut un débat sur les coûts, la pertinence et la nécessité du nucléaire. Une décision doit bientôt être prise sur l’éventualité de construire des nouveaux réacteurs EPR dans notre pays. Nous craignons que ce rapport termine dans un tiroir plutôt que d’informer et de participer au débat sur les choix énergétiques. De nouveaux réacteurs nous emmèneraient jusqu’au XXIIe siècle, de leur construction à leur démantèlement. Tout le monde est concerné, or nous avons l’impression qu’aucun moment démocratique n’a encore été prévu pour en discuter. »

Julien Leprovost

Pour aller plus loin

Soudures de l’EPR de Flamanville : « une erreur qui coûte cher »

La Synthèse du rapport de la Cour des Comptes sur l’EPR

– La note de décryptage, la Société Française d’Énergie Nucléaire

– La page de Greenpeace sur le nucléaire

– Peut-on être écologiste et pro-nucléaire ?

2 commentaires

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    • luc

    Après avoir dépensé des centaines de milliards d’euros dans les énergies renouvelables, les importations allemandes d’énergie sont passées de 206 millions de TEP (tonne équivalent pétrole) en 2000 à 200 millions de TEP en 2018.

    • Serge Rochain

    @ Luc. Les centaines de milliards d’euros dépensés par l’Allemagne dans les ENR le sont surtout dans votre imaginaire et l’Allemagne est aussi exportatrice d’électricité dans son bilan annuel. D’ailleurs, chaque hiver la France importe de l’électricité d’Allemagne bénéficiant ainsi des surplus éoliens de la mer du Nord et de la Baltique, là où le rendement avoisine celui du nucléaire.

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