Au Sénégal, des enfants des rues cherchent à échapper au coronavirus loin de Dakar

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De jeunes Sénégalais vivant habituellement dans les rues, en quarantaine dans un centre près de Dakar, 10 avril 2020 © AFP JOHN WESSELS
De jeunes Sénégalais vivant habituellement dans les rues, en quarantaine dans un centre près de Dakar, 10 avril 2020 © AFP JOHN WESSELS

Dakar (AFP) – Décriés par une population craignant la contamination, pourchassés par les policiers chargés de faire appliquer le couvre-feu, les enfants et adolescents qui vivent dans les rues de Dakar se tournent vers une association pour reprendre des forces et échapper au coronavirus.

Dans la capitale sénégalaise, ville de plus de trois millions d’habitants où résidences de luxe côtoient des quartiers surpeuplés, ils sont des centaines, voire des milliers, parfois âgés de cinq ans à peine, à vivre dans la rue.

Ils ont rompu avec leur famille, fui les maltraitances d’un maître coranique ou rejoint la rue simplement par « soif de liberté », explique Cheikh Diallo, l’un des responsables de Village Pilote, une association franco-sénégalaise qui leur vient en aide depuis près de 30 ans.

Ils vivent de petits boulots, de larcins ou de mendicité, dormant à même la rue ou dans des immeubles en construction.

Mais depuis que le coronavirus a fait son apparition dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, contaminant quelque 300 personnes et causant la mort de deux d’entre elles, « la mendicité, ça ne marche plus », explique Bamba Seck, 18 ans.

Ce jeune homme aux traits juvéniles passe d’habitude ses journées et ses nuits près du Palais de justice et de la prison de Rebeuss, aux portes du centre historique et administratif de Dakar.

Dans un pays où une rumeur de contamination peut rapidement enflammer un quartier, les gens ont « commencé à se méfier de nous » quand « un gars (du voisinage) a été soupçonné d’avoir attrapé le coronavirus », raconte Bamba, assis à l’ombre d’un acacia du centre d’hébergement de l’association Village Pilote.

Comme une centaine d’autres enfants de la rue, il s’est réfugié il y a quelques jours dans ce vaste domaine aux allures de camp de vacances, implanté dans un paysage de dunes, de baobabs et de fromagers à proximité du Lac Rose, à une heure de route au nord de Dakar.

Dans la capitale, les restaurants qui offraient à ces jeunes démunis un peu de nourriture sont fermés ou tournent au ralenti depuis près d’un mois. Et les passants qui leur faisaient l’aumône se détournent d’eux, explique un responsable de l’association, pour qui ils vivent une « galère » sans précédent.

Les jeunes rencontrés par l’AFP se plaignent surtout d’être délogés sans ménagement de leurs « points de chute » habituels par les forces de l’ordre chargées de faire respecter le couvre-feu nocturne instauré dasn tout le pays.

« Ils jouent au chat et à la souris avec la police, ils se cachent, ils n’ont plus d’endroit où dormir… Ils sont très fatigués », souligne Cheikh Diallo, le responsable du village du Lac Rose.

Avec l’apparition du virus, l’association avait décidé de ne plus accueillir de nouveaux pensionnaires, pour éviter les contaminations. A la place, elle a organisé des distributions de vivres dans les rues de Dakar.

Interpellée par des jeunes en détresse, elle a finalement décidé de leur rouvrir ses portes, tout en plaçant les nouveaux arrivants en quarantaine pendant deux semaines, séparant les « petits » des « grands ».

Tous les matins, un infirmier vient relever leur température.

Le reste du temps, ils se reposent dans de jolies bâtisses de briques ocres, sur des matelas posés à même le sol. Certains parmi les plus âgés s’improvisent tatoueurs, pendant que d’autres s’échangent des passes avec un ballon de rugby –l’une des spécialités du centre– ou lavent leur linge à l’eau d’un puits.

A la fin de la crise sanitaire, ils pourront retourner dans la rue, tenter de renouer avec leurs familles ou rester au Village Pilote pour y suivre des cours d’alphabétisation ou une formation aux métiers de l’hôtellerie, de la menuiserie ou de la mécanique.

Ansu Sané, 19 ans, fait partie du groupe des adolescents en quarantaine, uniquement composé de garçons. Cinq ans après avoir quitté la Casamance, dans le sud du pays, cet « apprenti chauffeur » accompagnait jusqu’il y a peu les cars de voyageurs, juché à l’arrière du véhicule.

Mais depuis l’instauration de l’état d’urgence, la circulation entre les régions du Sénégal est interrompue et il « ne gagne plus rien », dit-il.

Au village, il prend bien soin de se laver les mains et s’inquiète pour sa famille, restée en Casamance. Fataliste, il pense que si « Dieu veut qu’il attrape le coronavirus, (il) n’y peut rien ».

© AFP

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