Un ouragan en pleine pandémie? Le pire scénario pour la Floride

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Le 12 septembre 2017, après l'ouragan Irma à Islamorada, en Floride © AFP/Archives SAUL LOEB

Miami (AFP) – Quoi de pire qu’une pandémie qui bouleverse les vies, submerge le système de santé et ravage l’économie mondiale? A moins de deux mois du début de la saison des ouragans, la Floride craint qu’une catastrophe naturelle ne vienne s’ajouter à la crise.

« Le Covid est mauvais, un ouragan est mauvais. Si vous combinez les deux », le résultat est terrible, dit Bryan Koon, qui jusqu’en 2017 dirigeait les services de gestion des urgences de cet Etat, et qui est aujourd’hui consultant dans le même domaine.

« L’impact d’un ouragan sur un environnement affecté par le Covid sera pire que les deux combinés. Cela aura un effet multiplicateur, pas cumulatif », assure-t-il.

Et ce scénario du pire est possible.

Lorsque la saison des ouragans de l’Atlantique commencera le 1er juin, les Etats-Unis seront très probablement encore en train de lutter contre le nouveau coronavirus.

Les météorologues de l’Université du Colorado, ainsi que ceux d’Accuweather, prédisent déjà que cette année, la saison des ouragans sera plus active que d’habitude. Selon eux, entre juillet et novembre, quatre ouragans majeurs pourraient frapper, avec des vents de plus de 180 km/h.

« Nous nous préparons au pire, bien sûr », a dit jeudi le gouverneur de Floride, Ron DeSantis. « Nous espérons ne pas avoir affaire à un ouragan. Mais je pense que nous devons partir du principe que nous en aurons un ».

Les Floridiens savent quoi faire lorsqu’un ouragan menace leur région: il faut stocker des vivres, protéger les fenêtres avec des planches en bois, et/ou partir pour fuir la tempête si elle s’annonce dévastatrice.

Ceux qui peuvent se le permettre vont à l’hôtel, chez des amis ou dans la famille. Les autres sont évacués en bus et logés dans des refuges.

Au retour, tous doivent faire face à une même réalité: nettoyer, réparer.

La question qui se pose maintenant aux dirigeants de Floride est la suivante: comment maintenir cette stratégie d’évacuation de masse cette année, alors que la population est appelée à la distanciation physique?

Comment les refuges, souvent installés dans des gymnases équipés de lits d’ordinaire très rapprochés les uns des autres, fonctionneront-ils en ces temps de virus hautement contagieux?

Rien de tout cela ne sera possible dans la nouvelle réalité imposée par le Covid-19, avertissent des experts.

« Vos amis et votre famille pourraient ne pas vouloir de vous chez eux parce qu’ils essaient de ne pas tomber malades », dit M. Koon.

« Les hôtels pourraient ne pas être ouverts. Ils sont en train de fermer en raison du manque de clients. Je ne sais pas comment on va ouvrir de grands refuges, on ne peut pas remplir des gymnases avec des gens en ce moment. Ça va être problématique », ajoute-t-il.

« Les gens vont devoir prendre des décisions difficiles: est-ce que je reste avec le risque que le toit de ma maison s’envole ou qu’elle soit inondée? Ou est-ce que je pars en voiture avec le risque de m’exposer au virus? ».

Sans compter, selon M. Koon, que beaucoup n’auront pas les moyens de payer l’essence ou l’hôtel s’ils décident d’évacuer, étant donné le nombre record de personnes qui se sont retrouvées au chômage avec la pandémie.

Jusqu’à jeudi, quelque 17 millions d’Américains avaient perdu leur emploi en raison du confinement imposé pour enrayer la maladie.

Les sénateurs de Floride Rick Scott et Marco Rubio ont demandé jeudi à la Fema, l’agence fédérale de gestion des urgences, de mettre en place une stratégie en cas d’ouragan pendant la pandémie.

Ils réclament notamment que le chef de l’agence, Peter Gaynor, indique « comment évacuer de la manière adéquate les personnes atteintes ou soupçonnées d’être atteintes du coronavirus en cas de tempête ».

Une porte-parole de la Fema a dit à l’AFP que l’agence travaillait avec les autorités locales et de l’Etat sur de nouvelles directives.

En 2018, l’ouragan de catégorie 5 Michael avait dévasté le nord-ouest de la Floride, laissant des traces encore visibles aujourd’hui.

L’année d’avant, quand l’ouragan Irma avait frappé, des millions de personnes avaient évacué leurs maisons en Floride, et quelque 300.000 d’entre elles étaient allées dans des refuges.

D’autres régions sont également menacées, comme Porto Rico, endeuillée par l’ouragan Maria en 2017, ou les Bahamas, où l’ouragan Dorian a provoqué une crise humanitaire l’an dernier.

« Ce n’est pas d’espoir que nous avons besoin maintenant. Nous avons besoin d’une stratégie de planification vraiment précise », estime M. Koon.

© AFP

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