Les freins au développement des énergies renouvelables en France

A quelques semaines de la COP21, alors que la loi sur la transition énergétique vient d’être votée et qu’EDF réaffirme son intention de compter sur la filière nucléaire en misant sur l’EPR, qu’est ce qui freine encore le développement des énergies renouvelables en France ? Damien Mathon, délégué général du SER (Syndicat des Energies Renouvelables) répond à nos questions.

Où en est la France en matière d’énergies renouvelables ?

Aujourd’hui, la France est à 15 % d’énergie renouvelable dans sa consommation finale d’énergie, contre 9 % en 2005. Pour 2020, l’objectif est de 23 %. La loi de transition énergétique prévoit un objectif de 32 % pour 2030. Il s’agit du solaire, de l’éolien, de l’hydroélectrique, des agrocarburants et aussi de la biomasse. Ils produisent de l’électricité ou de la chaleur.

La France est-elle bien partie pour atteindre ses objectifs ?

Au rythme actuel, l’objectif 2020 n’est pas atteignable, nous devrions être aux alentours de 18 %. Nous espérons que la récente loi de transition énergétique va infléchir le rythme pour rattraper le retard de 2020. De plus, l’Europe va modifier les règles des tarifs de rachat des énergies propres, nous espérons que ces mesures iront dans le bon sens.

Est-ce que le nucléaire est un frein au développement des énergies renouvelables en France ?

Le choix du nucléaire, opéré dans les années 1960, a conduit à la formation du parc actuel de centrales. Ce parc est amorti et produit de l’électricité entre 40 et 50 euros le mégawatt-heure. Donc pendant longtemps, cette situation a empêché d’imaginer d’autres moyens de produire de l’électricité. Les tarifs de production des énergies renouvelables n’étaient pas compétitifs.
Pourtant, le vieillissement des centrales va nous conduire à renouveler nos outils de production d’énergie et à partir de ce moment-là des opportunités existent. Le nucléaire nécessite des investissements pour être prolongé et modernisé, il revient donc plus cher avec un prix au mégawatt-heure compris entre 80 et 100 euros en cas de renouvellement. . Pour le même tarif, il est possible de générer de l’électricité avec de l’énergie solaire ou éolienne. En quelques années, les coûts du photovoltaïque ont été divisés par 5. Nous sommes à un point de basculement car la gamme des tarifs du renouvelable permet de produire de l’électricité décarbonée au même prix que les technologies nucléaires modernes.

Aujourd’hui, qu’est ce qui freine le développement des énergies renouvelables en France ?

La complexité et la lenteur des procédures administratives reste l’un des principaux freins au développement du renouvelable en France. La nouvelle loi, en prévoyant une autorisation unique pour conduire un projet éolien, solaire, hydraulique ou encore de méthanisation devrait réduire les délais d’instructions et les recours.

Qu’est-ce qui bloque les projets éoliens ?
Le harcèlement juridique des opposants, qui déposent des recours quelle que soit la qualité des projets, entrave la création de parcs éoliens en France. Leur objectif, c’est 100 % de recours. Avec ces recours systématiques, il faut compter jusqu’à 8 années entre le début d’un projet et la mise en service d’un parc, dont de nombreuses passées devant les tribunaux administratifs.
Il existe beaucoup de radars civils et militaires, ainsi que météorologiques sur le territoire français. L’autre difficulté provient de la cohabitation entre les éoliennes et les radars. Les opérateurs radars, qui craignent que les éoliennes perturbent le fonctionnement de leur installation, préfèrent appliquer un principe de précaution en refusant l’installation des éoliennes trop près.

Et pour le photovoltaïque ?

Le photovoltaïque souffre de l’absence de visibilité sur les appels d’offre. Le problème devrait être résolu avec la loi de transition énergétique puisqu’elle fixe des objectifs et des volumes. Jusqu’à maintenant, il était difficile pour les industriels de se positionner car, une fois un premier appel d’offre publié, ils ignoraient quand les appels d’offre suivants viendraient.
L’autre souci est le raccordement au réseau, qui n’est pas toujours dimensionné ni prévu pour. Il faut donc réinvestir, cela prend du temps, c’est parfois complexe et nécessite un dialogue avec le gestionnaire du réseau, en l’occurrence ERDF.

Et pour l’hydroélectricité dont on dit que la France est déjà à son maximum de capacité ?

Elle reste encore la première source d’électricité renouvelable de la France. Elle produit 70 térawatt-heure par an. Il reste cependant possible d’augmenter sa capacité de 10 terawatt-heure par an, soit une hausse de 15 %, en exploitant de nouveaux gisements. Des appels d’offre seront bientôt passés mais les projets risquent de se heurter à la lourdeur des démarches et aux recours d’opposants.

Enfin, quels sont les entraves au développement de la filière biomasse ?

La biomasse produit principalement de la chaleur. Mais, il faut développer d‘un côté les chaufferies-bois et de l’autre une filière locale pour le bois-énergie. Economiquement, cette énergie demeure encore chère pour produire de l’électricité mais est très compétitive pour produire de la chaleur. Pourtant, la France dispose de ressources suffisantes, sa forêt est de nouveau aussi étendue qu’à l’époque de Saint-Louis. Mais, elle est morcelée entre 3 à 4 millions de propriétaires de petites parcelles, et ils ne se motivent pas pour exploiter leur parcelle. Le souci reste d’identifier puis d’exploiter ce bois, de le couper, de le conditionner, de le sortir de la forêt et de l’apporter à la chaufferie.

Propos recueillis par Julien Leprovost

9 commentaires

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  • Ma réaction n’est qu’indirectement liée au sujet évoqué, mais je me mets à la place d’un lecteur peu au fait de la situation énergétique en France, et je suis abasourdi que quelqu’un autant investi dans l’énergie renouvelable puisse affirmer une telle énormité d’inexactitude en évoquant un coût de l’énergie nucléaire à 40 – 50 € le mégawatt/heure !
    ça c’est la propagande d’EDF, hors toutes celles et ceux qui s’informent un tant soit peu de l’exactitude des choses, sait maintenant, que ces chiffres sont totalement faux car ne tenant aucunement compte de toutes les externalités, travaux de remises aux normes, provisions de démantèlement largement insuffisantes, coût de gestion des déchets occultés, etc etc…
    C’est à mon sens desservir les autres énergies que de ne pas rectifier une telle erreur, car ce que le nucléaire même actuel coûte en réalité n’a rien à voir avec ces chiffres évoqué, il y a en fait longtemps que les autres technologies de production de l’électricité sont concurrentielles. Et je ne parle là que de l’aspect financier ! Car pour le reste …….

      • Oskar Lafontaine

      Vous avez entièrement raison d’avoir relevé cette grossière inexactitude, ce mensonge éhonté même.
      Si en France, EDF ou un organisme réellement indépendant, qui n’existe pas, l’ASN étant cul et chemise avec le lobby du nucléaire dans son ensemble, retenait, pour démantèlements et déchets, les montants pratiqués en Allemagne ou en Suisse, le prix du mégawattheure nucléaire français devrait être majoré de plus de 30%, et sans même essayer de rattraper les retards déjà accumulés.
      La Cour des comptes en 2014 avait, et dans un rapport officiel, avec des réserves sur les « provisions » , calculé à 59,80 euro le coût réel du mégawattheure nucléaire d’EDF et depuis ça a forcément encore monté. L’autre prix de 42 euros que l’on trouve ici où là n’est que celui auquel EDF est « obligée » suite à un accord ancien avec Bruxelles, de vendre son électricité nucléaire à ses concurrents. En fait ses « concurrents » ne lui achètent plus à ce prix, depuis au moins deux ans déjà, parce que sur le marché européen, l’électricité y est devenue moins onéreuse, il suffit pour s’en apercevoir de consulter les cours en Bourse du mégawattheure.
      Ce n’est pas qu’un hasard si le cours de l’action d’EDF à la Bourse de Paris a dévissé hier, 5 novembre, de 7,87 %, excusez du peu ! Et de 29,68 % depuis le premier janvier ! Il n’y a qu’Arcelor Mittal qui a fait pire…
      Le gouvernement français a en effet été obligé de faire cadeau à EDF, par augmentation de capital, d’où la chute en Bourse d’EDF après cette annonce officielle, EDF qui croule sous les dettes, de 895 millions d’euros.
      Et si EDF perd de l’argent, et depuis des années, empruntant à tours de bras pour dissimuler ses pertes, c’est à cause de la chute de 30% du prix de l’électricité en Europe depuis 3-4 ans, prix tiré vers le bas par la concurrence des renouvelables et la stagnation et même baisse de la consommation d’électricité en Europe. EDF est donc obligée de vendre à pertes, d’où ses déficits. De plus le nucléaire vieillissant et soumis à d’importants changements de régime, pour suivre la demande effective toujours en baisse, voit se multiplier les pannes et connaît un vieillissement accéléré du combustible nucléaire, très onéreux, et qui doit être changé plus souvent à cause, justement, des changements de régime. En gros il ne sert plus à grand chose de fournir de l’électricité la nuit, les éoliennes font ça très bien, et pour pour moins cher que le nucléaire, le gaz ou le charbon.

    • Oskar Lafontaine

    Les quelques retards actuels, conséquence des combats d’arrière-garde menés par le puissant lobby immonde et criminel du nucléaire, ne tiendront pas éternellement. Les réacteurs nucléaires d’EDF, soumis à des changements de rythme, à des « modulations » de puissance, pour tenter, de plus en plus difficilement, d’adapter leur production à la consommation effective et surtout solvable, ne résisteront plus longtemps à ce « traitement », les pannes vont se multiplier et les coûts d’exploitation s’envoler. Déjà, début septembre, le Directeur général d’EDF Jean Bernard Lévy a pa

      • pauline

      Si vous lisiez les interviews jusqu’au bout au lieu de vous arrêter à la première phrase et de tout de suite crier au mensonge et au lobbyisme, vous verriez qu’il a cité d’autres chiffres d’autant plus parlants et loin de servir la cause nucléaire « il revient donc plus cher avec un prix au mégawatt-heure compris entre 80 et 100 euros en cas de renouvellement du parc. » Et puis je ne vois pas comment un mec du syndicat des énergies renouvelables peut servir la cause du nucléaire …

    • Oskar Lafontaine

    Les quelques retards actuels, conséquence des combats d’arrière-garde menés par le puissant lobby immonde et criminel du nucléaire, ne tiendront pas éternellement. Les réacteurs nucléaires d’EDF, soumis à des changements de rythme, à des « modulations » de puissance, pour tenter, de plus en plus difficilement, d’adapter leur production à la consommation effective et surtout solvable, ne résisteront plus longtemps à ce « traitement », les pannes vont se multiplier et les coûts d’exploitation s’envoler. Déjà, début septembre, le Directeur général d’EDF Jean Bernard Lévy a parfaitement annoncé, même si ce ne fut pas ou très peu, relevé dans la grande presse, que tous les réacteurs d’EDF ne passeraient pas au « grand carénage » et donc seront, même s’il ne l’a pas précisé, forcément stoppés en fonction des nécessités et de la montée en puissance des renouvelables, de l’autoconsommation de l’électricité produite individuellement, et du stockage tout autant individuel.
    Donc EDF n’est pas encore à l’agonie, mais la maladie qui va la tuer, la concurrence, est déjà là et sa force se renforce année après année, quand les forces du nucléaires s’étiolent au contraire.

    • Dany

    « La complexité et la lenteur des procédures administratives reste l’un des principaux freins au développement du renouvelable en France. »
    Cette phrase révèle tout le malaise français.
    L’empilement des procédures, lois, règlements et autres tracasseries administratives gangrène ce pays depuis des décennies, d’ou ce « ral-bol » permanent qui paralyse les citoyens, les administrations, les entreprises.
    Nous « bénéficions » d’une technocratie politique (de quelques milliers de privilégiés) qui permet de faire barrage à tout développement. Le centralisme « parisien » freine systématiquement le développement des régions.
    Le nucléaire n’est pas cher pour le consommateur en terme de charges directes, mais coûte la peau des fesses en impôts. Voilà ce en quoi on trompe le peuple, on allèche les électeurs et on enrichit les actionnaires des industries nucléaires au détriment du peuple.

    • Francis

    Areva étant en faillite,on ne peut même pas dire que les actionnaires des industries nucléaires s’enrichissent.

    • Damien

    Il est plus difficile de dépasser les blocages mentaux et administratifs que d’inventer un produit sachant fournir de l’énergie renouvelable. Incroyables arriéré mental des plumitifs de nos administrations et incroyable bêtise de la part des opposants aux énergie renouvelable. Tandis que l’Allemagne est déjà à plus de 30 % d’énergie renouvelable éolien et photo voltaïque. Le France serait-elle un pays arriéré ?

  • Je suis d’accord avec vous tous dans le fond !!
    Je souhaiterais que chaque citoyen tende à se prendre en charge, et mette la pression sur ces lobbyings ! Allons vers l’énergie libre, par des astuces, des sytèmes D, diminuons notre consommation en énergie sur le réseau EFD, et pour ceux qui le peuvent, installez des principes d’énergie alternatives, hydroliques, éoliennes, photovoltaïques, ….partagez vos idées solidairement…..

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